Sahra Wagenknecht veut recomposer le Parlement européen au détriment de « La gauche »

Bruno Odent


Pour assoir sa crédibilité, l’ex co-dirigeante du groupe Die Linke au Bundestag cherche à passer des alliances avec d’autres forces dissidentes de «&nbsp.La Gauche&nbsp. comme avec des partis centristes ou sociaux-démocrates, attirés par le souverainisme ou (et) le rejet de l’assistance aux migrants.
Sahra Wagenknecht, la dissidente de Die Linke qui a créé son propre parti en janvier dernier, se dit en mesure de former un nouveau groupe souverainiste au parlement européen après les élections..
L’ex co-chef du groupe Die Linke au Bundestag a d’ores et déjà déclaré qu’elle ne rejoindrait pas « la gauche européenne », le groupe de son ancien parti. Des « tractations en coulisse » qu’elle prétend avoir mené à bien, déboucherait sur une recomposition qui toucherait « La gauche » mais concernerait aussi d’autres forces politiques, social-démocrates ou centristes, pouvant se revendiquer d’une démarche souverainiste proche de la sienne.
La tête de liste du parti l’Alliance Sahra Wagenknech ( BSW), Fabio De Masi, présente l’affaire du nouveau groupe où Wagenknecht serait appelée jouer « un rôle important, si ce n’est le premier » , comme « acquise ». BSW est crédité de 5 à 7 % des suffrages par les derniers sondages.
Il faut au minimum 23 députés venus d’au moins 7 pays pour obtenir l’autorisation de former un groupe, selon le règlement du parlement européen. Seule certitude jusqu’ici, les Italiens du Mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte se prononcent clairement pour un tel scénario. Certaines des positions de Wagenknecht pour la paix en Ukraine et la normalisation des rapports économiques avec la Russie rejoignent ses propres préoccupations et les violentes saillies anti-migrants de la leader de BSW les rebutent d’autant moins qu’ils ont eux-mêmes cédé à cette tentation xénophobe quand ils étaient aux affaires avec le Parti Démocrate italien.
D’autres rapprochements potentiels sont envisagés. Comme avec le parti SMER, issu de la social-démocratie, du premier ministre slovaque, Robert Fico, récemment victime d’une tentative d’attentat, et, lui aussi, favorable à une détente des rapports avec Moscou. Le parti social-démocrate au pouvoir au Danemark, qui a mis en place une politique de reflux massif des migrants, aurait également été contacté, ainsi que des petits partis des pays baltes ou une formation slovène. Mais les uns et les autres ne devraient pas compter beaucoup d’élus européens. La réussite ou non de l’opération de recomposition dépendra donc surtout de l’ampleur des défections au sein de « La Gauche ». Dans ce contexte, l’attitude de la France Insoumise pourrait être décisive.
Manon Aubry est restée très circonspecte sur ce projet Wagenknecht, renvoyant sa réponse à un examen de la situation à l’issue du scrutin. Mais Jean Luc Mélenchon, lui-même, a compté comme l’un des plus fervents supporters de Sahra Wagenknecht. Le 5 juin 2018 il encensa sa première tentative de créer, avec « Aufstehen » (Debout), un mouvement dissident explicitement fondé sur l’exemple de la France insoumise. « Le jour où une bonne nouvelle est venue d’Allemagne », célébra-t-il, sans jamais avoir, depuis lors, fait disparaître l’analyse de son blog.
« La FI parvient à atteindre un électorat beaucoup plus important que le nôtre. Nous voulons faire la même chose », martelait Sahra Wagenknecht. Dans la mue qu’elle avait commencé à engager, la dirigeante de Die Linke ne cachait pas déjà des positions très hostiles aux migrants. Ce qui n’a jamais soulevé la moindre réaction de désapprobation du leader de la FI. Et cela jusqu’à aujourd’hui où pourtant Wagenknecht ne cesse de surenchérir sur ce thème.

Vindicte antimigrants

Dans son programme de campagne à l’élection européenne, le parti qui porte son nom comme référence unique, revendique : « l’examen des demandes d’asile et de tout statut de protection doit être réalisé hors des frontières de l’UE ou dans des pays tiers », dépassant les exigences en la matière du Français Emmanuel Macron ou de sa compatriote Ursula von der Leyen, pour plaider en faveur d’un modèle à la britannique ou à la Giorgia Meloni, visant à cantonner les migrants au Rwanda ou en Albanie.
Récemment, Sahra Wagenknecht est allée encore plus loin, avançant la nécessité de refuser tout versement d’aides aux migrants en situation irrégulière. « l’Allemagne est le pays qui paie le plus. Cela doit cesser », a-t-elle scandé. Cette vindicte anti-migrants est souvent présentée comme un moyen de siphonner une partie de l’électorat populaire qui s’est tourné vers l’AfD. Sans résultat vraiment probant jusque-là en dépit des scandales et des polémiques qui minent aujourd’hui la crédibilité du parti d’extrême-droite.
Le BSW ne se revendique plus comme un parti de gauche. Le « retour à la raison » qu’il plaide passe par la renaissance d’un modèle social saccagé effectivement par les réformes conduites depuis Gerhardt Schröder par les chanceliers successifs. Au point que moins d’un salarié allemand sur deux est aujourd’hui couvert par une convention collective.
Le BSW veut rétablir ce « modèle allemand », mis en place durant les 30 Glorieuses. Oskar Lafontaine, l’ex dirigeant du SPD et mari de Sahra Wagenknecht, en a fait de longue date son cheval de bataille. Le malaise politique et social est immense. Mais peut-on pour autant prétendre le guérir en revenant simplement en arrière ? Comme des orphelins du capitalisme rhénan.

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