Jean-Pierre Cling
Un tableau des institutions économiques et financières internationales, et les pistes avancées par l’auteur pour répondre à leur déstabilisation dans le contexte de crise que nous connaissons.
La gouvernance économique mondiale comprend la coopération en matière de politiques macroéconomiques, la gestion des relations économiques internationales (monnaie, finance et commerce), et la supervision de l’économie mondiale pour éviter les crises. Elle s’effectue à travers un assemblage hétéroclite d’institutions et de forums informels empilés progressivement depuis l’après-guerre, sans qu’aucun effort de rationalisation ni de mise en cohérence n’ait jamais été engagé. Ses quatre piliers sont les Institutions de Bretton Woods (1944), complétées par le G7 (1975), l’Organisation mondiale du commerce (1995), et enfin le G20 (1999).
Cet édifice, qui n’a pas pris en compte les transformations du monde depuis les dernières décennies ni la montée en puissance de la Chine et des pays émergents, connaît une crise profonde, analysée en détail dans un double numéro spécial récent de la Revue d’Economie Financière [[1]]. Cette crise s’est aggravée depuis le retour au pouvoir de Trump début 2025 pour son second mandat. Celui-ci s’est en effet livré à une attaque frontale contre la gouvernance économique mondiale, qui s’inscrit dans le cadre d’une offensive généralisée menée contre l’Organisation des Nations Unies (ONU) et toutes les institutions multilatérales ; une volonté de « massacre à la tronçonneuse », pour reprendre le titre d’un vieux film culte [[2]]. A travers cette offensive, les États-Unis se battent pour garder leur leadership économique mondial et freiner leur déclin relatif, alors que l’énorme excédent commercial de la Chine – contrepartie du déficit américain – contribue à la désindustrialisation aux USA et en Europe.
Dans ce contexte, cet article passe en revue la situation des organisations internationales soumises aux coups de boutoir de l’impérialisme US et à la restructuration de l’économie mondiale [[3]], les tentatives de réaction telles que le renforcement du groupe des BRICS fondé par les grands pays en développement, et s’interroge sur le rôle de l’Union européenne – malheureusement encore incapable de réagir face à ce processus.
Des institutions de Bretton Woods affaiblies et non représentatives de la nouvelle réalité du monde
Fondées en dehors du système des Nations unies, les institutions de Bretton Woods (IBW) sont les vestiges de l’immédiate après-guerre mondiale, quand les USA et l’Europe dominaient encore le monde. Elles ont longtemps imposé aux pays en développement un cocktail de mesures de stabilisation budgétaire et de libéralisation économique, qualifié de « consensus de Washington ».
Le constat n’est pas nouveau, il est malheureusement inchangé depuis belle lurette : suite à la fin de la convertibilité du dollar décidée par les États-Unis en 1971, le FMI a perdu le rôle clé qui lui avait été assigné à sa création de coordination du système monétaire international et de soutien des parités fixes par rapport au dollar. En dehors des crises mondiales, il ne joue plus de rôle systémique, mais continue à assurer un financement important des pays en difficulté (Argentine et Ukraine en particulier). Quant à son institution jumelle, la Banque mondiale, son rôle de financement des PED à long terme – notamment des grands pays émergents – est également précieux ; mais il est de plus en plus concurrencé par les banques régionales de développement qui se sont multipliées au cours des dernières décennies.
Même si leur mission de financement des pays en développement à moyen et long terme demeure nécessaire, de même que celle du FMI en matière de surveillance des balances des paiements et d’assistance technique en matière financière, le mode de fonctionnement des IBW apparaît totalement anachronique.
Selon une règle non écrite, le directeur général du FMI est ainsi toujours de nationalité d’un pays européen, tandis que le président de la Banque mondiale est américain. De plus, leurs 16 % des droits de vote confèrent de facto aux USA un droit de veto sur toute décision importante, qui requiert un vote à la majorité qualifiée de 85 %. En outre le décalage entre le poids des pays dans l’économie mondiale et leur représentation dans les IBW n’a jamais été aussi criant : pour ne citer qu’un exemple, la Chine représente 17 % du PIB mondial mais ne possède que 6 % des droits de vote au FMI ; un poids à peine supérieur à celui de chacun des grands pays européens (Allemagne, France, Grande-Bretagne), et inférieur à celui du Japon qui ne représente que 4 % du PIB mondial.
Non seulement les USA et l’UE s’opposent à toute réforme des IBW, mais Trump est allé plus loin lors de son premier mandat. Il a ainsi bloqué l’émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) visant à accroître la capacité de financement du FMI, considérant qu’elle réduirait le rôle du dollar. Cette émission a finalement eu lieu sous la présidence Biden (2022), mais pour un montant très inférieur au projet initial (650 milliards de dollars contre 3 000 milliards prévus) [[4]]. Trump a aussi bloqué les velléités de la Banque mondiale de devenir une banque du climat. Il a eu moins de succès dans ses tentatives de nommer sa fille à la présidence – contraint de se rabattre sur un ami proche – et d’interrompre ses financements à la Chine. Depuis le début de son second mandat, Trump s’est désintéressé des IBW, se satisfaisant du statu quo en vigueur et adoptant une politique de financements unilatéraux (cf. le soutien à l’Argentine de Milei, et le soutien du Yen).
La création des BRICS (2009) et leur essor est une réponse directe à la frustration des grands pays en développement face à leur manque de représentation au sein des IBWs et au refus de USA et UE d’engager une réforme sérieuse de leur gouvernance. Aux quatre pays fondateurs (Brésil, Russie, Inde et Chine) se sont successivement joints l’Afrique du Sud (2011), puis cinq nouveaux pays en 2023 [[5]]. Exprimé en parité de pouvoir d’achat (c’est-à-dire en égalisant le niveau des prix entre les pays), le PIB des BRICS est supérieur à celui des pays du G7.
En une quinzaine d’années d’existence, les acquis des BRICS sont déjà importants, parmi lesquels figurent la création d’un fonds de réserve destiné à soutenir les pays membres en crise, ainsi que d’une banque de développement dont le montant des prêts approche 40 milliards de dollars. Sous l’impulsion de la Chine, les BRICS cherchent également à augmenter le poids du Yuan dans leurs échanges : au projet d’une monnaie commune s’est substitué celui d’un mécanisme commun de règlement des transactions. Leur hétérogénéité (et la concurrence Chine/Inde) risque toutefois de freiner le renforcement de l’organisation. Surtout, les USA ne ménagent pas leurs efforts pour entraver l’essor de ce projet alternatif menaçant leur suprématie : pressions sur Argentine et Arabie Saoudite qui étaient pressenties pour adhérer au groupe, menaces de sanctions commerciales envers les pays qui essaieraient d’échapper à l’hégémonie du dollar.
Le G7, club des pays riches
Le G7 est le deuxième vestige du monde ancien : créé après le premier choc pétrolier soit il y a un peu plus de cinquante ans, il rassemble les grands pays capitalistes « historiques ». C’est donc le club des pays riches (la Russie a été suspendue depuis son invasion de la Crimée), dont les membres représentent encore un peu plus de 40 % du PIB mondial (le double à sa création) mais seulement 10 % de la population mondiale. Plusieurs pays en développement sont invités de manière discrétionnaire à ses sommets annuels par l’organisateur selon un système de présidence tournante. L’UE y est représentée par le Président du Conseil européen et par la présidente de la Commission.
Le G7 couvre un champ extrêmement large allant de la politique à l’économie en passant par le climat. Ses déclarations incantatoires ont souvent été moquées. Comme le note Pierre Jaillet, conseiller à l’Institut Jacques Delors et chercheur associé à l’IRIS, le G7 fonctionne de manière paradoxale : d’un côté, il empiète sur les missions de l’ONU en se saisissant de questions politiques et climatiques qui concernent tout autant les 90 % de la population mondiale ; de l’autre, il n’aborde pas les sujets sur lesquels il pourrait agir directement, compte tenu du poids prédominant de ses membres dans les transactions financières internationales ou dans les réserves de change mondiales [[6]].
La raison de ce tabou est simple : l’unilatéralisme des États-Unis n’a jamais été démenti depuis la célèbre formule d’un Secrétaire d’État au Trésor lors de l’abandon de la convertibilité du dollar « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème ! ». Le G7 est seulement mis à contribution dans ce domaine quand les États-Unis ont besoin de leurs partenaires pour un front commun contre la Chine, ou pour une action monétaire concertée (enrayer la hausse, puis la baisse du dollar à la fin des années 1980). Autrement, les grands sujets concernant les USA (déficits et dette US, niveau du dollar) ne sont jamais abordés.
Cet unilatéralisme s’est aggravé ici comme dans les autres domaines. Trump a souvent piétiné le G7, refusant une fois de signer le communiqué final, ou critiquant une autre fois son contenu aussitôt après sa signature. Le secrétaire d’État au Trésor est même allé jusqu’à envisager de faire payer aux banques centrales leurs réserves en dollars !
Le dernier G7 tenu à Evian en juin 2026 sous présidence française illustre bien ce mode de fonctionnement. Une déclaration générale de soutien à l’Ukraine en guerre contre la Russie s’accompagne d’une déclaration sur les politiques macro-économiques qui appelle à la réduction des déséquilibres internationaux, trop vague pour avoir quelque effet que ce soit. Elle ne dépasse pas les vœux pieux, du genre : « La réduction des déséquilibres mondiaux pourrait permettre de parvenir à une croissance plus durable et plus équilibrée. »
Seules deux déclarations sur neuf contiennent des objectifs chiffrés : celle sur les terres rares fixe un objectif de réduction de 90 à 60 % de la dépendance à la Chine des pays membres du club ; ces pays s’engagent par ailleurs à accorder un montant total d’un milliard de dollars pour lutter contre l’épidémie d’Ebola. Sur ce dernier point, rappelons que la suppression par Trump dès le premier mois de son mandat de l’USAid, premier pourvoyeur d’aide au développement a eu un impact direct sur la propagation rapide de l’épidémie en RDC. Donc cette promesse arrive bien tard.
Le G20, nouveau directoire économique mondial ?
En fait, c’est dans le cadre du G20 que se discutent maintenant les grandes orientations économiques et financières, et la déclaration macro-économique du dernier G7 désigne explicitement ce groupe plus représentatif pour œuvrer à la réduction des déséquilibres mondiaux : « Nous poursuivrons ces efforts dans le cadre du G20 sous la présidence des États-Unis et au sein d’autres enceintes pertinentes. » [[7]] De même, les BRICS ont validé lors de leur sommet de 2023 à Johannesburg (celui où a été acté son élargissement) le leadership du G20 en matière de coopération économique et financière.
Plus encore que le G7 qui fait double emploi avec lui, le G20 se présente comme un directoire de l’économie mondiale. Il regroupe les principaux pays développés et émergents représentant 85 % du PIB mondial et les deux tiers de la population de la planète. Les dirigeants des principales organisations internationales y participent. En revanche, contrairement au G7, il n’aborde les questions politiques qu’à la marge.
Suite à la crise de 2008 qui a constitué son « baptême du feu », la promotion du G20 au niveau des chefs d’État et de gouvernement (il ne réunissait à l’origine que les ministres des Finances des pays membres) a consacré sa montée en puissance. Cette promotion répondait aussi à l’incapacité du FMI à assumer le leadership dans la coopération économique et financière internationale que ses fondateurs lui ont assigné à l’origine.
Le Conseil de stabilité financière (en anglais Financial Stability Board ou FSB) a ainsi été créé à l’initiative du G20 et est devenu en 2013 l’organisation internationale chargée de la supervision et de la surveillance des institutions financières. Les principales décisions récentes concernant les institutions de Bretton Woods sont désormais prises dans le cadre du G20. Il en est de même de l’accord récent sur la fiscalité internationale signé en 2021, torpillé par Trump dès son élection.
L’œuvre d’affaiblissement, voire de destruction, des institutions multilatérales en cours de la part des États-Unis n’épargne pas le G20 : non seulement les USA ont réussi à exempter largement les multinationales américaines de l’accord sur la fiscalité des multinationales déjà cité, mais ils ont remis en question l’accord sur la régulation financière mondiale signé suite à la crise de 2008. En outre, les USA se sont retirés des accords de Paris et bloquent par ailleurs toute avancée sur le climat au sein du G20. Les USA ont par ailleurs boycotté le sommet de Johannesbourg en 2025, et refusé d’inviter l’Afrique du Sud au prochain sommet organisé en décembre 2026 à Miami. Les résultats de ce prochain sommet tenu sous présidence américaine seront un bon test : soit de l’intérêt porté par l’administration Trump au G20, soit de sa volonté d’en faire une coquille vide.
L’Organisation mondiale du commerce moribonde
L’OMC était déjà moribonde à l’arrivée de Trump au pouvoir en 2025. Depuis sa création en 1995, aucun accord n’a pu être trouvé entre ses membres pour améliorer le cadre commercial multilatéral. En outre, l’OMC est paralysée par le blocage par les USA de son organe de règlement des différends, dont la mission est de veiller au respect des règles du commerce international. Ce n’est pas l’objectif de l’article d’analyser en détail les raisons de ce désintérêt de la part des USA, qui a commencé bien avant l’élection de Trump (cf. le blocage par Obama dès 2016 de la nomination de nouveaux juges à l’OMC), mais il est certain qu’il faut voir parmi ses causes l’essor de la Chine. Devenue le premier exportateur mondial, elle est incontestablement un des principaux bénéficiaires de l’OMC, avec ses excédents commerciaux gigantesques appuyés par la sous-évaluation de sa monnaie.
Même si l’OMC a été à juste titre décriée depuis sa création par le caractère déséquilibré de ses règles au détriment des pays en développement et en faveur des multinationales (propriété intellectuelle, agriculture, etc.), la violation sans scrupules de ses règles par Trump depuis 2025 montre que la loi de la jungle est encore plus néfaste. C’est en effet dans le domaine commercial que l’œuvre de destruction de la gouvernance économique mondiale entamée par Trump a été la plus flagrante et la plus massive. Celui-ci a manifesté un dédain total des règles multilatérales en s’engageant dans un unilatéralisme assumé. Il a en particulier abandonné la clé de voute de l’OMC, à savoir le principe de la nation la plus favorisée, qui impose d’appliquer les mêmes droits de douane à tous ses partenaires, sauf dans le cadre d’accords bilatéraux de libre-échange validés par l’OMC (ou de préférences accordées à des PED). En agissant ainsi, il a clos de manière irréversible une parenthèse de trente ans (1995-2025) pendant laquelle les USA ont accepté globalement de respecter les règles du jeu fixées par l’OMC en matière commerciale.
Dès le début de son second mandat, Trump a adopté une politique protectionniste à la fois active et largement arbitraire. Il a ainsi annoncé lors du « Liberation Day » du 2 avril 2025 une hausse des droits de douane de 10 % appliquée tous les pays à laquelle s’ajoutaient des droits supplémentaires en fonction du déficit commercial bilatéral enregistré avec chaque pays. Lorsque la Chine a répliqué aux droits punitifs de 34 % qui lui étaient appliqués par des droits équivalents, Trump s’est lancé dans une surenchère en la menaçant de droits de 150 %. Un accord a été signé quelques mois plus tard entre les deux pays, à des niveaux bien loin des menaces de Trump. L’Union européenne a quant à elle accepté de signer un accord bilatéral humiliant, ratifié au printemps 2026, et donc de se soumettre aux injonctions américaines imposant des droits de douane autour de 15 %, sans contrepartie du côté européen.
En février 2026, la Cour Suprême a annulé les surtaxes décidées par Trump en 2025, mais celui-ci s’est lancé depuis dans une fuite en avant. Il a lancé une guerre commerciale avec le Canada, violant les termes de l’Accord de libre-échange nord-américain (USA-Canada-Mexique), remis en cause l’accord signé avec l’UE en ajoutant des droits de douane supplémentaires sous des prétextes fallacieux. Il a aussi menacé le Brésil de droits de douane élevés, dans le but d’influer sur les élections présidentielles d’octobre 2026.
Quel rôle pour l’Europe ?
Et l’Europe dans tout cela ? Dans ce monde tripolaire dominé par les USA, la Chine et l’UE, cette dernière est le maillon faible. Divisée, elle n’a pas de projet économique hégémonique à la différence des deux autres, ni de projet tout court. A part l’Allemagne qui sera bientôt dépassée par l’Inde, il n’y a plus aucun pays européen dans les cinq premières puissances mondiales. Sans chercher à lister ici tout ce qui pourrait être poussé au niveau européen, esquissons quelques pistes à approfondir, pour que l’UE cesse de s’aligner sur les USA sans jouer ses cartes.
Plutôt que de s’arcbouter sur leurs privilèges, les pays de l’Union européenne devraient accepter de réduire leurs quotas et d’accroître en contrepartie le poids des pays actuellement sous-représentés, et aussi de former des coalitions pour une réorientation de ces institutions. Ceci pourrait passer par l’acceptation d’une représentation unique de l’UE dans les Institutions de Bretton Woods. Une priorité serait d’accroître le rôle des DTS, ébauche d’une monnaie mondiale. Au sein du G7 et du G20, l’UE va devoir lutter pour relancer les sujets où elle était en pointe, tels que la fiscalité des multinationales et le climat, bloqués par Trump. Traditionnellement libre-échangiste, l’UE devrait aussi mettre sa politique commerciale au bénéfice de ses industries pour freiner sa désindustrialisation. Une réforme en profondeur de l’OMC, incluant les règles sociales et environnementales, devrait être promue, en excluant les USA qui ne sont plus disposés à suivre des règles multilatérales.
Affaiblie et menacée, l’UE peine à réagir. La Feuille de Route adoptée en avril 2026, reprenant sous forme de mesures opérationnelles les propositions du rapport Draghi diffusé en 2024, a le mérite d’appeler à un sursaut européen. Mais comme son nom l’indique, « Une Europe, Un marché », cette feuille de route adopte les orientations essentiellement pro-marché du rapport en question, avec pour objectif de renforcer la compétitivité européenne et l’intégration du marché unique [[8]]. Sans l’exprimer explicitement, elle tente également de protéger les marchés publics européens de la concurrence chinoise. Plus récemment, la France et l’Allemagne ont proposé conjointement la mise en place de nouveaux instruments de protection commerciale au niveau européen, visant également directement la Chine.
Pas plus que le rapport Draghi, la Feuille de Route n’affirme d’ambition mondiale de l’Union européenne en matière économique et financière, ni d’objectif de peser sur les institutions internationales (il en est de même pour l’initiative franco-allemande d’octobre 2026). Or, à défaut de réagir et de promouvoir une nouvelle gouvernance économique mondiale, les pays européens, dont la France, risquent d’être parmi les principales victimes de l’affaiblissement en cours, voire de la destruction, des institutions existantes.
Pour une gouvernance mondiale plus démocratique
Les agressions de Trump contre le multilatéralisme ont donné le coup de grâce à un système devenu obsolète, dont elles ont mis en évidence les faiblesses. La gouvernance économique mondiale, largement héritée de l’après-Deuxième guerre mondiale (Institutions de Bretton Woods) et des « Trente glorieuses » (G7) n’a en effet pas su tenir compte du bouleversement des rapports de force économiques mondiaux. Moins représentative et donc moins légitime, elle est aussi moins efficace pour gérer les biens publics mondiaux.
Le conservatisme des grands pays avancés a suscité des frustrations légitimes de la part des grands pays émergents. La création du G20, puis sa promotion lors de la crise financière internationale de 2008, n’y ont que partiellement répondu. La création par ces pays de leurs propres institutions rend le système multilatéral plus redondant, plus complexe et moins lisible ; ceci au moment où il fait face à des enjeux globaux cruciaux, dans un monde devenu plus fragmenté et plus conflictuel.
En outre, et contrairement aux apparences, l’impérialisme débridé des États-Unis sous Trump accélère en réalité leur déclin relatif, tout en accroissant leur isolement international. Quand les USA menacent d’exclure du système de paiements en dollars les pays qui ne s’aligneraient pas sur leurs sanctions imposées à l’Iran, ils encouragent ainsi les efforts d’abandon du dollar et de recherche de monnaies internationales alternatives.
Se pose enfin la question de la responsabilité démocratique de ce système, qui n’a jamais été véritablement abordée, et que le mouvement altermondialiste avait posée au tournant des années 2000. Que ce soit via l’ONU, les institutions existantes à réformer, ou d’autres institutions à créer, il devient urgent que les pays et leurs populations aient leur mot à dire sur la gouvernance économique mondiale, dont dépend l’avenir de la planète.
[[1]] Bruno Cabrillac et Pierre Jaillet, « Mutations géopolitiques, fragmentations économiques et financières ». Numéros 160 et 161 de la Revue d’Economie Financière, 4ème trimestre 2025 et 1er trimestre 2026. Voir aussi l’article des mêmes auteurs intitulé « Les institutions financières et les forums économiques internationaux face à la crise du multilatéralisme » dans le n°161 de cette revue. L’auteur de l’article remercie Pierre Jaillet pour ses commentaires, même s’il demeure seul responsable des opinions exprimées dans cet article et des erreurs éventuelles.
[[2]] La tronçonneuse est aussi l’emblème des politiques de réduction des dépenses publiques promues par le président argentin Milei, fidèle supporteur de Trump.
[[3]] Cet article n’aborde pas la crise de l’ONU et de ses agences spécialisées, principale cible des attaques trumpistes, car leur rôle est marginal dans la gouvernance économique mondiale.
[[4]] Voir l’article « Un chiffre expliqué : 650 milliards de dollars, la nouvelle allocationde droits de tirage spéciaux du FMI », Economie & Politique, n°808-809, Novembre-Décembre 2021.
[[5]] Denis Durand, « Les BRICS : ambivalences et potentialités », Economie & Politique, n° 862-863, Mai-Juin 2026.
[[6]] Pierre Jaillet « Après Biarritz, quel avenir pour le G7 ? », Telos, Septembre 2019.
[[7]] Toutes les neuf déclarations du G7 d’Evian sont accessibles sur le site du Conseil européen : https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2026/06/17/g7-leaders-joint-statements-evian-france-16-17-june-2026/
[[8]] Denis Durand « Rapport Draghi : face au péril, la fuite en avant »,Economie & Politique,n°842-843, Septembre-Octobre 2024.

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