Jean-Marc DURAND
On a suivi cette affaire dans les colonnes d’Economie et Politique. Au printemps dernier la plateforme de Pont de Claix (Isère), un des sites majeurs de l’industrie chimique dans notre pays, vivait des jours difficiles avec des menaces de fermeture de l’entreprise Vencorex (plus de 450 salariés) et des ombres très noires qui planaient sur celle d’Arkema.
Ce qui était à craindre se produisit, l’entreprise Vencorex était liquidée avec la reprise d’une parcelle d’activité par une filiale d’un groupe chinois. En revanche, fini le traitement de la saumure venant de Hauterives et finie la production de chlore dont sont issus de multiples traitements et productions indispensables au développement d’une industrie moderne.
Mais c’était oublier la pugnacité des ex-salariés et délégués syndicaux CGT de l’entreprise Vencorex qui par un travail acharné se sont investis sans compter dans la construction d’un plan de relance du site autour d’une entreprise du nom d’Exalia.
Un plan qui a mûri au point d’être présenté au tribunal de commerce de Lyon le 28 novembre dernier pour une décision rendue début 2026. Un plan qui a aujourd’hui beaucoup d’atouts de son côté, non seulement s’agissant de sa viabilité industrielle et économique mais aussi en termes de soutien à la démarche de relance. En effet, ce même 28 novembre, MM. Fabrice Pannekoucke, président de la Région Aura, Sébastien Martin, ministre de l’Industrie, Christophe Ferrari, président de la Métropole de Grenoble et maire de Pont-de-Claix, Olivier Six, PDG de CIC Orio, et Mmes Séverine Dejoux, ex-déléguée syndicale CGT à Vencorex et Cyrielle Chatelain, députée de la 2e circonscription de l’Isère, présents sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix, étaient venus apporter leur soutien au projet de relance Exalia.
Un vent d’espoir
« Je pense qu’on a un avenir sur ce site » : par ces quelques mots, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin a souhaité balayer les inquiétudes, affichant ainsi le soutien du gouvernement au projet Exalia.
Aujourd’hui un nouveau vent d’espoir souffle sur le site de Pont de Claix. Seulement 7 mois après la liquidation de Vencorex, un projet de relance à partir d’une reprise des actifs de cette dernière est posé sur la table. Le tout sur fond d’un travail très sérieux qui a fait dire au ministre de l’Industrie que les freins qui pouvaient exister au sein de son ministère sont maintenant complètement levés ! Tiens, des freins existaient donc ? Et de qui pouvaient-ils venir ? Et le ministre de se déclarer confiant en l’avis que la justice donnera en 2026 !
Les obstacles administratifs sont en effet totalement levés qui, jusque-là, empêchaient le projet de reprise d’aboutir. Ces obstacles tenaient au transfert de la mine de sel de Hauterives et du saumoduc à la nouvelle structure Exalia, car ces deux unités demeuraient encore la propriété de Vencorex Holding. Ainsi, l’accord de l’Etat donné, cela permet de changer de propriétaire la concession de la mine de Hauterives et le saumoduc. Est ainsi rendu possible d’intégrer leurs actifs à la reprise des actifs de Vencorex, ce qui met Exalia en situation de pouvoir marcher sur ses deux jambes et de présenter un projet totalement crédible.
Toutes les planètes semblant alignées, il reste au juge de trancher. Mais ce n’est pas la seule question en suspens !
Demeure en effet une problématique de taille sur laquelle le ministre ne s’est pas livré, celle du financement de cette relance industrielle et de l’intervention de l’État. Certes, la métropole s’est engagée à un soutien de 3 millions d’euros mais cela risque d’être un peu court. Car c’est 80 millions qu’il faut, dont 50 pour décarboner le site. Si nous pouvons suggérer quelques pistes au gouvernement nous lui proposerions par exemple de regarder du côté des 211 milliards d’aides aux entreprises. Une petite partie pourrait bien revenir en 2026 à un projet de relance d’une activité réelle avec une centaine d’emplois à la clé et des perspectives sérieuses de développement dans les années à venir. C’est-à-dire, du tout bon pour l’écologie, la production de valeur sur le territoire national et donc pour la relance d’une croissance saine et des capacités contributives aux budgets de la Sécurité sociale et de l’Etat, à un moment où on cherche de l’argent.
Des fonds publics en levier pour mobiliser l’argent des banques
Ce soutien pourrait consister à mobiliser les banques afin qu’elles accordent des prêts pour ce projet. N’est-ce pas leur rôle premier que de soutenir l’activité économique du pays ? Des prêts dont les intérêts pourraient être pris en charge par de l’argent public – par exemple par une partie des sommes affectées aux exonérations de cotisations sociales des entreprises – afin de faire tomber leur taux à zéro pour cent et de permettre ainsi à la nouvelle entreprise Exalia de réaliser les investissements humains (emplois, salaires) et matériels (machines, équipements) nécessaires à son démarrage et à son développement. Par ce mécanisme de bonification d’intérêts, quelque 2 millions d’euros de fonds publics par an pendant cinq ans (10 millions au total) suffiraient pour débloquer 80 millions de crédits bancaires ! D’autant que la puissance publique dispose d’un autre atout pour intervenir, la banque publique BPI France qui a les capacités et la possibilité de financer des projets industriels porteurs d’avenir, et celui-ci en est un !

Séverine Dejoux, ex-salariée de Vencorex et déléguée syndicale CGT.
C’est une question centrale car une fois la décision du tribunal de commerce rendue, la création d’Exalia sera officialisée avec l’objectif d’un redémarrage réel de l’activité début 2027, qui supposera la mise en place progressive des équipes de travail.
Certes, 80 millions à mobiliser c’est une somme conséquente mais c’est la condition pour la relance d’une activité de produits stratégiques pour l’économie du pays. C’est entre autres, pour cette raison que ce projet a reçu le soutien d’industriels locaux. D’ailleurs, pour une fois que ce ne sont pas seulement les rédacteurs d’Economie et Politique ou quelques militants communistes têtus qui tiennent de tels propos, c’est remarquable et c’est la preuve de l’enjeu industriel que revêt une telle production sur le territoire national ! C’est par exemple le PDG de CIC Orio* qui l’affirme : « Les produits qu’on va fabriquer sont stratégiques et fondamentaux pour une grosse partie de l’économie. Si on ne les produit pas ici, on doit les importer et ils sont dangereux à transporter. Donc plus on les produit près des lieux d’utilisation, mieux on se porte ! L’industriel Olivier Six fait ainsi référence à l’acide chlorhydrique, à la soude et au chlore que l’on retrouve dans de multiples productions telles que la papeterie, la chimie, la sidérurgie, le traitement des eaux, l’agro-alimentaire… ».
Un ensemble de besoins difficilement contestables, indispensables à un pays développé et dont on ne trouve plus de fabrication à au moins 600 Kilomètres à la ronde. De quoi donc représenter encore pour de longues années une production d’avenir dont on imagine mal comment des responsables politiques ont pensé pouvoir se passer !
A l’étape à laquelle ce dossier est parvenu, il faut souligner le travail important et la volonté sans faille affichés par les responsables syndicaux de l’ex-entreprise Vencorex dont une des principales animatrices, Séverine Dejoux. Mais on doit aussi relever le soutien qui a été apporté par les collectivités locales et territoriales à la défense de ce site industriel. Le tout ayant conduit à une attitude nouvelle du nouveau ministre de l’Industrie qui ne semble pas suivre les pas de son prédécesseur, déclarant que pour lui, «la souveraineté industrielle n’est pas simplement un concept politique que l’on manie mais c’est une réalité politique territoriale ».
De quoi donner du baume au cœur et du courage à la tâche à toutes celles et à tous ceux qui ont refusé de capituler.
*Entreprise de métallurgie à Champ sur Drac.
