Chimie
Vencorex : l’histoire n’est pas dite !

Jean-Marc DURAND
membre du conseil national - PCF

Rappelons-nous : l’entreprise Vencorex, au cœur du bassin de la chimie grenobloise, a fermé il y a un an et demi. Au total, 450 emplois directs et plus de 5 000 emplois indirects étaient concernés.

Après une demande de nationalisation faite par la CGT et diverses forces politiques de gauche, rejetée par le gouvernement, puis un projet de reprise sous forme de SCIC également retoqué par le ministre Ferracci, un autre projet de reprise nommé Exalia, sous forme de SASU (société anonyme à actionnaire unique,) porté par les ex-salariés, a été rejeté par le TAE (tribunal des affaires économiques, ex tribunal de commerce), le 24 mars.

Un choix incompréhensible !

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT venue le 26 mars à Pont de Claix, aux assises du Made in France organisées par la CGT, juste à côté du site de Vencorex, qualifiait cette décision de « honte et de symbole de la casse organisée de notre industrie ». On ne peut que souscrire à ce propos.

Ce qui se passe autour de ce dossier industriel est en effet un pur scandale. L’entreprise Vencorex est emblématique d’une politique de casse industrielle touchant une filière majeure de l’industrie nationale, la chimie, qui, comme le disent ses salariés, est la mère de l’industrie. De l’oxygéne en passant par l’acide sulfurique, les hydrocarbures jusqu’au zirconium et aux molécules pharmaceutiques, voilà la diversité des produits issus du travail de transformation réalisé sur cette plateforme concernant des domaines aussi divers que ceux de la santé, du nucléaire civil, de la parfumerie, de l’automobile, de la défense, du BTP, de l’agro-alimentaire ou de la fabrication de peintures spéciales.

En tout cas, pas de quoi émouvoir le TAE de Lyon qui a préféré décider de vendre cette entreprise à la découpe à un ferrailleur plutôt que de privilégier un projet industriel porté par les salariés, soutenu par les élus et de nombreux industriels locaux ainsi que par BPI France qui avait consenti à sortir le chéquier. Un projet qui offrait une vraie perspective de redémarrage dans des conditions nouvelles, décarbonées, de la production.

Une décision qui fait déborder le vase et qui conduit la CGT à demander une commission d’enquête immédiate sur ce scandale national. Pour la centrale syndicale, il s’agit d’examiner la série de décisions catastrophiques prises ces deux dernières années ayant abouti à la situation actuelle. A commencer par le fait que l’Etat n’a pas actionné les mécanismes anti-dumping qui auraient pu empêcher la liquidation de Vencorex alors que son concurrent chinois Wanhua a justement usé de cette stratégie de dumping. La CGT demande également une refonte des tribunaux des affaires économiques au sein desquels ne siègent que des représentants patronaux peu soucieux en réalité de la sauvegarde de l’activité industrielle mais beaucoup plus intéressés par des opérations financières à rendement immédiat.

La décision de ce 24 mars appelle à passer rapidement à la contre-attaque. Les représentants syndicaux comme l’ensemble des salariés et les élus locaux y sont déterminés ! Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, présent à la table ronde organisée par la CGT aux assises du « Made in France » interpelé par les salariés présents a déclaré « ce projet, j’y crois » ! Il a ajouté que s’il ne pouvait revenir sur une décision de justice, il allait réunir rapidement (1) tous les acteurs de ce projet afin d’examiner les modalités permettant à Exalia d’intégrer l’ex-plateforme Vencorex.

C’est toute une filière mise à mal !

Pour le PCF, il est plus que temps que l’État prenne ses responsabilités dans ce dossier industriel majeur et qu’enfin les salariés soient entendus. Il s’agit que redémarre une activité industrielle chimique moderne et décarbonée sur le site de l’ex-entreprise Vencorex, sans autres contraintes, notamment financières, que celle de reconstruire un outil de production efficace socialement et écologiquement, préservant une filière majeure de l’industrie chimique nationale.

Car en réalité, le rejet du projet Exalia de reprise sur la plateforme chimique de Pont de Claix en Isère est un symptôme important de la crise que traverse la chimie, notamment dans la région Auvergne Rhône-Alpes, première région française de production chimique. Plusieurs facteurs en sont la cause. Du coût élevé de l’énergie en passant par la concurrence chinoise féroce jusqu’au déficit d’investissement. Que ce soit pour rénover et moderniser les installations et les modes de production ou engager les dépenses humaines nécessaires en matière de recrutement et de formation.

Une crise qui concerne tout particulièrement la région Auvergne-Rhône-Alpes dont les 12 départements accueillent 700 entreprises de la filière chimie allant de la TPE (très petite entreprise) à l’ETI (entreprise de taille intermédiaire). Des entreprises présentes sur toute la chaîne de valeur de la chimie minérale, de la chimie végétale via la chimie organique et qui réalisent un montant à l’exportation de 15 milliards d’euros.

Une crise qui se caractérise par le fait que 60 % de ces entreprises se déclarent « en dessous du seuil de rentabilité ». Une situation pouvant s’expliquer par une demande qui demeure stable et des charges en hausse – dont le coût de l’énergie qui a connu une forte augmentation – mais aussi par une stagnation des investissements avec un appareil de production assez vétuste et un manque dans les dépenses humaines, particulièrement dans la recherche et le développement, afin de faire évoluer la qualité des installations, des process de productions et des produits eux-mêmes. D’autant que ce secteur est très concurrentiel.

La question qui se pose et que pose en filigrane la décision du TAE de Lyon à propos du projet Exalia est : est-ce qu’on veut conserver en France et au-delà en Europe, une vraie industrie de la chimie qui, rappelons-le, est une industrie de base ? En France, c’était jusqu’il y a peu un des rares secteurs qui permettaient de conserver un semblant de souveraineté industrielle, c’est-à-dire une maîtrise de la production de produits de bases, par exemple la production de molécules de base indispensables au fonctionnement d’autres industries stratégique,s et plus largement de toute l’industrie nationale. Veut-on accroître notre dépendance ou reconstruire des capacités ? Voilà l’enjeu ! Pour le moins, la situation créée par la décision du TAE de Lyon va bien au-delà du simple cas Exalia et met en lumière une vraie dichotomie entre les discours d’un Emmanuel Macron sur la nécessaire réindustrialisation et les faits. Parler de souveraineté est certes dans l’air du temps mais cela ne se décrète pas et s’organise, passant en premier lieu par des décisions concrètes de préservation ou de relance de secteurs en difficulté, plutôt que de les liquider.

Encart :

La réunion des acteurs d’Exalia s’est bien tenue à Bercy début avril.

Dans le prolongement de l’engagement pris par le ministre de l’Industrie, les discussions sur le dossier de reprise du site de Vencorex par Exalia entre les services de l’État et les différents acteurs concernés se sont poursuivies. Une réunion a ainsi eu lieu au ministère de l’Industrie le vendredi 3 avril. Elle a redonné du baume au cœur des acteurs de ce dossier en premier lieu aux porteurs du projet de reprise. La réunion à Bercy s’est en effet révélée fructueuse.

Réunis au ministère de l’industrie, l’ensemble des acteurs, à savoir : les porteurs de projet, les représentants de la Métropole et de la Région, le sous-préfet, le directeur de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), BPI France, la Caisse des dépôts et consignations, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, ont ainsi eu la confirmation que l’objectif des pouvoirs publics demeurait de redonner vie au projet de renaissance industrielle de la plateforme chimique de Pont-de-Claix. Pour cela il faut racheter au ferrailleur All Metal les installations qui lui ont été cédées par le TAE de Lyon.

Les discussions sont d’ores et déjà engagées avec celui-ci et, pour l’heure, même s’il faut se garder de tout optimisme béat, une issue positive et rapide semble possible. C’est le ministre de l’Industrie lui-même qui l’a annoncé précisant à un des porteurs du projet Exalia, l’industriel Olivier Six qui s’inquiétait de la « deadline » concernant le saumoduc et la mine de sel de Hauterives le 31 mai prochain, que : « la solution sera trouvée avant ».

Sans anticipation outrancière, ce dossier montre à quel point, la détermination à se battre et à intervenir sur des objectifs concrets à partir de propositions précises, mettant notamment en leur cœur les moyens de financement et un projet de relance structuré, constitue un atout majeur pour gagner. Il faut retenir et saluer le comportement exemplaire des salariés licenciés de Vencorex qui n’ont jamais lâché leur objectif de relance du site et de la production, refusant de se ranger derrière le pseudo confort des indemnités de départ. C’est un exemple qui pourrait faire école dans un domaine qui est dans la ligne de mire du capital transnational qui veut délocaliser les productions chimiques dans les pays à bas coûts sociaux et à faibles normes environnementales.

Ce dossier montre combien il est important que les salariés se mêlent de la gestion de leur entreprise et qu’à ce titre, ils disposent de droits et de pouvoirs d’intervention afin d’imposer d’autres critères de gestion que ceux confinant à la quête permanente de rentabilité. Cela valide la proposition que porte le PCF d’installation de conférences permanentes pour l’emploi et la conversion écologique des productions au niveau local. De nouvelles institutions au sein desquelles se traiteraient les questions touchant à l’emploi par l’établissement d’un plan prévisionnel de développement de l’emploi et avec la capacité de faire activer un droit de véto sur les licenciements, mais concernant également la modernisation de l’outil industriel et la décarbonation des productions en rattachant l’ensemble de ces prérogatives aux enjeux de financement par la mobilisation du crédit bancaire avec les fonds régionaux pour l’emploi et la formation.

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