La chimie en ébullition :
Polytechnyl en difficulté !

Jean-Marc DURAND
membre du conseil national - PCF

Le mercredi 14 janvier, 90 salariés de Polytechnyl Valence se retrouvaient sur la zone industrielle des Auréats, devant leur usine qui avait été placée depuis Le 8 janvier en redressement judiciaire. Le but était d’alerter sur leur situation et de trouver au plus vite une solution.

Outre le site de Valence, l’entreprise Polytechnyl qui appartient à un groupe Belge, Domo Chemicals, dispose depuis 1950 d’une implantation installée sur le site de « Belle Etoile » à Saint Fons dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon, qui compte environ 450 salariés.

Une mise en redressement judiciaire qui a surpris tout le monde !

L’entreprise Polytechnyl, spécialisée dans les produits dérivés du polyamide, a été placée en redressement judiciaire le 8 janvier dernier pour une durée de six mois par le Tribunal des Activités Economiques (TAE) de Lyon en raison d’importantes difficultés de trésorerie rencontrées suite à un problème financier ayant frappé l’ensemble du groupe Domo.

De l’avis d’une élue CGT, la situation avait de quoi inquiéter. Elle devait notamment déclarer : « Nous avons été mis en redressement le 8 janvier. Nous avons peur que l’usine ferme. Nous avons un directeur qui nous dit que tout va bien se passer et qu’on va redémarrer. Normalement, nous redémarrons le 23 janvier avec l’accord de l’administrateur judiciaire qui a autorisé l’achat de matières premières et d’emploi d’intérimaires. Pour l’heure rien ne change. On a un sursis de six mois pour l’instant ».

Les causes des difficultés de Polytechnyl tiennent effectivement au manque de liquidités qui s’est notamment traduit par le non-approvisionnement en matière première et le non-paiement des salaires de décembre. Les salaires de décembre ont d’ailleurs dû être régularisés pour moitié via le régime de garantie des salaires (AGS). Une situation qui a eu du mal à passer auprès des salariés de Valence alors qu’ils savaient le carnet de commandes de leur entreprise bien rempli et qu’une nouvelle ligne de production était en cours de construction.

La direction de l’entreprise qui avait conquis et reconquis un certain nombre de clients fin 2025 précisait quant à elle, que la situation allait lui permettre de disposer d’un « temps de réflexion », d’une durée de six mois. Cela lui permettrait de remettre l’entreprise sur les rails et d’honorer les commandes des clients. Ce temps donné par la procédure lancée par le TAE de Lyon n’offrait cependant pas de façon systématique à la filiale française du groupe belge Domo Chemicals, la garantie du maintien de l’ensemble des emplois comme le soulignait d’ailleurs la responsable de la communication de Domo France, précisant qu’«il était encore trop tôt pour se projeter et mesurer l’éventuel impact sur l’emploi de cette procédure, pour l’heure destinée à assurer au mieux la continuité de l’activité des deux sites ».

Restructurations en vue ?

L’annonce de ce placement en redressement judiciaire intervenait en effet après un « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE) qui, depuis l’été 2025, s’était soldé par la suppression de 130 postes à Polytechnyl sur le site de Saint Fons où Il en reste aujourd’hui encore 450. Pour justifier le PSE de sa filiale, l’été dernier, le groupe belge « Domo Chemicals » avait invoqué« des conditions de marché qui se dégradent fortement pour le secteur de la chimie,notamment un prix du gaz 4 à 5 fois plus élevé qu’aux États-Unis ».

Sauf qu’en ce début janvier 2026, les causes des difficultés ont semblé être ailleurs. Ressortait en effet avec force des pièces du dossier le manque soudain de liquidités des entreprises françaises Polytechnyl, provoqué, dans le droit fil de la mise en faillite fin 2025de trois filialesallemandes du groupe Domo Chemicals,parl’échec des négociations entre actionnaires, banques et créanciers visant à établir un plan global de financement afin d’assurer une réorganisation de l’ensemble du groupe.Le problème est en effet venu d’Allemagne, siège de Domo Chemicals où une banque, partie prenante du projet de réorganisation visant à séparer en deux les dix usines du groupe en réorientant leur politique industrielle, a subitement annoncé son retrait, entraînant celui d’autres partenaires financiers. Ainsi en quelques heures tout flux d’argent au sein du groupe a été bloqué.

Si Domo promet que « dans les semaines à venir, les administrateurs judiciaires travailleront en étroite collaboration avec la direction et les partenaires de la société pour dresser un état précis de la situation financière et évaluer les options de restructuration possibles », personne ne peut dire sur le temps long quelle sera l’évolution de la situation des diverses entreprises de ce groupe. Il faut en effet savoir que le groupe Domo Chemicals, qui a déjà connu plusieurs épisodes similaires, possède d’autres usines en Europe, aux États- Unis, en Chine et en Inde. Des entités qui fournissent des produits dérivés du polyamide aux secteurs automobile, électrique, électronique, agricole, pharmaceutique, textile et des biens de consommation et qui pourraient à terme, absorber la production des sites français, entrainant ainsi leur disparition.

Une éventualité que les salariés et leurs représentants n’écartent pas, d’autant plus qu’ils ne disposent d’aucune information claire et précise à ce propos. Le secrétaire CGT du CSE de Polytechnyl exprime en effet ses craintes de répercussions futures sur l’emploi, voire sur le devenir de sites entiers. Aucune information n’est par exemple transmise sur la rentabilité de chaque site pris séparément et sur le nom des banques qui ont lâché en route le processus de réorganisation.

Un enjeu industriel régional et national important.

L’entreprise Polytechnyl représente un maillon important de la chaîne industrielle du territoire rhône-alpin mais plus globalement du secteur de la chimie au plan national.  Il y a un vrai savoir-faire et des brevets dont certains remontent d’ailleurs au temps de Rhône Poulenc. 

Il y a urgence à connaître dans le détail les raisons qui ont conduit à la situation actuelle. Pourquoi les banques ont lâché ? Quels sont les actes et les décisions de gestion produits par la tête de groupe dans la dernière période ? Quelles sont ses intentions réelles car cela fait quelques temps que les sites de Valence et de Saint Fons sont sujets à divers déclarations et plans de restructuration… ? Il est d’autant plus nécessaire de disposer de ces informations que l’avenir de ces sites, en particulier de celui de Valence, va se jouer dans les mois à venir, la direction prenant le soin de préciser que : « L’administrateur judiciaire est en train d’évaluer l’entreprise pour proposer des options de restructuration ».

Résolus pour que vive Polytechnyl !

Après la douloureuse expérience vécue en Rhône-Alpes avec la fermeture de l’entreprise Vencorex et la mise à l’arrêt de la saline de Hauterives, la vigilance est particulièrement de mise à propos du devenir de Polytechnyl. Il n’est en effet pas possible de laisser détruire un nouveau pan de l’industrie chimique en France, au risque de devenir complètement dépendant de l’extérieur en ce domaine comme en tant d’autres maintenant !

Une réflexion que semblent visiblement partager les divers représentants politiques venus apporter leur soutien aux salariés en lutte. Un soutien qui ne doit pas être circonstanciel mais se poursuivre sans rien lâcher sur le fond jusqu’à s’assurer de la pérennité de l’activité de Polytechnyl. Pour l’heure, les déclarations de la direction semblent en effet être suivies d’effet puisque la matière première est revenue sur le site de Valence et que l’activité a redémarré, signifiant que le site de Saint Fons fonctionne également puisque c’est ce dernier qui approvisionne en matière première Valence. Mais pour autant tout n’est pas définitivement réglé et ce qui compte, c’est conjointement à la dimension industrielle, le maintien des emplois dont dépend le devenir de familles entières de Valence, Portes-Lès-Valence et de l’agglomération rhodanienne.

Les communistes de la Drôme restent mobilisés. Ils apportent leur total soutien aux salariés et se tiennent prêts à s’engager à leurs côtés dans toutes les actions qu’ils décideraient de mener pour préserver l’emploi et une activité industrielle déterminante pour l’économie de ce département.

Ils appellent à ce que le ministère de l’Industrie s’engage à suivre ce dossier. Du temps est donné par la reprise de l’activité qui pour l’heure, n’a cependant pas permis de sortir du plan de redressement. Des solutions existent pour rendre pérenne cette activité d’autant plus qu’elle est innovante, rentable et utile au pays tout entier. Le problème est comme toujours l’argent. Plus exactement le financement d’une entreprise en l’occurrence Polytechnyl, qui du jour au lendemain a vu ses fonds coupés. Et sans argent comment assurer les investissements nécessaires au développement et à la modernisation de l’entreprise, comment payer des salaires, comment acheter des matières premières ?

Au cas d’espèce, il est nécessaire de tenir les banques en alerte afin qu’en cas de besoin, elles consentent des avances pour assurer le suivi d’une production qui répétons-le est totalement viable, et d’une entreprise ainsi parfaitement solvable comme en atteste son carnet de commandes et l’extension de sa clientèle.

BPI France mais aussi les banques de dépôts doivent pouvoir être sollicitées et mobilisées pour soutenir cette entreprise. Des moyens existent pour sécuriser les prêts accordés. Par exemple, utiliser une partie de l’argent public gaspillé en aides aux entreprises (211 milliards d’euros) dont la compensation de leurs allégements de cotisations sociales sur les bas salaires, pour prendre en charge les intérêts attachés à ces prêts.