Le « dôme d’or », le très cher bouclier de Trump pour s’affranchir de la dissuasion

Bruno Odent

Début janvier, le locataire de la Maison-Blanche a annoncé une hausse de 50 % en 2027 d’un budget militaire des USA déjà pantagruélique. Il entend mettre en place un bouclier anti-attaques aériennes ou spatiales, et développer, dans le même temps, les forces nucléaires de l’impérialisme US. Ce qui permettrait à ce dernier de passer à l’offensive sans plus risquer la moindre représaille. Cette nouvelle étape stratégique unilatérale, concoctée avec les stratèges du Pentagone, est lourde des pires dangers pour l’avenir même de l’humanité.

Pour parvenir à la mise en place d’un nouvel ordre mondial sous une domination sans réplique de Washington, Donald Trump a annoncé début janvier une augmentation de 50 %, à quelque 1 500 milliards de dollar,s du budget militaire des États-Unis. Point d’orgue de cette nouvelle flambée monumentale des dépenses militaires de l’impérialisme : la mise en place d’un « dôme d’or » destiné à rendre le territoire des États-Unis, voire de toute l’Amérique du nord, totalement imperméable à toute attaque ennemie, qu’elle vienne du ciel ou de l’espace.

Cette stratégie est ouvertement destinée à dépasser la dissuasion nucléaire qui, depuis l’horreur d’Hiroshima et Nagasaki, a permis d’éviter tout usage de l’arme suprême de destruction massive.

Un effort titanesque pour les navires et les avions de combat équipés d’ogives nucléaires

 Les titanesques dépenses supplémentaires qui doivent accompagner le déploiement de ce « dôme d’or » sont révélatrices de la volonté du docteur Folamour de la Maison-Blanche. Il ne s’agit de rien de moins que de rendre caducs tous les principes de l’équilibre de la terreur qui a marqué la période de la guerre froide. Si le coût du bouclier d’or du commandant en chef de l’armada US est évalué à 175 milliards de dollars, c’est le reste des 500 milliards de crédits supplémentaires accordés au pentagone qu’il faut regarder avec attention pour saisir toute la signification géostratégique du processus. Les forces navales et aériennes des États-Unis sont particulièrement choyées. L’énorme augmentation du budget militaire doit permettre à l’impérialisme de se doter de cuirassés, de sous-marins et de chasseurs bombardiers surpuissants et capables de transporter sur zone les plus destructrices ogives nucléaires, sans craindre donc la moindre réplique de « l’ennemi »

Le Pentagone planche depuis des années sur l’avantage décisif que pourrait constituer l’utilisation d’une attaque nucléaire en premier. Il plaide l’avantage que pourrait constituer l’usage de ces armes sur un champ de bataille. Ce qui soulève l’inquiétude et la condamnation du collectif international (ICAN) de la campagne pour l’interdiction des armes nucléaires, engagée auprès de l’ONU. Steven Aftergood, membre de la fédération des scientifiques états-uniens engagés contre le guerre nucléaire alertait alors sur les conséquences d’une évolution stratégique visant à banaliser « ce genre d’éventualité nucléaire » et signalait déjà que cela pouvait « remplacer la dissuasion. »

Donald Trump se vante que les 500 milliards de dotations supplémentaires prévues en 2027 pour le pentagone sont la réponse à une nécessité cruciale pour « bâtir l’armée de rêve à laquelle nous avons droit depuis longtemps » Lui qui a entamé un remodelage de l’ordre international, de façon unilatérale, contre l’ONU et autour de la raison du plus fort, fait feu de tout bois. Comme le signale au début de cette année 2026 le kidnapping du président vénézuélien, Nicolas Maduro et le marchandage à l’annexion du Groenland qui ont conduit une OTAN et une UE vassalisées à prendre un contrôle militaire accru de la grande île et de positions renforcées sur le front arctique.

Un nouveau cap stratégique

L’inflation de dépenses de Washington pour la guerre, autour du « dôme d’or», révèle la mise en œuvre d’un nouveau cap stratégique fondé sur le renforcement et la banalisation des vecteurs d’attaques nucléaires de l’empire US. Une nouvelle « flotte d’or », en vertu de la présentation d’un président d’évidence obsédé par le métal jaune, doit émerger avec la construction de navires et de sous-marins nucléaires les plus puissants pour « une aéronavale de classe Trump ». Il devrait en coûter au moins 9 milliards de dollars pièce, selon les spécialistes du Center for Stategic and international Studies (centre d’études internationales et stratégiques).

L’aviation de combat est choyée dans le même esprit. Le commandant en chef de la super-armada US invoque ainsi le besoin de développer un successeur à l’actuel F 35 du numéro un mondial de l’armement Lockheed Martin. Il est programmé un chasseur bombardier de nouvelle génération totalement furtif, doté des technologies les plus sophistiquées. Son nom de baptême est aussi fortement inspiré par le locataire de la Maison-Blanche : il s’agira du F 47, comme 47ème président des États-Unis. Là encore des dizaines ou plus surement des centaines de milliards de dollars sont à la clé

Expression certaine de la mégalomanie du président, la démarche traduit une volonté bien plus inquiétante, celle d’un nouvel âge programmé d’un impérialisme états-unien, « libéré » du possible usage banalisé de ses armes nucléaires les plus redoutables. En vertu d’un « dôme d’or » qui autoriserait le commandant en chef de l’armée US à ne plus se préoccuper d’éventuelles représailles.

L’Europe, bon élève de la course aux armements de Trump

Une telle inflation de dépenses pour la guerre aux États-Unis ne peut que stimuler une course mondiale à l’armement qui a déjà pris des dimensions aussi insupportables qu’incompatible avec la notion même d’avenir de l’humanité.

Le budget militaire des États-Unis atteint pourtant déjà un niveau phénoménal à 1 000 milliards de dollars. Ce chiffre équivaut aux dépenses militaires cumulées des 9 puissances qui suivent les États-Unis, Chine, Russie, Allemagne, Royaume-Uni et France comprise. Cette débauche de dépenses permet à l’empire US d’entretenir un réseau sans pareil de quelque 800 bases militaires réparties dans 177 pays, sur lesquelles sont déployés plus de 200 000 soldats

L’Europe s’est laissé entraîner par les administrations successives dans cette course à la guerre. Les chefs d’État de l’Union Européenne (UE) n’ont-ils pas capitulé – à l’exception du seul gouvernement de gauche espagnol – pour accroître leurs équipements et le format de leurs armées jusqu’à s’engager à leur consacrer 5 % de leur PIB d’ici 2035 (contre 2 % aujourd’hui) ?

Face à un Donald Trump soucieux de transférer sur ses alliés de l’OTAN une partie de ses efforts militaires les plus délirants, ils ont accepté de décupler leurs propres budgets militaires en vertu d’une logique atlantiste, revue et corrigée mais toujours aussi prégnante. L’accélération exponentielle programmée des productions d’ armes est aussi dangereuse pour la pérennité physique de l’humanité qu’elle est porteuse d’austérité pour toute une série de crédits sans doute pourtant plus utiles aujourd’hui que jamais, pour l’éducation, la santé, les services publics ou la lutte contre le réchauffement climatique.

Des résistances diverses au docteur Follamour de la Maison-Blanche

Donald Trump qui reconnaît vouloir mettre sur les rails une augmentation sans précédent du budget du pentagone, se vante de parvenir à assurer les gigantesques financements requis sans effort particulier. Il fait valoir les recettes colossales » engrangées par le fisc grâce aux diverses hausses spectaculaires des droits de douane qu’il a programmé. Il avance une hypothétique recette de quelques 700 milliards de dollars. « Nous pouvons ainsi facilement atteindre 1 500 milliards de dollars et constituer une force militaire sans précédent », se réjouit-il ouvertement. Il se garde toutefois de donner la moindre précision sur les moyens concrets de mobiliser ce trésor de guerre commerciale.

Le très sérieux Comité pour un Budget Fédéral responsable (CRFB) affiche les plus grands doutes sur la viabilité d’une telle construction. Cet organisme réputé indépendant estime en effet qu’un budget militaire à 1 500 milliards de dollars en 2027 ne pourrait être financé que grâce à une nouvelle salve d’emprunts. Les experts du CRFB ont calculé que le projet de méga hausse des dépenses militaires à partir de 2027, s’il devait voir le jour, conduirait à une augmentation de quelques 5 000 milliards de ce type de dépenses « en cumulé d’ici à 2035 ». Ce qui alourdirait de quelque 5 800 milliards le montant déjà exorbitant de la dette nationale qui culmine aujourd’hui à 38 600 milliards de dollars.

Ce surcroît supplémentaire d’endettement ne pourra être obtenu qu’en drainant comme jamais les fonds présents sur les marchés financiers internationaux et donc une bonne partie de l’épargne mondiale vers les bons du trésor états-uniens. Mais il va falloir pour cela inverser la tendance actuelle de dédollarisation et d’affaiblissement du billet vert qui a perdu quelque 10 % de sa valeur au cours de l’année 2025.

De nouveaux bras de fer avec les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ou les États du Sud global, qui tentent de se libérer du diktat du dollar et de son statut usurpé de monnaie commune mondiale.

Ces États émergents ou en développement défendent le multilatéralisme et le droit international contre la loi du plus fort et la suprématie du billet vert, devenu de fait un auxiliaire de l’impérialisme US, à l’égal au moins du rôle joué par le déploiement de l’armada la plus puissante du monde.

L’immense majorité des pays de l’Union Européenne s’est mise à l’avant-garde de la périlleuse course aux armements enclenchée par Donald Trump en avalant sans broncher toutes ses exigences et en décidant de porter leurs dépenses militaires jusqu’à 5 % de leur PIB.

L’affaire fut entendue au sommet de l’Alliance atlantique en juin 2025 sous l’impulsion du néerlandais Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN. Le même allait trouver un arrangement quelques mois plus tard pour faire passer le Groenland, si ostensiblement convoité par Trump, sous contrôle occidental, aux conditions très particulières de Washington. A charge pour l’OTAN, de s’acquitter des deux dossiers les plus chauds qui concerne la grande île glacée : l’organisation d’un déploiement de forces de l’Alliance pilotée par les États-Unis en vertu de son importance géostratégique face à la Chine et à la Russie. Et une veille de tous les instants sur une exploitation à venir de ses terres rares.

Le suivisme majoritaire adopté par les Européens comme par le Japon conduit à se saigner pour l’armement et à rationner partout les dépenses publiques utiles consacrées à l’éducation, la formation, la santé, le développement des infrastructures les plus élémentaires pour les services publics ou la préservation du climat.

La montée des résistances humaines aux priorités données à la course aux armements et à la banalisation de l’usage de l’arme nucléaire, si ouvertement recherchées par Trump, va prendre une importance décisive dans la capacité de l’humanité à éviter à l’humanité de côtoyer les abîmes.

Le collectif international rassemblé dans la campagne internationale pour l’interdiction des armes nucléaires (ICAN) s’y emploie comme les mouvements de la paix, en Europe et au Japon. N’en déplaise à une certaine pensée unique, si vivace jusqu’au sein de la gauche, l’avenir ne peut passer par la soumission à un impérialisme états-unien en mal de surpuissance, ni par une Europe qui ne saurait affirmer sa propre puissance que de manière belliciste.