Les retraites, une bataille politique

Frédéric BOCCARA
économiste, membre du conseil national du PCF

Intervention au débat d’Économie&Politique à la fête de L’Humanité, le 11 septembre 2026.

Nous avons eu un été marqué par la canicule et par la défaillance des services publics. Un été où, on le sait moins, le repli de l’emploi s’est confirmé. Un été qui a révélé, en quelque sorte, la récession en cours en France. Et un été où les tensions financières — on le sait encore moins — montent très fort, avec des conséquences concrètes : cela rend la dette plus chère et pèse sur le budget de l’État.

Mais nous avons surtout eu, pendant tout l’été, un véritable festival anti-retraités, anti-Sécurité Sociale et anti-retraite, où l’on oppose les retraités aux autres à travers les prélèvements liés au budget — on fait le lien entre le budget de l’État et les retraités. Les retraites, pourtant, ne sont qu’une partie de la Sécurité Sociale ; je me concentrerai pour ma part sur elles. Elles ont été le cœur de plusieurs mobilisations sociales, dont la dernière — et c’est normal, car elles solidarisent considérablement la société. C’est précisément pour cela qu’elles sont identifiées par les dominants comme un point de blocage. Nous n’avons certes pas réussi à faire rejeter la réforme, mais eux non plus n’ont pas obtenu tout ce qu’ils voulaient ; c’est pourquoi ils veulent transformer la présidentielle — on ne le dit pas assez — en un plébiscite qui leur donnerait les mains libres sur les retraites. Il faut donc s’y engager : et pour cela, il faut faire monter à la fois la mobilisation, les alternatives et le financement.

Ce qui a manqué, ce sont les grèves — mais ce qui a aussi manqué, c’est une parole claire sur le financement et sur des contre-propositions, car cela permet de lever la chape de plomb et renforce la mobilisation : les deux vont profondément ensemble. La retraite est une avancée sociale, une création nouvelle. La formule d’Ambroise Croizat est formidable : que la retraite ne soit plus l’antichambre de la mort, c’est-à-dire qu’on développe vraiment un nouveau temps de vie libéré. Ce temps est bien sûr en lien avec le travail passé, mais il est libéré, et chacun choisit d’y contribuer à la société ou non, comme il le souhaite — de différentes façons, qu’il faut conforter et développer dans les conditions du XXIe siècle. Et, il y a la question des gains de productivité : quel sens donnons-nous à notre travail, mais aussi quel type de gain de productivité recherchons-nous, pour pouvoir profiter d’une bonne retraite en bonne santé ?

Le dernier élément de ce festival anti-retraite et anti-retraités, ce sont ces quatre années supplémentaires qu’on voudrait ajouter à l’âge de la retraite — je ne sais même plus si l’on parle de 67, 68 ou 70 ans. Toujours plus de matraquage sur le vieillissement et sur le taux de fécondité, présenté comme une fatalité. Or, s’il s’agit bien de la liberté des femmes, la responsabilité des services publics et des politiques publiques dans la natalité est en réalité considérable. Il y a l’arrêt de l’abattement fiscal de 10 % sur l’assiette pour les retraités, la volonté de faire cotiser davantage les retraités en général, ou les retraités les plus riches — les « plus riches » étant ceux qui touchent 2 000 euros de retraite… Enfin, qu’est-ce que cela veut dire ?

Il y a déjà eu plusieurs réformes — le mot « réforme » a d’ailleurs pris le sens de réforme régressive ; ce sont, pour moi, des contre-réformes : 1993, 2003, 2010, 2014, 2023. Mais il y a eu d’autres réformes : celle de 1944-1946, avec Ambroise Croizat, et celle de 1982, qui a fait passer l’âge de la retraite de 65 à 60 ans et modifié le minimum vieillesse, mais sans être financée.

Nous voulons donc une réforme de progrès social : conforter et développer un système de retraite et de protection sociale par répartition. C’est bon pour la vie, car cela crée une nouvelle période de vie. C’est bon pour la société, car chaque âge y contribue de façon différente. Et c’est bon pour l’économie, car cela crée une demande nouvelle, libère des places pour les jeunes, favorise le renouvellement et une nouvelle formation, donc une efficacité de l’offre — et des travailleurs qui ne sont pas épuisés.

Pourquoi le capital veut s’attaquer aux retraites par répartition

Je ne sais pas si vous avez fait le lien avec le discours actuel sur les excès d’arrêts maladie : évidemment, quand on épuise les gens et qu’on allonge la durée du travail, on ne peut que s’étonner ensuite de ces excès d’arrêts maladie. On le retrouve aussi dans les accidents du travail — plus d’un par jour, selon les statistiques de la CNAM sur les travailleurs salariés. Le fonctionnement de la retraite par répartition est efficace économiquement et solidaire socialement : les richesses créées par les actifs financent immédiatement les retraites des retraités. Ce n’est donc pas stocké, ce n’est pas un salaire différé qu’on mettrait de côté : c’est un salaire socialisé, ou plutôt une création de richesse allant au-delà du salaire, socialisée par les travailleurs.

C’est une véritable révolution que nous avons menée en 1945, contre ceux qui, à l’extrême gauche de l’époque, y voyaient de la collaboration de classe. Ambroise Croizat, lui, voulait au contraire réussir cette conciliation — et nous avons fait une révolution réussie. Les cotisations ne sont donc pas stockées : contrairement à la capitalisation, elles ne sont pas stérilisées, elles ne contribuent pas à la croissance financière et ne constituent pas une épargne susceptible de fondre en cas de crise financière — ce qui est arrivé en France dans les années 1930, et récemment en Suède, dans un système de capitalisation.

J’insiste : c’est une part des richesses créées par le travail de l’ensemble de la société, qui va au-delà du salaire, et non au profit. C’est une prise sur les profits, au service du développement humain. Et pour les patrons, cela signifie qu’ils sont obligés de décompter la cotisation sociale avant même de calculer le reste : voilà ce qui les dérange, cela amoindrit le capital. C’est donc quelque chose de très nouveau : au-delà de la formule un peu convenue, c’est bien une prise sur les profits pour le développement humain, au-delà du salaire — c’est très important. Mais le capital n’en veut pas : il veut que cela reste pour lui.

D’ailleurs, même dans le financement des retraites en France, on a un peu développé la capitalisation en plus de la répartition. Il y a aujourd’hui 20 milliards de CSG dans le financement des retraites — la CSG, c’est ce qu’on prélève sur les salariés. Et, dans la Sécurité Sociale en général, la cotisation sociale ne représente plus que 50 % des financements, contre 85 % auparavant. Il y a même de la TVA dans le financement de l’assurance maladie ! Il y a donc déjà, en réalité, une forme de TVA sociale — contrairement à ce qu’on prétend. C’est Hollande qui a voulu défendre officiellement la TVA sociale. Le capital veut donc tout cela pour lui.

Quels sont les enjeux actuels ? Pourquoi le capital veut-il davantage ? Parce qu’il a un problème de taux de profit, pris en tenaille. D’un côté, il y a une crise d’efficacité : on met plus d’argent, mais cela ne crée pas suffisamment de richesses, parce qu’on écrase les travailleuses et les travailleurs — on le voit dans les statistiques d’accidents du travail, ou dans l’insuffisance de qualification. De l’autre côté, le capital gonfle sous l’effet de la finance : si j’ai 100 de capital, en tant que patron, et que je veux 10 % de rentabilité, je prends 10 sur ce qu’ont créé les travailleurs. Si mon capital gonfle et vaut 200, prendre 10 devient un taux trop faible : je dois en prendre 20 pour conserver mes 10 %, donc je veux plus. Ce gonflement financier va se renforcer avec la crise aux États-Unis, la concurrence chinoise, l’intelligence artificielle — tout cela précipite, pour le capital français, l’exigence d’une réforme des retraites. Je pense aussi qu’ils veulent profiter du rapport de forces qui se construit à droite pour porter un coup très fort au système, sans nécessairement l’achever.

Les quatre impostures du discours dominant sur les retraites

Les retraites, c’est 422 milliards d’euros, soit 14 % du PIB — un chiffre que vous connaissez, et qui fait des envieux. En réalité, une fois retirés les prélèvements payés par les retraités eux-mêmes, cela représente environ 25 % des dépenses publiques. On dit que c’est beaucoup ; pourtant, aux États-Unis, les retraites représentent 13,8 % du PIB, dont la moitié relève du privé. Ce n’est donc pas excessif en France par rapport aux États-Unis, où le système, bien que privé, est même plus coûteux. Il faut le savoir.

Le discours dominant repose sur un argument d’évidence en quatre temps. Premièrement : il y aurait plus de personnes âgées, donc chaque actif devrait produire davantage pour les financer. Deuxièmement, le financement serait donc un problème, ce qui imposerait de baisser les pensions et d’augmenter l’âge de la retraite — et voilà, l’affaire est réglée. Mais, en réalité, chaque fois qu’on applique cette logique, cela ne fonctionne pas et crée de nouveaux problèmes. Car chaque jeune actif produit aujourd’hui bien plus qu’avant : il y a un progrès de la productivité — insuffisant peut-être, mais réel — qu’il faut savoir orienter. C’est là toute la question : comment soutenir cette progression, et à quoi l’utiliser ? Le gâteau des richesses peut progresser.

Deuxième argument à démonter : on parle du nombre de jeunes et de vieux, mais on oublie qu’il y a plus de deux millions de chômeurs, 3,5 millions d’inscrits à Pôle emploi. Or, dans ses propres prévisions, le Conseil d’orientation des retraites maintient un taux de chômage de 7 % sur toute la période de projection — des projections sérieuses sur vingt-cinq ans, moins sur les vingt-cinq suivantes —, soit deux millions de chômeurs en permanence.

Et l’on ne parle pas non plus de la question de la natalité comme levier politique — qui allie bien sûr la liberté des femmes en matière de procréation, mais aussi les conditions nouvelles à créer dans la société. Ils veulent nous faire accepter cette évidence, alors qu’en réalité elle ne fonctionne pas : il y a un cercle vicieux de difficultés, et chaque fois, on nous dit qu’il faut « faire plus ». Le déficit, pourtant, n’est pas si important — j’y reviendrai. Il y a en tout cas un enjeu idéologique majeur aujourd’hui, car ils veulent pousser plus fort, et cela pourrait basculer. Mais nous pouvons aussi le faire basculer de notre côté, politiquement, jusqu’aux grands responsables nationaux et dans les médias — nous-mêmes n’étant que des responsables de niveau intermédiaire. Cette idée doit percer, et nous devons la porter dans le débat public : c’est très important, car ils veulent attiser l’opposition entre jeunes et vieux, et cela peut marcher. Ils veulent convaincre que ce n’est pas faisable, c’est-à-dire attiser les divisions et le fatalisme.

Notre bataille pour une nouvelle plateforme commence par la question du financement, qui est cruciale car il faut lever la chape de plomb. Nous avons des atouts, mais l’adversaire a aussi essayé d’en tirer parti lors de la dernière bataille : lors des derniers débats sur les retraites à l’Assemblée nationale, la question posée était « avez-vous un financement ? ». Faute de réponse claire, les macronistes ont gagné sur ce terrain. Il faut donc exiger que le débat politique porte réellement sur ces questions et traiter aussi les autres aspects : la démocratie, etc.

Venons-en à l’argumentaire de l’évidence démographique, qu’il faut démonter. D’abord, chaque actif produit plus qu’avant. Ensuite, il y a de nombreux actifs au chômage : cinq millions à Pôle emploi, et deux millions en permanence selon les prévisions officielles. Il y a aussi un problème de qualité, pas seulement de quantité : une insuffisance de qualification. On ne trouve pas d’infirmières, pas de médecins — il faut les former, donc investir ; on ne trouve même plus de soudeurs. Il y a trois ans, lorsque les centrales étaient à l’arrêt, on a dû faire venir cent soudeurs des États-Unis par avion, alors qu’il faut dix ans pour former un soudeur ou une soudeuse.

Troisième évidence à démonter : celle selon laquelle le PIB serait nécessairement limité, la progression des richesses plafonnée. Ce n’est pas vrai — tout dépend du contenu de cette production de richesses. Faire de la recherche, c’est aussi produire du PIB ; celui-ci intègre en réalité les dépenses sociales utiles à l’activité collective, comme la recherche, la formation ou la santé. Toute la bataille idéologique consiste à faire croire qu’il ne faudrait pas se préoccuper de la création de richesses — alors qu’il le faut, mais pas à n’importe quelle condition : il faut produire autrement, et efficacement.

Quatrième évidence : celle selon laquelle le seul débat porterait sur qui, des retraités ou des actifs, doit payer. Dans les discussions permanentes à la radio, on ne parle que des revenus salariaux, d’activité ou des pensions — la finance, elle, a disparu du débat, alors qu’elle est pourtant considérable. Bien sûr, il y a des enjeux de concurrence internationale et des contraintes propres aux entreprises, qu’il faut chercher à faire évoluer.

 Et enfin, il y a l’évidence démographique de la baisse de la natalité, qu’il faut également relativiser. Quatre chiffres, de 2025 à 2050 : dans les vingt-cinq prochaines années, le rapport entre actifs et inactifs va baisser d’environ 25 %. Il y aurait donc un vrai problème si l’on produisait la même chose qu’aujourd’hui. Mais, même dans leurs propres projections, les richesses créées — le PIB — devraient augmenter de 22 % : 25 et 22, c’est à peu près équivalent, surtout sur un horizon de vingt-cinq ans. Et ces projections reposent sur une croissance très faible, de 0,8 % par an en moyenne. Si l’on retenait plutôt la moyenne observée entre 2012 et 2022, soit 1,2 %, on obtiendrait une progression du PIB de près de 40 %, contre 25 % de retraités supplémentaires : il y aurait donc de l’espace. D’ailleurs, dans le passé, entre 1962 et 2000, le poids des inactifs a été multiplié par deux, en raison du progrès de l’espérance de vie ; mais la production de richesses a, elle, été multipliée par quatre. Il y avait donc de l’espace pour financer à la fois les retraites et le reste, c’est-à-dire pour concilier le capital et les retraites. Le problème aujourd’hui, c’est qu’on ne peut plus les concilier : le capital en veut toujours davantage, c’est pour cela que la bataille s’est engagée.

Il y a certes des contraintes nouvelles, mais elles peuvent être desserrées — c’est bien la question du capital qui est en jeu derrière tout cela. C’est une grande bataille contre le capital. Le livre que nous avions publié à l’occasion de l’avant-dernière réforme, sur la retraite par points, s’intitulait d’ailleurs « Les retraites, un bras de fer avec le capital » — un ouvrage collectif.

Deux leviers de financement principaux

Il y a deux leviers de financement principaux, et je pense qu’il faut être très clair là-dessus. Les mesures secondaires, comme l’intégration des primes dans le calcul des cotisations, ne règlent pas la question du financement à elles seules. Il faut mettre en avant deux propositions majeures.

La première : une cotisation additionnelle sur les revenus financiers des entreprises, qui aujourd’hui ne cotisent pas du tout. Selon les chiffres de l’INSEE, cela apporterait immédiatement 55 milliards au système — alors que le déficit du système de retraite n’est que de 5 milliards : 55 milliards, ce n’est pas rien ! La seconde : entrer dans une autre relation avec les entreprises. Il faut renforcer la base emploi — à la fois comme base de calcul de la cotisation (la masse salariale), mais plus profondément comme les capacités humaines elles-mêmes : l’emploi, les femmes et les hommes du pays, qui constituent la véritable base de production. Il faut donc changer de relation avec les entreprises : celles qui détruisent l’emploi, la masse salariale, les dépenses de formation, ou qui n’appliquent pas l’égalité entre les femmes et les hommes, devraient se voir appliquer une surcotisation, même si elles suppriment des emplois ; celles qui, au contraire, développent l’emploi, garderaient un taux normal — voire un taux minoré si elles le développent fortement, au-delà de la moyenne.

On tire ainsi les entreprises vers un chemin de progrès, en s’opposant à la pression des marchés financiers. C’est à la fois une mesure économique et politique : on leur dit, en somme, qu’on sait qu’elles subissent des contraintes, et qu’on veut les orienter autrement — mais sur notre base, ce qui n’a rien d’une alliance relevant de la collaboration de classe. Voilà toute la question : comment le système peut-il élargir l’espace de financement des retraites, se conforter, et se désintoxiquer de la finance et de l’écrasement des capacités humaines ?

Il faut savoir que les revenus financiers des entreprises — dividendes et intérêts — ont augmenté de 50 % en dix ans. Aujourd’hui, banques et entreprises confondues, ce sont 486 milliards de revenus purement financiers qui sont prélevés, et qui ne cotisent à rien.

C’est pour cela que cela représenterait 50 milliards de recettes supplémentaires. Il y a donc bien une bataille politique à mener.

Mais, avant d’en venir à la bataille politique, il y a d’autres aspects que le seul financement. Ces deux leviers, donc, sont les principaux : ils nous permettraient de supprimer les exonérations de cotisations sociales et d’aller vers l’extinction progressive de la CSG. L’exonération de cotisations sociales est quelque chose d’extrêmement pervers, puisqu’elle tire tous les salaires vers le bas et mine les recettes de la Sécurité Sociale ; la CSG, elle, est une forme d’impôt.

Une bataille politique de fond

Une réforme de progrès devrait comporter plusieurs autres volets. D’abord, une unification du système, comme tu l’as dit, fidèle aux principes fondateurs de la Sécurité Sociale, avec des avancées dans certains régimes diffusées vers les autres : si, à la SNCF, le système est meilleur, il doit bénéficier à l’ensemble du transport de marchandises et de voyageurs, y compris routier — c’est ce que réclame la CGT et nos camarades de la Fédération des transports routiers. Il faut aussi prendre en compte les années d’études, comme le demande la CGT, tout en maintenant l’âge de 60 ans, en particulier pour les carrières longues ou les métiers pénibles, avec un meilleur taux de remplacement.

Deuxièmement, une démocratie nouvelle. Il faut des élections, mais aussi une nouvelle parité : avant 1967, la répartition entre salariés et employeurs était de deux tiers, un tiers — comme la part des salaires et des profits dans la valeur ajoutée. Ainsi, même si un syndicat se retire, le patronat ne devient pas automatiquement majoritaire. Il faut aussi cesser de laisser le Parlement contraindre la Sécurité Sociale et décider à sa place, via l’ONDAM (Objectif national de dépenses de l’Assurance maladie) ou le PLFSS : il est admissible que les parlementaires soient informés et en débattent, mais pas qu’ils décident seuls — c’est une question de gestion démocratique.

Il faut également développer les services publics qui font partie intégrante de la retraite : un service public du grand âge, non marchand, capable de lever la pression marchande sur les pensions ; des dispositifs de départ progressif, avec remplacement des anciens par des jeunes, et développement de nouveaux métiers.

Enfin, il faut se préoccuper de la démographie, qui est une question politique : oui à la liberté des femmes, mais la politique actuelle nuit elle-même à la démographie. Il faut un service public du logement, notamment pour les jeunes ; il faut aussi penser à comment un enfant sera soigné, scolarisé, gardé — d’où la nécessité de services publics de l’enfance, de la santé, de l’éducation. Voilà la responsabilité qui incombe aux politiques, avec l’emploi des jeunes. Et, enfin, ne pas allonger l’âge de la retraite, car il faut préserver la disponibilité des différentes générations, notamment des grands-parents, pour s’occuper des enfants — ces liens sociaux ne passent pas uniquement par le service public.

Il faut enfin des propositions au niveau européen : une clause de non-régression sociale adoptée à l’échelle européenne, des dispositifs communs de sécurisation de la protection sociale entre pays, et un appui de la Banque centrale européenne au financement des régimes de retraite, à taux zéro, comme pour les autres services publics.

Il y a, en tout cas, une bataille politique de fond. La droite, avec notamment Édouard Philippe, persiste à vouloir allonger l’âge de la retraite ; ces derniers jours encore, il tente de le faire habilement, avec quelques ajustements présentés comme mineurs, mais qui vont bien plus loin. Ils insistent sur les divisions issues des différences ; il faut, à l’inverse, insister sur le fait qu’on prend en compte ces différences positivement, sans en faire une division. Le Rassemblement national, de son côté, tient un double discours : Marine Le Pen évoque 62 ans, Bardella dit que ce n’est pas finançable — ce qui leur permet de ratisser large. Mais même 62 ans ne suffit pas, avec des pensions trop basses. Les sociaux-libéraux, eux, restent perméables à ce discours fataliste : ils avancent un objectif sans en présenter les moyens de financement — Olivier Faure le fera sans doute, ce qui est déjà bien pour des camarades socialistes, mais reste insuffisant. Quant à François Hollande, qui a créé le CICE, il veut encore développer la TVA sociale, c’est-à-dire faire payer les salariés plutôt que le capital — cela ne marchera pas non plus. Enfin, je garde pour la fin la position de Jean-Luc Mélenchon, qui laisse entendre qu’il serait peu coûteux de revenir à 62 ans, qu’il suffirait de quelques milliards. Mais non : si l’on veut vraiment agir, il faut engager des sommes bien plus importantes ; il ne suffit pas de dire que ce sera simple. Du côté de LFI, on affirme vouloir augmenter les cotisations sociales — mais comment ? Il faut un chemin : si l’on augmente les cotisations, le patronat objectera qu’il ne peut pas payer. Il faut donc s’attaquer au coût du capital, et amener les entreprises sur un chemin de progrès, ce que nous proposons.

Il existe donc des possibilités d’alliance à gauche, car nous partageons un même souci, mais il faut y aller de façon cohérente. Les deux leviers dont je parle figurent déjà dans les propositions de la CGT, dans celles du Parti communiste. Je pense que nous avons ici une responsabilité : prendre des initiatives citoyennes, associer spécialistes et responsables politiques, pour porter ces questions dès la campagne, remettre rapidement les pendules à l’heure, en nous appuyant sur l’appel déjà lancé ensemble sur les retraites, en interpellant l’ensemble de la société et en injectant ces questions dans le débat public.

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