Gisèle Cailloux
Que disent les chiffres officiels à propos du chômage ?
Pour rappel, on dispose de deux façons de déterminer le niveau de chômage.
Le taux de chômage selon l’INSEE
L’INSEE reprend la définition du chômage au sens du B.I.T. Un chômeur est une personne de 15 ans ou plus, souhaitant travailler, n’ayant pas eu d’activité au cours d’une semaine de référence, disponible pour occuper un emploi dans les 15 jours et qui a recherché activement un emploi au cours du mois précédent.
Pour mesurer le chômage, l’INSEE effectue des enquêtes trimestrielles auprès d’environ 100 000 individus afin de dénombrer les personnes selon leur statut d’activité au sens du bureau international du travail (B.I.T.).
Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage ainsi mesuré atteint 7,9 %, en hausse de 0,2 % sur le quatrième trimestre est en hausse de 0,6 % sur un an.

Au quatrième trimestre 2025 le nombre de chômeurs en France hors Mayotte au sens du B.I.T. augmente de 56.000 par rapport au trimestre précédent, à 2,5 millions de personnes.
A cela s’ajoute 1,9 million de personnes constituant le » halo du chômage ». Il s’agit de personnes qui ne sont pas considérés au chômage parce qu’elles ont travaillé ne serait-ce qu’une heure, ne recherchent pas d’emploi ou ne sont pas disponibles. Ce nombre augmente pour le trimestre de plus 13 000.
Le nombre de chômeurs
selon France Travail (ex-Pôle emploi).
L’inscription sur les listes de France Travail résulte quant à elle d’une démarche administrative. Les catégories A, B, C nécessitent d’effectuer des actes positifs de recherche d’emploi. La catégorie A de France Travail regroupe toutes les personnes n’ayant pas travaillé du tout au cours du mois, B celles ayant travaillé moins de 78 heures et C celles ayant travaillé plus de 78 heures. L’inscription à France Travail détermine le versement des indemnités chômage à condition de répondre aux critères
| Effectifs en milliers | Evolution en % sur | ||||
| 4e trim 2024 | 3e trim 2025 | 4e trim 2025 | Un trimestre | Un an | |
| Inscrits en catégorie A | 3135,0 | 3263,5 | 3347,7 | 2,6 | 6,8 |
| Inscrits en catégorie B | 833,7 | 849,4 | 843,4 | -0,7 | 1,2 |
| Inscrits en catégorie C | 1523,0 | 1585,5 | 1561,6 | -1,5 | 2,5 |
| Ensemble catégories A, B, C | 5491,7 | 5698,3 | 5752,7 | 1,0 | 4,8 |
| Inscrits en catégorie D | 348,9 | 360,5 | 348,0 | -3,5 | 0,3 |
| Inscrits en catégorie E | 410,7 | 386, 8 | 388,5 | O,4 | -5,4 |
| Inscrits en catégorie A, B, C, D, E | 6251,2 | 6445,6 | 6489,2 | 0,7 | 3,8 |
(D : sans emploi, non immédiatement disponible, à la recherche d’un emploi, E : pourvu d’un emploi, à la recherche d’un autre emploi.)
Sur un an, le nombre d’inscrits en catégorie A (zéro travail) augmente de 212 700 personnes. En catégories A, B, C, de 261 000 et en catégories A, B, C, D, E de 230 000.
Défaillances d’entreprises
L’année 2025 sera marquée comme l’année record des défaillances d’entreprises depuis au moins 25 ans. Après un recul durant la période covid, dû aux mesures de soutien aux entreprises, ces défaillances sont reparties à la hausse pour atteindre 68 605 sur douze mois glissants en décembre 2025., soit 17 660 de plus qu’en décembre 2019.

Et la crise du pétrole, avec des pénuries réelles ou organisées pour spéculer, risque de créer un motif supplémentaire dans les mois qui viennent pour surajouter aux défaillances d’entreprises annoncées. L’Usine Nouvelle, qui a interrogé les grands groupes français, ne dit pas autre chose quand elle annonce que son enquête annuelle révèle que l’emploi risque de ne pas connaître d’embellie en 2026.
Déjà les des noms s’accumulent : IBM France 300 emplois menacés soit 10 % des effectifs, Cap Gemini jusqu’à 2 400 postes supprimés (7 % des effectifs), FedEx France jusqu’à 500 postes, la Société Générale 1 800 suppressions de postes, Arcelor Mittal plan de 608 postes, Bosch fermeture d’un site, 265 emplois. A cela s’ajoutent les conséquences de ces suppressions puisque l’on sait qu’un emploi supprimé provoque la disparition d’un à trois autres emplois en fonction de la filière (métallurgie, chimie, habillement, restauration…), dans des milliers de petites entreprises qui ne font pas la une des journaux.
Certains de ces plans de suppressions d’emplois sont annoncés sans « plan de départs contraints », c’est à dire par le biais de départs volontaires, de mise à la retraite anticipée (lire : au chômage jusqu’à la retraite sans obligation de rechercher un emploi !). C’est le cas de la Société Générale. Peut-être, s’ils trouvent suffisamment de volontaires, en sera-t-il ainsi ?
Mais il y aura bien 1 800 suppressions d’emplois dans ce payx au moment où le chômage atteint des sommets dramatiques, cumulés désormais avec la baisse des périodes indemnisées.
Les jeunes, premières victimes de la hausse du chômage.
Ensemble des catégories A, B, C par âge
| Effectifs en milliers | Évolution en % sur | ||||
| 4e trim 2024 | 3e trim 2025 | 4e trim 2025 | 1 trimestre | 1 an | |
| Ensemble des catégories A, B, C | 5491,7 | 5698,3 | 5762,6 | 1,0 | 4,8 |
| Moins de 25 ans | 716,7 | 827,8 | 839,2 | 1,4 | 17,1 |
| Entre 25 et 49 ans | 3279 | 3358,5 | 3394,9 | 1,1 | 3,5 |
| 50 ans et plus | 1495,9 | 1512 | 1518,5 | 0,4 | 1,5 |
| Ensemble des catégories A | 3135 | 3263,5 | 3347,7 | 2,6 | 6,8 |
| Moins de 25 ans | 446,1 | 542,3 | 551,5 | 1,7 | 23,6 |
| Entre 25 et 49 ans | 1820,3 | 1856,1 | 1916,6 | 3,3 | 5,3 |
| 50 ans et plus | 868,5 | 865,1 | 879,6 | 1,7 | 1,3 |
Bien d’autres biais cachent partiellement la réalité du chômage : le sous-emploi, le travail à temps partiel qui augmente à nouveau sur l’année 2025 et atteint 17,7 %, les NEET , ces jeunes au nombre de 700.000 ni en études, ni en emploi, ni au chômage qui représentent 10,6 % des 15/24 ans et 17,8 % des 25/29 ans. Ou encore les séniors entre 55 et 69 ans dont environ 13 % (chiffres de 2021) ne sont ni à la retraite (43 %), ni en emploi (41 %) ni au chômage (5 %) avec un point culminant à 61 ans la veille du départ à la retraite qui était encore à 62 ans en 2021, où 25. % ne sont ni en emploi (47 %), ni en retraite (25 %) ni chômeur (3 %).
Il est urgent d’investir pour réindustrialiser notre pays, pour répondre aux besoins, ne pas être dans la dépendance des États-Unis, ni de la Chine, ni de quiconque mais être en capacité d’être partie prenante de coopérations internationales utiles à tous. Le travail ne manque pas pour répondre à cet objectif mais les emplois si ! et quelques fois les compétences dans lesquelles la France a pris du retard. Cela montre la nécessité de relancer notre projet de de sécurité d’emploi et de formation.
Chaque femme, chaque homme actif doit pouvoir à tout moment accéder à de vraies formations choisies en gardant au moins le même niveau de revenus pour se perfectionner, s’approprier les évolutions techniques, scientifiques etc., changer de filière… Le mot « chômage » doit être banni. Les entreprises ont besoin de compétences, la population a besoin d’emplois. Chaque entreprise qui annonce des plans de « sauvegarde de l’emploi » doit nous pousser à poser la question des formations pour tous les salariés permettant d’assurer la poursuite de l’activité, ou d’autres activités. Cela peut être un petit début d’une mise en œuvre de la SEF. Ce n’est évidemment pas dans l’objectif du patronat. Cela montre l’articulation du projet de sécurité d’emploi et de formation avec la conquête de droits nouveaux permettant aux salariés, aux citoyens de mettre un terme aux pouvoirs exorbitants du patronat. Les investissements, les embauches, les liens avec les banques, les salaires, les formation … sont des questions qui ne doivent plus être accaparées par quelques-uns mais par l’ensemble de ceux qui créent les richesses dans notre pays.

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