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Révolution informationnelle : quoi de neuf ?

L’intelligence artificielle sature l’actualité de ses prodiges, de ses dangers, des sommes d’argent astronomiques qu’un petit nombre de firmes capitalistes géantes dépensent pour en maîtriser le développement, à la hauteur des profits tout aussi astronomiques qu’elles en attendent.

Au-delà du marketing, des guerres commerciales et des manipulations qui les accompagnent, on pressent que l’irruption du phénomène dans nos vies quotidiennes, dans les lieux de travail et de production, ses implications financières et géopolitiques… tiennent une place, peut-être décisive, dans les bouleversements qui travaillent une civilisation en crise.

Pour prendre efficacement en compte leurs aspects politiques, sociaux, culturels, il faut donc pouvoir caractériser cette nouvelle réalité technologique. L’idée vient naturellement à l’esprit qu’elle consiste dans le remplacement par des machines de certaines fonctions du cerveau humain.

Voilà précisément le trait distinctif qui avait conduit, il y a déjà longtemps, Paul Boccara et Jean Lojkine à qualifier de « révolution informationnelle » ce que nous sommes en train de vivre depuis l’apparition des ordinateurs, des réseaux de transmission de données, et des multiples outils inventés depuis le milieu du XXe siècle pour manipuler, transformer, partager les informations. C’est là ce qui distingue la révolution technologique en cours de la révolution industrielle qui a accompagné l’essor du capitalisme en remplaçant l’action de la main par celle des machines.

En effet, « l’information, c’est l’information, elle n’est ni matière, ni énergie. Aucun matérialisme qui ne reconnaît pas ce fait ne peut survivre aujourd’hui », notait déjà Norbert Wiener, le fondateur de la cybernétique. Transformer la matière et transformer des informations – deux actions pratiquées depuis les origines de l’humanité, dans des conditions sociales très variées – sont deux formes de travail différentes.

Contrairement à un objet matériel, on peut posséder une information sans en priver personne. Alors que la révolution industrielle allait de pair avec une logique d’échanges marchands et d’accumulation d’argent pour acquérir la possession de moyens de production matériels, la révolution informationnelle, en donnant à l’action sur les informations une place prépondérante dans la production, la circulation, la répartition et la consommation des biens et services nécessaires à la vie des êtres humains, peut être porteuse d’une logique de partage, tirant son efficacité d’une « intercréativité » à l’échelle des individus comme à celle de toute l’humanité.

Évidemment, ce n’est pas cette nouvelle civilisation, émancipée des logiques capitalistes, que les GAFAM et autres oligarques financiers sont en train de nous préparer. À l’âge de l’IA, faire travailler cette nouvelle forme de « contradiction entre les forces productives et les rapports de production » appelle le recours à un marxisme vivant, à jour des réalités techniques, des recherches et des débats d’idées contemporains, et autant que possible ancré dans les luttes sociales. Ce dossier est une tentative d’y contribuer.

En complément des pièces qui le composent, et de la table ronde entre Frédéric Boccara, Anton Brender et Mireille Bruyère dont notre rubrique « Opinions, débats et controverses » donne un compte rendu, on pourra consulter, sur le site Web economie-et-politique.org,la Fresque du numérique, établie par Sylvain Delaître, qui retrace l’histoire des techniques de traitement de l’information des plus lointaines origines à nos jours.

Enfin, on se reportera avec profit à l’article d’Yvette Lucas, La révolution informationnelle, parue dans le dossier consacré à Paul Boccara par le numéro 424 (octobre-décembre 2025) de La Pensée, et à l’ouvrage sur l’intelligence artificielle de la même autrice, à paraître début 2027.

La fresque du numérique

opinions • débats • controverses

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