Expérimenter une nouvelle façon d’aborder la gestion des services publics

Première journée des états généraux de l’énergie organisés par le PCF avec le concours de Progressistes et d’Économie et politique, 13 février 2021.

Intervention de Frédéric Mellier (secteur Entreprises du PCF)

L’une des difficultés qui nous est posée dans la réflexion autour du service public est de construire des réponses qui ne font pas que référence au passé.

C’est d’une part idéaliser ce qui a pu exister mais également ne pas voir les transformations profondes qui se sont opérées dans la société.

Si celles-ci ont été imposées par le capital, et contradictoirement elles permettent l’émergence de nouvelles réponses, différentes de ce qui a pu exister mais qui en sont le prolongement.

Je crois, et beaucoup de monde va la partager dans ces états-généraux, que l’idée développée par certains partis, mais qui est aussi dominante dans les collectivités locales, d’une production d’électricité décentralisée pilotée par les régions n’a pas de sens. Un système de réseau comme l’électricité ne peut se limiter aux frontières d’un territoire régional et on voit même que le réseau national ne peut se concevoir aujourd’hui sans une interconnexion avec le reste de l’Europe.

Cette vision régionaliste tourne le dos à la solidarité nationale et ne vise qu’à promouvoir les opérations privées autour du solaire et de l’éolien.

Cependant, je pense que nous aurions tort de balayer cette question de la région quand il s’agit de déterminer les besoins.

Critique des politiques régionales et métropolitaines :

  • La tromperie de la sobriété énergétique
  • L’illusion de la production locale
  • Une technostructure au service des logiques financières

Une autre utilisation de l’outil régional :

  • Exemple des comités de ligne et du comité de vigilance ferroviaire

Je voudrais évoquer avec vous ici l’expérience que nous menons avec le comité de vigilance ferroviaire en Nouvelle Aquitaine. Ce comité a été créé à l’initiative du renouvellement de la convention TER. Au départ, il se limitait à la CGT et quelques partis de gauche, dont le PCF, et avant tout au département de la Gironde. Au fur et à mesure de nos combats, nous avons été capable de réunir 9 associations d’usagers et d’élargir notre activité à l’ensemble de la région. Nous y définissons les besoins en termes de train sur la région, et en ne nous limitant pas à des luttes défensives mais aussi en nous battant pour la réouverture de lignes fermées depuis 30 ans. Cette action vise autant à la réponse aux besoins des populations en termes de transports qu’à la lutte contre le réchauffement climatique.

Dans ce comité chacun apporte à partir de son expérience : usagers du train, agent de la SNCF, politique en charge de la gestion, avec un objectif : celui d’un service public utile à la population.

Cette expérience montre qu’a partir de ces expertises, nous construisons des réponses qui sont en lien avec la réalité, en sortant des logiques austéritaires et des logiques technocratiques.

Il y a là, il me semble, un embryon de ce à quoi devrait ressembler une nouvelle forme de gestion des services publics.

Bien évidemment, c’est d’abord un outil de lutte, mais regardons toute la potentialité d’intelligence qui se met en mouvement.

C’est dans ce sens qu’il nous faut travailler sur la question de l’énergie et particulièrement de l’électricité. La propriété publique d’État est loin d’être suffisante, elle est nécessaire mais très insuffisante.

Travailler à l’appropriation publique, c’est aussi travailler à une gestion effective de la population.

D’abord et avant tout des salariés. Il faut de nouveaux pouvoirs des salariés dans la gestion de nos services publics et cela ne peut se résumer à une présence dans les CA comme c’est le cas actuellement. Il faut porter l’ambition d’un vent nouveau de démocratie dans la gestion, parce que les gestions actuelles tournées vers la rentabilité font la preuve leur incapacité à répondre aux besoins des populations, entrainent le mal-être au travail, abîment l’emploi.

Or, quand on met en place une dynamique, quand on sollicite l’intelligence collective, on trouve souvent des réponses à des difficultés qui paraissaient insolubles, on valorise chaque individu, on construit une appropriation effective.

Les directions ont conscience de ces réalités quand elles mettent en place tout le panel des méthodes de management. Mais cela butte systématiquement sur les finalités, les objectifs de la rentabilité, qui vise à augmenter la productivité, et finit par broyer les hommes et les femmes, par vider de sens le travail.

Ce besoin d’une nouvelle efficacité se pose de manière particulière dans services public et les entreprises publiques.

C’est vrai pour le train mais c’est vrai également pour l’électricité. On voit aujourd’hui une aspiration qui grandit de pouvoir décider de quelle électricité on consomme. On pourrait débattre des heures du fond de ces démarches, par contre les débats autour du climat montre combien il existe une envie de pouvoir donner son avis.

Cette aspiration est un point d’appui extraordinaire qui vient aussi percuter l’autoritarisme des conseils d’administrations, la culture de la technocratie des grandes collectivités.

Il y a donc besoin de créer des nouvelles institutions démocratiques qui permettent aux salariés et aux usagers de déterminer et construire les besoins d’un territoire, d’une région. Et ce, en lien avec l’évolution de la population, des projets de développement industriel, les enjeux environnementaux.

Il ne s’agit donc plus de réfléchir à une production isolée du reste du pays comme on nous le propose aujourd’hui avec la régionalisation à la sauce néo-libérale mais, au contraire, de réfléchir à un outil régional qui détermine les besoins territoire par territoire, dans le cadre d’une service public national intégré.

Cela appelle à de nouvelles articulations entre les besoins industriels et la production électrique. En lien avec les CSE qui connaissent les besoins de la production, les associations d’usagers, les représentants des salariés et les élus des collectivités, il s’agit donc de construire une planification de type nouveau qui parte des besoins réels, qui anticipe des besoins à venir.

On sort de la logique de la sobriété techno-écolo, pour rentrer sur une nouvelle efficacité moins gaspilleuse d’homme et de matière. En d’autres termes, on sort de la logique du capital ou la production détermine la consommation mais, au contraire, où les besoins construisent la production. Cela permet des va-et-vient entre production et construction des besoins.

En travaillant de cette manière, on permet aussi à l’industrie, en amont, de pouvoir avoir une vision à long terme de sa production, de travailler à la mise en formation des salariés, de construire sa recherche et son développement.

Il s’agit, avec ce nouveau type d’institution, de sortir graduellement de la domination du capital et des logiques de rentabilité.

Cette manière d’aborder une nouvelle gestion du service public pose aussi deux autres questions. Celle d’une appropriation réelle des services publics par la population, même si c’est par le biais d’association d’usagers. Elle pose aussi la question du temps libéré pour les citoyens et salariés pour avoir une gestion effective, travaillant à des rotations dans l’exercice de ces mandats.

Cette proposition de nouvelle institution démocratique s’ancre dans les expériences passées mais également dans ce que nous vivons dans la gestion et le démantèlement des services publics.

Les formes CESE, CESER bien que très imparfaites illustre les formes nouvelles qui pourraient être construites.

Les luttes actuelles à GE ou EDF-ENEDIS appelle non pas à attendre des hypothétiques pour mettre en œuvre ces nouvelles pratiques mais au contraire à construire des expériences.

Le comité de vigilance ferroviaire Nouvelle Aquitaine en est une illustration, qui appelle sans doute à ce que sur nos territoires nous construisions de nouvelles initiatives, avec détermination, pugnacité, et la volonté d’aller contester les logiques du capital.