Stratégie nationale hydrogène
Pour un tout autre pilotage afin de dépasser les impasses actuelles

Muriel Ternant
Conseillère régionale de Bourgogne - Franche-Comté, présidente du groupe des élu.e.s communistes et républicain.e.s
Frédéric BOCCARA
économiste, membre du comité exécutif national du PCF

Le pilotage à courte vue de la filière hydrogène par la rentabilité est en train de conduire cette industrie à sa perte, et les territoires où elle est implantée à la ruine.

La société McPhy, spécialisée dans la fabrication d’électrolyseurs produisant de l’hydrogène, dont la gigafactory est située dans le Territoire de Belfort, est placée en liquidation judiciaire.

Les mauvaises nouvelles s’enchaînent  : faillites et redressements judiciaires dans les bus à hydrogène (Safra, Van Holl), la mobilité lourde (Gaussin), le stockage de l’hydrogène (Mahytec), difficultés financières des usines d’électrolyseurs ou annulation d’implantations (McPhy, Elogen), projets industriels suspendus ou ralentis dans les applications de mobilité (train à hydrogène, avion à hydrogène, utilitaire à l’hydrogène),…

La mise à jour de la stratégie nationale hydrogène n’a tenu aucun compte des difficultés nombreuses rencontrées par la filière, en dépit des investissements importants dont elle bénéficie, de la part de l’Union européenne, de l’État, des collectivités locales.

C’est même à 10 km de la société McPhy, société de production d’électrolyseurs actuellement en procédure de conciliation en raison de difficultés financières importantes, que le ministre de l’Industrie Marc Ferracci est venu annoncer le soutien financier de l’Etat à une entreprise… d’électrolyseurs, Gen-hy, en assumant financer diverses technologies pour laisser le marché sélectionner la plus performante d’entre elles. C’est donc le critère du profit rapide et maximum qui pilote au détriment du développement de la filière. Quel gaspillage d’argent public !

Après 4 milliards d’euros injectés par l’État depuis 2020 et le lancement de la stratégie nationale hydrogène, sans compter l’engagement financier des collectivités locales, il faut faire le constat de l’échec et changer de méthode.

L’hydrogène est en effet un vecteur d’énergie indispensable à la décarbonation de l’industrie et des mobilités lourdes. L’émergence d’une filière industrielle complète est nécessaire et indispensable pour l’avenir. Elle doit donc être pilotée de façon radicalement différente afin de ne pas reproduire les absurdités qui ont conduit dans la filière de l’énergie solaire à la prise de contrôle de la technologie française par des capitaux chinois.

Déjà, le dernier constructeur français produisant des autobus à hydrogène, Safra, vient d’être acheté par le groupe chinois Wanrun avec des suppressions d’emplois à la clé et le flou sur les projets industriels.

Le développement efficace de la filière hydrogène nécessite  :

  • de sortir les entreprises de l’hydrogène du financement par les marchés financiers et leur critère de profit maximum,
  • d’introduire de nouveaux critères de gestion et de financement des entreprises de l’énergie, fondés sur l’efficacité sociale et environnementale,
  • de s’appuyer sur la recherche publique et les coopérations pour développer les solutions prometteuses,
  • de développer les services liés aux usages de l’hydrogène, notamment dans les applications de mobilité, dans le cadre d’un service public intégré de l’énergie,
  • d’organiser des coopérations entre régions et territoires, plutôt que la mise en concurrence par les appels à projet,
  • de mettre en œuvre une planification démocratique et décentralisée de la filière industrielle, associant les travailleuses et travailleurs de la filière, la recherche, les industriels, les élus locaux et nationaux,
  • d’affecter des moyens à la formation initiale et continue.

La société McPhy, dont EDF et la BPI sont déjà actionnaires minoritaires, doit être reprise en prenant appui sur la filière publique de l’énergie (EDF, CEA…) et le pôle public bancaire.

Agir vite et concrètement

Dans les territoires traumatisés par la désindustrialisation, l’hydrogène a représenté une promesse de rebond et de développement, justifiant l’engagement financier important des collectivités locales.

Il ne doit pas être un nouveau désastre, masqué par quelques annonces de financements nouveaux sans cohérence et sans vision de long terme.

Il y a urgence à prendre toute la mesure des difficultés de la filière hydrogène, de son caractère stratégique, et donc à mettre en place une véritable planification concertée articulant industrie et services, financée en dehors des critères du profit maximum et de très court terme incompatibles avec le développement d’une nouvelle industrielle.

Une conférence nationale, impliquant les élus locaux des territoires concernés par une implantation de la filière hydrogène, depuis sa production ou son extraction jusqu’aux motorisations en passant par son stockage, y compris sous forme solide, en incluant la recherche, les organisations syndicales, les directions d’entreprise, les services de l’État pourrait initier cette nouvelle démarche.

Des mesures d’urgence doivent être activées, avec un moratoire sur les suppressions d’emploi, l’implication du Commissaire aux restructurations et à la prévention des difficultés d’entreprises et la suspension de la décision du tribunal de commerce en reprenant sans délai les actifs (équipements, locaux, terrains et brevets) de McPhy, comme mesure conservatoire.

1 Comment

  1. Si les voix du seigneur sont impénétrables, celles de la physique sont incontournables. L’hydrogène comme source d’énergie que ce soit à partir de l’eau ou de la gazéification du charbon est une vieille illusion qui n’a jamais dépassé la preuve de concept se heurtant à la réalités des coûts.
    L’intérêt de la molécule d’hydrogène est sa densité énergétique qui est trois fois supérieure à celle du pétrole , mais elle n’existe pratiquement pas, à l’état libre ,il faut donc la produire. Ce n’est donc pas une énergie primaire. Les atomes d’hydrogène sont liés d’autres atomes (oxygène, carbone, azote, chlore, etc.. Il faut donc dépenser de l’énergie pour casser ces molécules et libérer l’hydrogène. L’eau étant la molécule la plus abondante, sur la planète, elle est apparue comme la source idéale de production d’hydrogène. Sa production par électrolyse séduisante sur le papier est un processus très complexe qui se heurte aux problèmes techniques des électrodes et augmente singulièrement son cout de production. Le rendement par électrolyse ne dépasse pas 30% !!
    Produire de l’hydrogène à partir des énergies renouvelables dont le fonctionnement est aléatoire est un non-sens absolu. Le facteur de charges des éoliennes n’est que de 25% ! facteur qui diminue au cours du temps ! Pour une entreprise la production d’hydrogène par électrolyse n’est pas viable économiquement. La réalité finit toujours par s’imposer.
    Ce n’est pas « Une conférence nationale, impliquant les élus locaux des territoires concernés par une implantation de la filière hydrogène, depuis sa production ou son extraction jusqu’aux motorisations en passant par son stockage, y compris sous forme solide, en incluant la recherche, les organisations syndicales, les directions d’entreprise, les services de l’État pourrait initier cette nouvelle démarche » qui changera quoi que ce soit.
    La seule méthode de production économiquement viable de la molécule d’hydrogène est celle du vaporeformage à partir du gaz naturel. Sa production par la biomasse est un leurre car elle produit de nombreux sous-produits polluants, en outre les installations ne peuvent que de taille réduite ce qui augmente les coûts de production.
    La molécule d’hydrogène a une densité volumique très faible, elle est extrêmement inflammable et réactive, ce qui nécessite des conditions de stockage et de transport draconiennes. C’est un non-sens de déployer l’hydrogène pour le transport automobile.
    L’autonomie d’un véhicule à hydrogène est limitée puisque 6 litres d’hydrogène possède une énergie équivalente à près 1,3 litre d’essence. Les couts d’utilisation sont tels que les projets de trains à hydrogène allemand restent sans les tiroirs et que pour la ligne fonctionnant à l’hydrogène en Hesse les rames seront remplacées par des rames hybrides (batteries électriques, diésel)
    Pour ces raisons l’utilisation de l’hydrogène est et sera essentiellement industrielle (industrie chimique et pétrochimique).
    Il faut arrêter d’être à la remorque de l’écologisme. Non l’Hydrogène n’est pas la « molécule philosophale » que les khmers verts prétendent. Face aux lois de la physique et de la chimie, malgré les efforts de nombreux scientifiques et ingénieurs aucun application commercialement viable n’a été produite.
    Il faut arrêter de gaspiller de l’argent pour l’utopie hydrogène. Arrêtons de financer des installations semi-industrielles qui ne peuvent qu’aboutir qu’à des échecs économiques sauf pour ceux qui auront empocher les subsides.

    Je recommande « L’utopie Hydrogène » Samuel Furfari. IP Editions

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