- II. Global Justice Report : Thomas Piketty refait le monde Denis Durand
- I. L’enseignement économique pris en otage par le capital
- III. Paul Boccara et la mise en mouvement du Capital de Marx Catherine Mills
- IV. Enjeux de la pensée hétérodoxe en économie Frédéric Boccara, Anton Brender, Mireille Bruyère
La place de l’économie dans une action politique visant à transformer la société aura été perçue comme un des enjeux de la préparation du 40ème congrès du PCF.
Pas seulement parce que le dépassement du capitalisme consiste évidemment pour une part essentielle à changer le système économique pour qu’il ne soit plus soumis à l’obsession de la rentabilité du capital mais maîtrisé par les « producteurs associés » en vue du développement de toutes les capacités humaines. Mais, plus profondément, parce que cette émancipation de l’exploitation capitaliste est la condition du but final : l’accès de chaque membre de l’humanité, sans exception, au « règne de la liberté », émancipé de toutes les dominations et de toutes les délégations de pouvoir.
Sans remonter à la timidité des représentants de la Commune de Paris face à la Banque de France, il faut constater que c’est en se fracassant sur les écueils de l’économie que les grandes espérances du XXe siècle se sont plus d’une fois transformées en amères désillusions : le Cartel des gauches contre le « mur de l’argent » en 1932, le Front populaire contre la spéculation monétaire en 1936, l’union de la gauche contre la mondialisation financière entre 1981 et le « tournant de la rigueur » de 1983… Encore en 1997, c’est à la pression du capital que la « gauche plurielle » a cédé, avant de reprendre à son compte, sous prétexte que l’« État ne peut pas tout », toutes les exigences du patronat et de théoriser un repli sur des « marqueurs » sociétaux …
Il n’y a pourtant là aucune fatalité qui disqualifierait par nature toute tentative d’agir sur l’économie : c’est bien ce qu’a réussi, dans des domaines qui structurent encore fortement notre société, l’élan populaire de la Libération. Mais il était alors porté par un rapport de forces politique et social particulièrement favorable, avec l’influence décisive d’un Parti communiste qui se définissait par un projet révolutionnaire d’autant plus puissamment mobilisateur qu’il était perçu comme apportant une solution aux problèmes économiques tels qu’ils se posaient au milieu du XXe siècle.
Pour imposer dans la bataille politique un projet révolutionnaire répondant à la crise de civilisation que nous vivons aujourd’hui, il faut donc plus que jamais connaître les lois du capitalisme et les formes concrètes qu’il prend au XXIe siècle.
Comme toutes les formes de connaissance, l’économie politique progresse par la controverse entre points de vue, entre écoles de pensée. Parce qu’elle s’intéresse au cœur du pouvoir du capital – le pouvoir de décider de l’utilisation de l’argent – sa spécificité est d’être, plus que tout autre, traversées par la lutte des classes dont ces controverses sont une expression.
Ce dossier en donne quelques aperçus. À titre d’exemple de la place que les économistes peuvent tenir dans la bataille politique, il évoque le cas de Philippe Aghion, « prix Nobel » d’économie, et sa prétention de vider de son contenu social l’enseignement des sciences économiques et sociales.
Autre exemple d’actualité, le Global Justice Report de l’équipe réunie par Thomas Piketty récuse cette vision de l’économie mais son hétérodoxie s’arrête là où il faudrait commencer à mettre en cause les ressorts profonds du pouvoir du capital.
Sur ce terrain, le dossier revient sur la démarche fondatrice par laquelle le théoricien et dirigeant communiste Paul Boccara a nourri la politique du PCF à partir d’une lecture vivante de l’œuvre de Marx et de toute l’histoire de la pensée économique.
Une table ronde met enfin en présence trois économistes représentatifs de différents courants que l’on peut qualifier d’hétérodoxes parce qu’ils ont en commun de récuser la théorie dominante dont Philippe Aghion est un représentant : Frédéric Boccara, marxiste et communiste. Anton Brender, qui se réclame de la social-démocratie, et Mireille Bruyère, qui a l’ambition d’intégrer à sa conception de l’économie une dimension écologiste radicale.
