Trixell : des syndicalistes prennent la main sur une stratégie industrielle

Franck Perrin
ingénieur, syndicaliste CGT
Jean-Luc Maletras
responsable syndical, ancien dirigeant de la Fédération CGT des métaux

Animateur du Secteur électronique de la fédération des Travailleurs de la Métallurgie FTM-CGT (1982-1999). Co-auteur avec Jean-Pierre Escaffre et Jean-Michel Toulouse du livre Des soins sans industrie ? Refonder le lien entre le système sanitaire et l'industrie française, 2020.

La création en 2024 à Moirans, près de Grenoble, sous la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), de l’« accélérateur industriel » Axel, dont l’activité consiste à renforcer la filière d’imagerie médicale française [1], est le résultat de quinze ans de lutte syndicale. Un livre vient d’y être consacré [2]. Nous revenons sur cette expérience avec deux de ses principaux protagonistes, Franck Perrin (ingénieur, syndicaliste CGT) et Jean-Luc Malétras (responsable syndical, ancien dirigeant de la Fédération CGT des métaux).
Propos recueillis par Denis Durand.

Quel était l’état d’esprit pré-conflit ?

Jean Luc Malétras

Nous sommes confrontés depuis des années à une désindustrialisation qui a profondément affaibli – voir détruit – les bases de nos filières industrielles. Une question nous taraudait. Comment sortir du « coin du ring » dans lequel le capital enferme le monde du travail ? Les luttes de résistance sont fondamentales, mais elles ne suffisent pas. Mener des luttes offensives représente un acte majeur. L’annonce en 2012 de la vente du dernier fleuron de l’industrie médicale nous a semblé être un sujet d’intérêt pour interpeler les salariés du groupe mais également les patients potentiels… la population.

La lutte victorieuse que nous avons menée – et que nous poursuivons – ne doit pas être prise comme une action spécifique mais comme une expérience concrète et – nous l’espérons – inspiratrice. Il nous faut rebâtir – entre autres – les briques essentielles à toute réindustrialisation : nous n’avons plus en France de centre permettant l’innovation, le pré-développement et le prototypage capable de fédérer et d’entraîner l’ensemble des acteurs d’une filière, en l’occurrence celle de l’imagerie médicale.

Pour comprendre la victoire que représente la création d’Axel, il faut remonter loin dans l’histoire de l’imagerie médicale en France ?

Jean-Luc Malétras :

La vente de la CGR (Compagnie générale de Radiologie) a été une rupture très importante. Alain Gomez, alors PDG de Thomson-CSF (devenu Thales), décide de se débarrasser des activités médicales du groupe. Il le fait deux fois : la première, en 1983 ; nous avons réussi à l’enrayer (avec l’aide de Jack Ralite qui était ministre de la Santé à l’époque). En 1990, nous n’avons pas pu l’arrêter. Gomez a offert aux Américains le marché français… mais aussi le marché européen ! General Electric ne vendait rien en France ni en Europe avant cela.

Cette vente a mis fin aux activités du centre de développement de Buc (près de Paris), où se concevaient les prototypes et où se rencontraient industriels et médecins pour innover. Cette vente à également cassé les synergies internes au groupe et les passerelles entre le militaire etlecivil qui nous avaient permis de revenir dans la course en 1983 dans l’imagerie médicale. À l’époque, la CGT du groupe a agi pour favoriser la coopération entre ingénieurs, de Thomson-CSF (activité militaire) et ceux de la CGR. Une belle démonstration de la dualité des technologies militaire/civil. Leur travail a permis à Thomson d’affirmer, quelques années plus tard, avoir « la meilleure imagerie du monde ». Mais tout cela a été stoppé net par la vente de la CGR en 1987 à General Electric (GE).

Gomez agissait comme un manager privé, pas comme un dirigeant public. Son argument était : « On n’a pas su prendre le tournant technologique ». Pourtant, nous avions des ingénieurs compétents, capables de faire le lien entre militaire et civil.

La création de Trixell en 1997 a cependant représenté l’espoir d’un nouveau développement de l’imagerie médicale dans le groupe Thales ?

Franck Perrin :

Après la vente de la CGR, il restait une petite entité sur le site de Moirans, à côté de Grenoble, qui fabriquait à l’époque les des tubes amplificateurs servant à la radiologie dynamique. Il y avait dans cette entité un projet de recherche interne, chose qui ne serait plus possible aujourd’hui à cause de l’optimisation financière des entreprises industrielles, qui a abouti à la création du premier détecteur numérique mondial de radiologie. Ce projet a abouti à la création de la société Trixell en 1997. Philips et Siemens, intéressés par la technologie, ont accepté d’apporter du capital, Thales gardant 51 % du capital et apportant la propriété intellectuelle issue du projet de recherche. Ainsi que la savoir-faire industriel des procédés critiques.

Trixell devient ainsi le seul fabricant européen de détecteurs numériques pour les appareils d’imagerie médicale.

En 2012 le PDG de Thales décide de vendre Trixell, considérant que l’imagerie médicale n’est pas dans le « cœur de métier » du groupe (l’armement). La CGT Thales lance une lutte défensive. Nous gagnons l’abandon de la vente, mais avec la conscience d’une victoire fragile sans un plan de développement pour l’avenir.

Devant le constat qu’il n’y a plus de filière française de l’imagerie médicale, l’idée d’inscrire l’avenir de Trixell dans la reconquête de cette filière devenait un objectif à crédibiliser.  Cet objectif permettait, au-delà des créations d’emplois, de permettre la considération des pratiques professionnelles des soignants qui, dans les faits, dépendent de technologies importées, coûteuses, et souvent inadaptées à notre système de santé. Or l’imagerie est aujourd’hui au cœur du diagnostic, comme les dispositifs médicaux en général tendent à devenir le cœur du soin.

 Jean-Luc Maletras :

C’est là qu’on a eu l’idée de regrouper tous les acteurs : industriels, chercheurs, CHU, formateurs, associations de patients… Tous ceux qui ont un rôle à jouer dans la chaîne de valeur.

Aller jusqu’au bout, en franchissant toutes les étapes du développement d’un projet industriel réel, était un défi pour la CGT et un passage obligé pour bien identifier les revendications spécifiques au développement de la filière. Le travail syndical s’est appuyé sur un collectif de retraités en lien permanent avec les actifs pour le travail de défrichage des dossiers, de déminage, de contacts. Cet apport militant a été prépondérant pour inscrire notre action dans la durée et assurer un travail de prospection dans et hors de la CGT. C’est de cette façon qu’à l’occasion d’un rendez-vous au CHU de Grenoble nous avons découvert la mise en place prochaine des comités stratégiques de filière (CSF).

Franck Perrin

Ça a été un tournant.

Le CSF, organe du Conseil national de l’Industrie, est un espace où se croisent patronat, État, syndicats et société civile. On s’y est engouffrés.

Le tournant s’est produit lorsque nous avons réussi à présenter et défendre notre vision dans le CSF-ITS (Industries et Technologies de la Santé).

Contre toute attente, notre approche a rencontré le soutien du SNITEM (syndicat patronal des équipements médicaux). En fait, notre action a mis en évidence les intérêts contradictoires du patronat au sein du CSF Santé. L’industrie du médicament, qui domine et préside la filière santé, n’avait aucune considération pour la branche des équipements médicaux. Or, nos projets permettaient au SNITEM d’exister.

Notre pugnacité a permis l’inscription de notre projet dans le plan officiel du CSF. Cet acte a eu un effet cumulatif. Il a validé le projet auprès des pouvoirs publics et une frange du patronat et nous a donné accès à des acteurs – des industriels ou des ministères – qui ne nous auraient jamais écoutés autrement, une sorte de « sésame ».

Jean-Luc Maletras

Ce qui était intéressant dans le CSF, c’est que la CGT ne s’est jamais positionnée dans le cadre de cette structure comme étant l’organisation syndicale qui se contente de commenter, comme si le patronat avait seul la légitimité pour penser la réflexion sur une filière.

Ça a été un combat de tous les jours pour Franck, qui représentait la CGT au CSF. Rien ne nous a été épargné pour invisibiliser la CGT. Nous avons dû corriger chaque compte rendu officiel pour remettre notre estampille CGT au nom de Franck. Dans la phase de mise en œuvre, les dirigeants patronaux – cette fois très soudés – ont tenté de nous écarter en proposant un retraité de General Electric pour piloter le projet, la CGT étant reléguée au rang d’assistant. Mais cette personne a vite constaté – notamment après la consultation du site web[3] dédié à notre projet – qu’il était hors d’état de contester à la CGT son rôle dans la gouvernance d’un projet dont elle était le moteur.

Quels motifs ont conduit à créer Axel sous la forme juridique d’une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) ?

Le motif principale qui à conduit à la forme juridique de SCIC est la possibilité qu’offre ce statut d’avoir des sociétaires publiques et privé.

En effet nous souhaitions absolument que la gouvernance réunisse tous les acteurs de la chaine de valeurs.

Les inventeurs de technologie : c’est-à-dire les organismes de recherches tel que le CHU ou l’université

Les producteurs que sont les industriels tel que Thales et Fortil

Les salariés à travers la CGT

Et les utilisateurs qui sont représentés par le CHU.

De plus nous sommes convaincus que pour recréer une filière industrielle la fabrication des compétences et des qualifications sont primordiales et c’est pour cela que l’a participation à la gouvernance des organismes de formations du CHU et de l’UGA était importantes.

L’autre intérêt de cette structure est le fait que dans une SCIC la gouvernance est réellement partagée quel que soit l’apport en capital des sociétaires.

Le compromis est obligatoire, ce qui est très intéressant pour que les intérêts d’un des acteurs de la filière ne deviennent prédominants par rapport aux autres.

Le compromis, la coopération et la démocratie dans les choix deviennent ainsi obligatoire.

Dans ce cadre, l’idéal aurait était d’avoir aussi les collectivités territoriales dans la gouvernance afin d’y porter les exigences du développement territorial au service des citoyens mais malheureusement si ces dernières ont accepté de nous financer, elles n’ont pas souhaité être sociétaires.

L’ouvrage de Michel Pernet Quand la CGT soigne l’industrie du médical évoque le « service public de la mise en relation » exercé par la CGT.

Franck Perrin :

La CGT est présente et a une bonne connaissance des pratiques professionnelles – par ses syndiqué(e)s – et ceci dans tous les métiers, les territoires, dans le public comme dans le privé. C’est une force considérable. 

Notre action a consisté à faire se rencontrer tous les maillons de la chaîne pour confronter, étayer notre projet et casser les silos dans lesquels les gens ont été enfermés. À chaque stade de l’avancée de notre projet, nous avons pu gagner l’attention de gens complémentaires et divers, pour certains éloignés de la CGT, mais intéressés d’apporter leur expertise, participer à la co-élaboration du projet, faire – en somme – un bout de chemin avec elle.

Ces espaces de rencontres ont été pour certaines personnes une découverte sur la force de l’apport collectif. Pour d’autres, la découverte de solutions techniques dont ils ignoraient l’existence ou sous-estimaient le champ de leurs portées.

Ce dernier point soulève le point important de la nécessité de « frottement » entre les différents acteurs de la chaîne de valeurs d’une filière industrielle pour créer de la valeur (au sens valeur pour la société et non de valeur financière). Ce frottement permet un cercle vertueux d’identification des besoins pouvant être satisfaits par des innovations technologiques et inversement d’identifier qu’elles pourraient être les applications des innovations technologiques.

Cette coopération informelle permettant ainsi une innovation et une filière industrielle tirée et pilotée par les utilisateurs.

Jean-Luc Maletras

Nous avons dans le passé pu mesurer l’importance de croiser les points de vue, permettre le recueil des expertises professionnelles au plus près du travail. Dans les années 90, nous avons permis la rencontre entre les marins pêcheurs du Guilvinec, des ingénieurs de Thomson-CSF et d’IFREMER de Brest. Une rencontre inédite et riche ou l’idée de radar d’identification des espèces de poissons a pris naissance grâce à la banque de données d’IFREMER sur les poissons, les technologies sonars de Thomson et le souhait des pêcheurs de ne plus pêcher à l’aveugle. Nous avons également conçu un système de détection des conteneurs perdus en mer avec le soutien des maires du littoral breton[4]. A contrario, la mise au point d’une canne radar pour personnes malvoyantes a été écartée à la suite d’une rencontre avec l’association de mal voyants pour qui cette « solution » ôtait une faculté essentielle : celle de se situer dans l’espace. Ici l’implication du monde associatif a été déterminante.

En somme, le besoin n’est pas prévu d’avance. Il émerge de la concertation, « à la base ». N’est-ce pas porteur d’enseignements sur ce que pourrait être une planification répondant aux conditions d’aujourd’hui, et sur ses relations avec l’autogestion ?

Franck Perrin

C’est extrêmement important parce que si on se réfère à certaines planifications pratiquées dans le passé, il n’y avait pas ce lien avec le peuple, la base. On ne peut pas identifier un besoin à quelques experts dans une salle, c’est impossible.

Il faut absolument une démocratie dans les choix technologiques parce qu’ils vont structurer la société de demain. Cela veut dire que l’implication dans la stratégie de l’entreprise n’est pas suffisante même si on arrivait à avoir toutes les entreprises en autogestion ou engagées dans l’économie sociale et solidaire. Ce cheminement ne serait pas suffisant parce que nous serions encore forcément dépendants technologiquement de choix faits par quelques-uns et ou des choix des salariés /sociétaires des SCIC qui agiraient pour leurs propre intérêt. Se pose donc la question des choix stratégiques, économiques et technologiques au niveau de chacune des sociétés, mais aussi au niveau de la France, et de chacun des peuples : la souveraineté (terme hélas galvaudé) est la liberté de chaque peuple à disposer de lui-même. Respecter sa langue, sa culture, sa façon de travailler, sa façon de se soigner, etc. Il faut donc aussi qu’on puisse planifier les technologies dont on va avoir besoin pour respecter ces différentes altérités. Et donc se pose la question de la planification, et de construire une démocratie autour de cette planification. s.

Aujourd’hui, les CSF, Jean-Luc l’a dit, sont d’abord un lieu de lobbying. Mais ils pourraient être un lieu de planification [5] et de coordination parce qu’ils réunissent les bons acteurs. La question est de savoir comment on construit le travail dans ces instances pour qu’elles deviennent de vrais lieux démocratiques, liés aussi aux lieux de démocratie habituelle qui sont la démocratie sociale et la démocratie représentative, avec l’idée, par exemple, de présidences tournantes, de donner à ces structures de vrais moyens financiers et humains pour éviter l’encrage des lobbyings et de construire des liens d’un type nouveau avec l’Assemblée nationale et dans les territoires.

Vous avez été amenés à poser la question du financement des projets animés par Axel.

Franck Perrin

Oui et très vite nous nous sommes heurtés à l’accès au capital. Il est évident que ce projet d’intérêt collectif à but non lucratif ne peut pas être soutenu, par définition, par le capital détenu par le privé. Aussi nous nous sommes tournés vers les organismes de financement publics avec pour l’instant des refus systématiques. Il est intéressant de noter que l’État qui dépense 211 milliards en aide publique aux entreprises sans résultats sur le maintien de l’industrie ou la réindustrialisation, n’est pas prêt à dépenser quelques millions pour financer un outil permettant de créer une filière industrielle validée par tous les acteurs de la filière patronat y compris.

De fait, noustravaillons à créer des solutions de financements innovants tels que le crowdfunding : cibler des projets emblématiques (par exemple, un appareil pour soigner les varices sans chirurgie) pour mobiliser une épargne citoyenne. Dans l’idéal nous souhaitons ouvrir un fonds d’investissement coopératif de l’ordre de 30 millions d’euros. Afin de pouvoir financer à la fois des projets qui répondent à de larges besoins mais aussi de nous permettre de développer des technologies répondant à des maladies rares qui ne peuvent pas répondre aux exigences de rentabilité des acteurs capitalistes privés.

Vous devriez avoir l’aide de BPI France ?

Franck Perrin

C’est ce qu’une banque publique d’investissement serait censée faire. Mais non, aujourd’hui la BPI se comporte comme une banque privée, voire pire, sur tous les sujets. Et on a des échanges hallucinants avec eux, sur ce projet et sur d’autres.

Tous les appels à projets aujourd’hui passent par BPI. Il y a des volontés politiques qui se transforment en appels à projets, et là-dessus BPI France vient mettre son veto avec des critères purs d’analyse financière capitaliste. C’est un vrai frein à la réindustrialisation, et un gaspillage d’argent public.

Comme on a enlevé des prérogatives à la Caisse des Dépôts pour la donner à la BPI sous prétexte d’efficacité, la Caisse des Dépôts ne peut pas intervenir sur certains dossiers alors qu’elle aurait peut-être la volonté de le faire et les moyens, tandis que BPI se comporte vraiment comme le pire des acteurs privés.

Son PDG Nicolas Dufourcq fait de la politique ! Je ne comprends pas qu’il arrive à se maintenir en poste, vu les provocations qu’il fait. Il donne une orientation à cette BPI qui finalement ne fait que renforcer les dogmes libéraux et la gestion du capital.

Jean-Luc Maletras

Est-ce qu’on doit laisser tomber la question de la relation entre la Sécu et ces questions de réindustrialisation dans le domaine du médical, par exemple ?

Franck Perrin

Tu as raison, je pense que le financeur devrait être la Sécurité sociale et j’ajouterais les mutuelles.

Jean-Luc Malétras

Pourquoi l’argent des caisses de Sécurité sociale qui est placé sur le circuit financier, ne pourrait-il pas être réorienté, au moins en partie, vers des financements de l’industrie, dans des domaines où la Sécu va s’y retrouver ? Par exemple des scanners qui répondent précisément aux pratiques professionnelles des médecins, sans gadgets inutiles imposés par des fournisseurs, qui augmentent les coûts d’achat et les coûts d’entretien : il y aurait un retour à brève échéance via les cotisations supplémentaires liées aux créations d’emplois et les économies réalisées par la sobriété des outils conçus.

En effet, des administrateurs salariés des caisses de Sécurité sociale ont eu l’occasion de réfléchir à de nouveaux types de titres, non spéculatifs, pour placer leurs excédents de trésorerie.

Il pourrait s’agir de titres, non négociables, qui seraient associés à des engagements réciproques, pour échapper à la logique de rentabilité, en limitant à la fois la rémunération payée par l’émetteur (par exemple une SCIC) et le risque pris par souscripteur (une caisse de Sécurité sociale), avec des conditions négociées à l’avance en matière de rémunération, d’affectation des fonds et de garantie.

Franck Perrin

Ce que tu dis résonne avec nos préoccupations puisqu’une société coopérative peut émettre des titres participatifs, bloqués sur 7 ans, qui permettraient de financer effectivement l’industrialisation et donc créer de l’emploi, diminuer les coûts de la Sécu, et générer de la cotisation. Évidemment, il faudrait évaluer le risque.

Cette bataille syndicale a des traits assez différents de l’image qu’on se fait habituellement des conflits sociaux. Du côté syndical, est-ce que votre action n’a pas été trop souvent vue comme un travail d’experts ?

Jean-Luc Malétras

C’est quoi un rapport de force ? Peut-on le résumer au nombre de manifestants à la porte de l’entreprise ? Nous avons dans la première phase eu recours à la grève pour stopper la vente. Dans la seconde phase nous avons travaillé à impliquer le personnel dans la construction d’un projet qui est devenu incontournable. Dans cette phase, le positionnement des cadres intermédiaires a fortement pesé.  Il ne faut pas sous-estimer les batailles d’idées, le recul, jusque dans le mouvement syndical, de l’idée qu’il est possible de faire autrement que le capitalisme, d’organiser l’économie autrement, de s’investir dans la stratégie des entreprises, un pré carré du patronat. Et beaucoup de militants CGT sont tellement pris dans le syndicalisme du quotidien qu’ils n’ont pas le temps de se projeter à 3 ans, 5 ans, 10 ans.

Franck Perrin

Depuis que le projet est devenu très concret, les salariés en perçoivent plus l’intérêt.

L’information des militants, des salariés du groupe et au-delà, a été un élément du rapport de forces auquel nous avons constamment veillé. Nous avons créé un bulletin d’information qui nous a permis de suivre vraiment, dans la durée, l’évolution du travail syndical. En même temps, nous avons créé un site internet, visant plusieurs objectifs : permettre un échange avec le personnel et la population, rendre notre travail consultable par les instances politiques, ministérielles, associatives, … Tout ce travail nous a permis de vérifier l’importance d’avoir « sanctuarisé » notre travail. Toutes les tentatives pour déposséder la CGT de son rôle dans la bataille ont été vouées à l’échec. Le site a permis de déposer en permanence, pendant douze ans, tout notre travail qui reste consultable sur notre site https ://imageriedavenir.fr


[1] Jean-Luc Malétras, « Imagerie médicale : Le premier accélérateur industriel du pays est une initiative de la CGT ! », Économie & Politique, Numéro 842-843 (septembre-octobre 2024).

[2] Michel Pernet, Quand la CGT soigne l’industrie du médical, Le Temps des Cerises, 2025.

[3] https ://imageriedavenir.fr

[4] La concrétisation a buté sur le lobbying des assurances après une bataille européenne portée par Francis Wurtz, député européen.

[5] Nadine Levratto, Franck Perrin, Innover politiquement pour financer et réussir la réindustrialisation de la France, https://imageriedavenir.fr/2022/09/08/innover-politiquement-pour-financer-et-reussirla-reindustrialisation-de-la-france/  

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