Mercredi 23 octobre, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et Jean-Marc, animateur de la commission économique, ont présenté les propositions du parti à propos du budget 2025.
On trouvera ci-après le document de référence élaboré par la commission économique, et
- ici le dossier remis à a la presse à cette occasion ;
- ici l’enregistrement vidéo intégral de la conférence de presse, en ligne sur le site du PCF
- ici l’article de Jean-Marc Durand sur le sujet, à paraître dans le prochain numéro d’Économie&Politique
Orientation générale
Un budget pro-finance et d’austérité renforcée. D’un côté 40 Md€ de dépenses en moins, soit deux fois le plan d’austérité appliqué en 2024 par le gouvernement Macron-Attal et rejeté massivement dans les urnes ! De l’autre côté, 20 Md€ de recettes fiscales nouvelles, incertaines pour celles portant sur le grand capital, et surtout utilisées pour nourrir la finance et pas pour soutenir les services publics. Or en 2023, la finance et le grand capital se sont enflés comme jamais, profitant notamment de la dette publique, et sont quasiment intouchés, continuant à étrangler la société et les entreprises.
Ce budget va faire souffrir les gens, d’abord les plus pauvres, mais en réalité l’immense majorité et toute la société :
- Par ses recettes (prélèvements accrus sur les plus modestes, avec les hausses de TVA et d’accises sur l’électricité et le gaz soit 100 à 200 euros par foyer fiscal, selon les différentes évaluations),
- Par ses suppressions de dépenses (-5 Md€ contre les collectivités locales)
- Par la réduction du budget des ministères (-21 Md€) qui se traduira par des fusions-disparitions de services publics et des suppressions d’emplois publics ses (-500 postes à France travail, – 3 100 postes d’enseignant du 1er degré dans l’éducation nationale, …), qui vont faire souffrir tous les usagers des services publics et abîmer notre pays et son potentiel d’efficacité productive
- Par son attaque contre la Sécurité sociale, avec un PLFSS qui prévoit des mesures violentes de déremboursement des consultations (baisse de 10 points du taux de remboursement, 1 Md€ en plus à payer, soit 33 euros par ménage)
- Par son attaque contre les retraités (gel des pensions de retraite pendant 6 mois, soit un manque à gagner de 212 euros en moyenne pour 12 millions de retraités).
Ce budget va, ainsi, plonger la France en récession.
Plusieurs économistes ont chiffré sa contribution (OFCE : -0,8 point de PIB de contribution), même le grand patronat alerte, par la voix du président du Medef, Patrick Martin sur le risque de récession, tout en faisant un chantage à l’emploi contre leur contribution fiscale et le changement des exonérations de cotisations sociales. Les enchaînements keynésiens à la baisse sont en effet rapides et violents, dans une spirale de récession : moins de croissance, donc moins de revenus, donc moins de recettes fiscales sur les ménages, donc des entreprises en difficulté, avec des pertes à la place des profits, donc une chute brutale de l’impôt sur les sociétés qui passe de quelque chose à rien du tout, au lieu de baisser de seulement 1 % ou 2 %… Or, on vient déjà d’observer une année 2024 où les recettes fiscales ont été très faibles car la croissance reposait presque uniquement sur les exportations avec une demande intérieure et une consommation en panne pendant trois trimestres, générant donc beaucoup moins d’impôts que prévu. La croissance de 2024 est déjà très peu saine : les revenus progressent surtout par la finance.
– Les recettes attendues par le gouvernement ne seront pas au rendez-vous. Les 8 Md€ d’impôts supplémentaires annoncés sur les très grandes entreprises se transformeront en beaucoup moins, tandis que les accises, TVA et non remboursement maladie vont peser sur les ménages, particulièrement les plus modestes
– Contrairement à ce que dit le gouvernement, avec ce budget, déficit et dette vont s’accroître. Et ce sont aussi les déficits de santé qui vont se creuser, les déficits de formation et le déficit de réponse au défi climatique, tandis que les inégalités vont continuer à se creuser.
Notre pays va s’enfoncer dans une spirale austérité, récession, déficit.
La logique que nous préconisons et qui sous-tend les propositions présentées dans ce document, c’est de développer le pays pour durablement répondre au triple besoin : de vie meilleure, d’écologie et de résorber le déficit, mais progressivement, en osant utiliser de façon offensive les marges de manœuvre que permettent les règles européennes (7 ans de délai). Comme le disait Keynes en 1931 « le malade a d’abord besoin d’exercice » et de se muscler pour se développer efficacement, nous ajoutons : « aujourd’hui cet exercice repose avant tout sur l’emploi, la formation, les services publics et les économies sur le coût du capital et sur la finance ».
Notre logique, c’est :
1. Plus de dépenses, différentes et efficaces parce que centrées pour développer d’abord l’emploi, la formation et les services publics, qui tireront le reste avec une R&D et un investissement qui seront orientés pour les appuyer vraiment. Elles permettent de développer le pays et donc de répondre durablement aux défis qui nous font face.
2. Les recettes viendront progressivement, d’où le besoin d’avances en mobilisant le secteur bancaire et à tous les niveaux
–> Comme au lendemain de la guerre, et au contraire des errements meurtriers des déflations française et allemande des années 1930
–> Mais avec une sélectivité nouvelle des bonifications de taux d’intérêt, une sélectivité sociale (emploi-formation et services publics) et écologique (baisse des émissions de CO2, économies en capital et en matières)
―> Notons que faire des avances bancaires massives pour se développer, c’est l’option mise en œuvre aux Etats-Unis, comme en Chine.
3. Pour cela on utilise de façon dynamique, offensive et internationaliste le pacte de stabilité, qui donne 7 ans de trajectoire pour redresser les comptes, et nous tendons la main à tous nos partenaires et aux peuples européens, souffrant largement des mêmes maux que le peuple de France (en particulier le déficit d’emplois dans la santé et l’éducation, jusqu’en Allemagne) pour créer ensemble un Fonds pour les services publics, financé à 0% par la BCE, pour tous les pays de l’UE.
Notre conception de la réponse aux défis de la France c’est :
– Appuyer les gens, leur vie et leur émancipation
– Développer les services publics
– Emmener les entreprises vers un chemin de progrès, en les dégageant de l’emprise des marchés financiers et de la logique du capital, la rentabilité financière maximale).
C’est le contraire de la conception commune de Barnier, Macron, Attal à laquelle se sont ralliés le RN et M. Le Pen : rivaliser dans le « dépenser moins », monter chacun contre son voisin, donner le change par d’illusoires et maigrelettes corrections et laisser les entreprises dans les mains du capital pour, finalement, gaver la finance et les ultra-riches.
Il est pleinement cohérent avec l’esprit du programme général adopté par le Nouveau Front populaire, qu’il précise et développe, dans une logique claire, fidèle à la tradition de la gauche.
Ainsi, de façon économiquement cohérente et réaliste, dans ce projet « les dépenses font les recettes de demain », elles vont les créer. L’on s’en donne les moyens par la mobilisation d’avances (le crédit), une conditionnalité bien orientée, maniant incitations et pénalisation sur la base de résultats constatés, et des réformes démocratiques bien ciblées : on s’assure que le surcroît demande qu’on injecte change l’offre. Au rebours, les approches des autres forces politiques partagent toutes ― plus ou moins ― l’idée que ce devraient être aux recettes de piloter les dépenses ! Elles emmènent dans le mur, comme le montre toute l’histoire économique récente, ou plus ancienne.
II éléments de chiffrage
II-1- Logique et vision d’ensemble
La réalisation du programme du Nouveau Front populaire repose sur une condition essentielle : le développement de l’emploi et de la formation en vue de créer les richesses qui seront nécessaires à son financement.
Pour le PCF, les moyens d’y parvenir sont l’exercice, par les salariées et salariés, de nouveaux droits d’intervention pour faire prendre en compte des projets de productions écologiques favorables à l’emploi et au développement des territoires ; la mobilisation des forces économiques et sociales dans des conférences pour l’emploi, la formation, pour emmener les entreprises dans un cercle vertueux de transformation sociale et écologique des productions ; et l’usage de leviers de politique économique comme la modulation de l’impôt sur les société, celle des cotisations sociales patronales, et un prélèvement sur les revenus financiers des entreprises.
Actuellement notre pays souffre de prélèvements du capital considérables, par exemple : 51 Md€ sur le budget de l’Etat par les marchés financiers en 2024, pour les seuls intérêts de la dette, 395,5 Mds de revenus financiers bruts des entreprises non financières (soit 100 Md€ d’augmentation en un an), tout ceci au détriment du développement réel, de l’emploi, de la formation des salaires, de productions efficaces, sociales et écologiques, sans parler des exportations de capitaux et des délocalisations.
Dans ces conditions, notre objectif est de créer au minimum trois millions d’emplois supplémentaires d’ici à 2030 pour répondre aux exigences de production sociale et écologique et d’une vie meilleure. Les marges d’action existent pour cela puisque 5,5 millions de nos concitoyens se trouvent privés d’un emploi digne de ce nom, soit qu’ils soient au chômage, soit qu’ils se situent dans le halo du chômage, soit qu’ils soient contraints de travailler à temps partiel. Le développement massif de la formation pour toutes et tous – qui est une avance efficace et indispensable – donne toute son efficacité à cet accroissement de la force de travail et permet une activité beaucoup plus dynamique que les prévisions officielles.
À l’horizon 2030, le PIB s’accroît de 28 % par rapport à 2024, soit environ 372 milliards d’euros supplémentaires.

Cette stratégie se déploie en deux temps :
- Dès 2025, un choc de demande permet une relance dynamique de l’activité et des revenus : augmentation du SMIC, du point d’indice des fonctionnaires et de tous les salaires, baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, passage à la retraite à 60 ans…
- Dans les années qui suivent, la montée en charge des embauches et de la formation accélère progressivement un développement de l’offre et sa réorientation profonde. En attendant qu’elle produise tous ses effets, à l’horizon de cinq à six ans, il est fait appel à des avances monétaires pour combler les besoins de financement. Ces avances sont apportées par le secteur bancaire pour les entreprises, et par un fonds de développement économique, social et écologique pour les services publics, refinancé par la Banque centrale européenne. Mais dans les deux cas sans que les marchés financiers ne vampirisent l’économie française et les dépenses publiques.
Ainsi, 50 000 embauches (pré-recrutement dans la santé, l’éducation recherche, justice, police de proximité,…) sont réalisées dans la fonction publique dès 2025. Le nombre d’agents publics s’accroît de 600 000 à l’horizon 2030. Au total, les créations d’emplois publics et privés s’accélèrent, de 120 000 en 2025 à 1,2 million en 2030.

L’effet combiné des créations d’emplois efficaces et de l’augmentation du SMIC avec des répercussions sur l’ensemble des salaires conduirait à une augmentation de 6,4 % de la masse des salaires bruts en 2025.
La part des salaires et des cotisations sociales dans la valeur ajoutée des sociétés non financières augmenterait alors de 2,5 points en 2025, et de 9,2 points à l’horizon 2030.
La plus forte progression serait celle des cotisations sociales, sous l’effet combiné de l’expansion de la masse salariale sur laquelle elles sont assises, et de la disparition progressive des exonérations dispensées par les gouvernements successifs depuis trente ans. Ces ressources accrues permettraient de financer le passage à la retraite à 60 ans, et de résorber la CSG et le recours à des ressources fiscales dans le financement de la Sécurité sociale, pour de revenir à un financement intégral par les cotisations.
Les nouvelles dépenses engagées par un gouvernement du Nouveau Front populaire l’emporteraient dans un premier temps sur les nouvelles ressources fiscales figurant dans son programme mais cette tendance s’inverserait rapidement au cours des années ultérieures grâce à l’accélération du développement du PIB (+40 Md€ en 2025, +372 en 2030) et des revenus sur lesquels sont assis les prélèvements fiscaux et sociaux.
Ainsi, le déficit public passerait d’abord de 5,5 du PIB en 2024 à 8,2 % en 2025 et 8,5% en 2026, puis se réduirait fortement jusqu’à revenir à l’équilibre (0,2 %) à l’horizon 2030.
II-2- Détail du chiffrage
Principales dépenses prévues au programme (PLF + PLFSS)
| Texte | Objet | Mesure | 2025 | 2026 | 2030 |
| Budget | Nouvelle efficacité | Bonifications d’intérêts | 8 | 8 | 10 |
| Budget | Nouvelle efficacité | Fonds d’avances pour le développement des PME | 10 | 10 | |
| Budget | Nouvelle efficacité | Garanties de crédits | 4 | 4 | 4 |
| Budget | Service public de l’emploi et de la formation | Allocation d’autonomie étudiants | 14 | 14 | 14 |
| Budget | Service public de l’emploi et de la formation | Allocations de formation | 5 | 50 | |
| Budget | Services publics | Hausse du point d’indice des fonctionnaires | 20 | 22 | 25 |
| Budget | Services publics | Plan climat | 40 | 40 | 50 |
| Budget | Services publics | Recrutements dans les services publics | 2 | 4 | 24 |
| Budget | Soutien à la consommation | Baisse de la TVA sur les produits de première nécessité | 20 | 20,5 | 23,6 |
| LFSS | Protection sociale | Abolition progressive de la CSG | 15 | 25 | 70 |
| LFSS | Protection sociale | Augmentation de l’ONDAM* | 20 | 25 | 50 |
| LFSS | Protection sociale | Retraite à 60 ans | 100 | 100 | 100 |
*l’Ondam a vocation à disparaître avant 2030
Principale source de financement : accroissement du PIB, efficace et sain : +71 Md€, soit un PIB total de 2 925 Md€ en 2026
Principales recettes (PLF + PLFSS) en cohérence avec le NFP
| Texte | Objet | Mesure | 2025 | 2026 | 2030 |
| Budget | Nouvelle efficacité | Effet de la croissance sur les rentrées fiscales | 11 | 7 | 140 |
| LFSS | Nouvelle efficacité | Effet de l’augmentation de la masse salariale sur les cotisations | 25 | 40 | 273 |
Principales recettes nouvelles (PLF + PLFSS)
| Texte | Objet | Mesure | 2025 | 2026 | 2030 |
| Budget | Justice fiscale | ISF, suppression de la flat tax, etc. | 25 | 25 | 25 |
| Budget | Justice fiscale | Lutte contre l’évasion et la fraude fiscales | 5 | 10 | 20 |
| Budget | Justice fiscale | Progressivité de l’IR | 10 | 10 | 12 |
| Budget | Coût de la finance et du capital (Nouvelle efficacité) | Impôt territorial sur les entreprises | 12 | 12 | |
| Budget | Nouvelle efficacité | Progressivité de l’IS | 15 | 15 | 15 |
| Budget | Dépenses d’avenir | Cotisations des entreprises au service public de l’emploi et de la formation rénové | 5 | 50 | |
| LFSS | Coût de la finance et du capital (Nouvelle efficacité) | Prélèvement sur les revenus financiers des entreprises | 61 | 40 | 10 |
| LFSS | Nouvelle efficacité | Réaffectation des exonérations de cotisations sociales | 22 | 22 | 70 |
*Nouvelle efficacité = développement de l’emploi et de la formation + investissement efficace (c’est-à-dire favorisé s’il est porteur d’emploi de qualité et de production écologique), en abaissant sélectivement le coût du capital et de la finance
―> Cette prévision n’inclut aucune nationalisation, levier pourtant décisif pour une nouvelle efficacité, de concert avec de nouveaux droits des travailleurs et cityens dans les entreprises et les territoires.
Financement du déficit :
Actuellement chaque déficit est financé par recours aux marchés financiers, donc à ses conditions de taux (2,91% actuellement). Le déficit nouveau est financé par le pôle public bancaire et financier à 0%. Et au fur et à mesure du remboursement de la dette passée, le nouveau déficit est lui aussi financé à 0%, dans la mesure où il développe l’emploi et les services publics. Le renouvellement se fait dans une proportion de 1/8 par an, car la maturité moyenne de la dette est de 8 ans. Il impacte donc d’autant, à la baisse les charges d’intérêt. On ne le rend effectif que la 2ème année
Donc :
En 2025 : + 294 Md€ de dépenses des APU, qui entraînent + 82 Md€ de déficit entraînent +0 Md€ de charges d’intérêt
―> Alors que, dans le projet Barnier-Macron, une diminution de 60 Md€ des dépenses des APU entraînent au mieux une augmentation de 3 Md€ des charges d’intérêt de la dette (… s’il n’y a pas récession et effondrement des recettes fiscales !).
Dès 2026 : +36 Md€ de dépenses des APU par rapport à 2025 et 2/8 de remboursement de la dette passée entraînent une baisse des charges d’intérêt de 13 Md€, soit un total de 38 Md€
―> à comparer aux 63 Md€ de charges d’intérêt prévus actuellement par le Haut conseil des finances publiques (HCFP), si rien ne change.
A horizon 2030 : Les charges d’intérêt baisseraient de 38 Md€, allégeant d’autant les budgets publics.
―> A comparer aux 72 Md€ de charge d’intérêt prévus par le HCFP, si rien ne change, soit une augmentation de 21 Md€ par rapport à 2025 et un surcroît de 59 Md€ par rapport à notre projet.
Eléments sur la charge de la dette et le déficit
| 2024 | 2025 | 2026 | … | 2030 | ||
| Déficit | Barnier-Macron | -157 | -97* | |||
| En % de PIB | -6,1% | -5,0% | -4,6% | -2,2% | ||
| Projet PCF | -157 | -239 | -253 | +6 | ||
| en % du PIB | -6,1% | -8,2% | -8,5% | 0,2% | ||
| Ecart | -142 | |||||
| en % du PIB | ||||||
| Charges d’intérêt | Barnier-Macron | 51 | 54 | 63** | 72** | |
| En % de PIB | 2,1% | 2,3% | 2,6% | 3,3% | ||
| Projet PCF | 51 | 51 | 38 | 13 | ||
| En % de PIB | 2,1% | 2,1% | 1,5% | 0,5% | ||
| Ecart | -3 | -25 | -59 | |||
| en % du PIB | -0,2%*** | -1,1% | -2,8% |
* assez incertain
** Haut conseil des finances publiques (HCFP), avis 2024-3
*** Ecart en faveur du projet PCF en % de PIB
