Reculer l’âge de la retraite à 67 ans ?

Pierre-Yves CHANU
conseiller confédéral de la CGT, ancien vice-président de l'ACOSS

Il y a urgence à stopper les dérives du COR et à le ramener à ses missions d’origine.

Avant même que le rapport annuel 2026 du COR ait été discuté en séance et formellement adopté par ce dernier (notons que la CGT n’a pas donné son aval à ce rapport), la presse annonçait que le COR préconisait le recul de l’âge de la retraite à 67 ans.

Les orientations du COR ont fortement évolué depuis que le Gouvernement a nommé à sa tête Gilbert Cette, un économiste connu pour ses positions ultralibérales, ancien président du Comité du SMIC, très proche d’Emmanuel Macron dont il faisait partie de l’équipe de campagne en 2017, et qui ne fait pas mystère de ses orientations en faveur du recul de l’âge de la retraite.

Il vient par ailleurs de publier un livre pour le moins critique (c’est un euphémisme !) à l’égard des organisations syndicales et du système français de relations sociales[1]

Déjà, dans le rapport annuel 2025, on trouvait l’idée que le recul de l’âge de la retraite était la seule solution « expansive ». Du fait de la très faible croissance de la productivité du travail, seul l’allongement de la durée du travail, notamment par l’allongement de la durée de carrière, serait à même d’augmenter la croissance économique, et par conséquent d’assurer l’équilibre à long terme des retraites.

Jamais, depuis que le COR existe, ce dernier n’avait mis en avant à ce point une préconisation et une seule, à savoir le recul de l’âge de la retraite, comme solution pour l’équilibre à long terme des retraites. Rappelons que depuis sa création par Lionel Jospin en 2000, la mission du COR est d’établir un diagnostic financier à long terme du système de retraites, s’appuyant sur les paramètres démographiques, économiques et financiers de celles-ci, pas de formuler des préconisations, ce qui est le rôle des décideurs politiques.

Malgré cette incontestable dérive, le rapport 2026 donne des éléments intéressants sur des questions essentielles, comme le niveau de vie et le taux de pauvreté des retraités, l’égalité femmes-hommes, l’évolution de l’âge effectif de départ, et le dispositif « carrières longues »,conformément à sa mission de fournir des informations sur la capacité du système de retraite à répondre à ses objectifs sociaux (garantie du niveau de vie des retraités, « équité » femme-hommes etc.).

Par ailleurs, et ce point essentiel était celui où le présent rapport était particulièrement attendu, il intègre dans ses projections les prévisions démographiques les plus récentes de l’INSEE.

Des dépenses stables jusqu’en 2045

L’analyse du COR est centrée sur la part des dépenses de retraite dans le PIB, ce qui est l’indicateur le plus pertinent. Il mesure la part des richesses que l’économie française consacre à son système de retraite.

Selon le rapport, la part des retraites dans le PIB resterait stable jusqu’à 2045 autour de 14 % du PIB, puis augmenterait ensuite d‘environ un point jusqu’à 2070.

Un point mérite d’être souligné : alors que la France occupe la seconde place (derrière l’Italie) dans les pays suivis par le COR[2] en termes de part des retraites dans le PIB, elle n’est qu’à la sixième si on mesure le montant des dépenses de retraite par habitant (derrière les Etats-Unis, l’Italie, la Suède, l’Allemagne et la Belgique !

Cette stabilité est loin d’être indolore pour les assurés. Elle a été « payée » par une chute considérable du taux de remplacement, et par le recul progressif de l’âge de la retraite !

Cet état de fait n’est pas masqué par le rapport : en 2018, la baisse du ratio retraites/PIB aurait été de 3,7 % par rapport à l’absence de réforme (indexation des pensions sur les prix, recul de l’âge d’ouverture du droit à retraite. division par 2 du rendement des retraites AGIRC-ARRCO).

Dans le scénario central du COR, cette baisse serait de 6,9 % à l’horizon 2070.

Ainsi, si la pension moyenne de retraite continuerait à augmenter en valeur absolue (11 %), elle augmenterait nettement moins que la rémunération d’activité (+36 %). Par suite, la pension moyenne ne représenterait plus que 45 % de la rémunération d’activité, contre près de 55 % aujourd’hui.

Dans le même temps, l’âge moyen de départ à la retraite augmenterait continûment jusqu’à 2040, de 63 ans environ aujourd’hui jusqu’à 64,7 ans environ à partir des années 2040, sous l’effet à la fois du recul de l’âge d’ouverture du droit à 64 ans et de l’allongement de la durée de cotisation.

Un déficit qui s’explique par une dynamique des ressources insuffisante pour couvrir les dépenses

Le rapport montre qu’alors que les dépenses de retraite sont relativement stables jusqu’à 2045, les recettes connaissent une baisse d’environ un point à échéance 2070, sous l’influence notamment de la baisse de la contribution de l’Etat aux régimes spéciaux.

Une estimation des recettes largement conventionnelle

L’un des mérites de ce rapport annuel est de souligner le caractère conventionnel de l’estimation des recettes, alors que celle des dépenses est plus objective.

La convention utilisée est celle qu’emploie la Commission des comptes de la Sécurité sociale, et repose sur les normes de la comptabilité publique.

En effet, si pour le régime général le solde est la différence entre les dépenses et les recettes (constituées des cotisations salariales et patronales, de la CSG affectée au régime général, et de diverses ressources parafiscales, ainsi que des transferts provenant de divers régimes comme la CNAF), il en est autrement pour les régimes de fonctionnaires, à l’exception de la CNRACL qui perçoit des cotisations sociales des collectivités locales et des établissements hospitaliers.

Le régime des fonctionnaires de l’Etat est ainsi structurellement équilibré dans le cadre du « CAS pensions[3] », conformément à la loi organique relative aux lois de finances de 2001 (LOLF) et à l’art 51 de la loi de finances pour 2006[4] Si les fonctionnaires acquittent une cotisation salariale, les cotisations patronales et la subvention d’équilibre ne sont pas distinguées, de sorte que dans le cadre de cette convention le régime des fonctionnaires de l’Etat est structurellement équilibré.

En revanche, la situation des autres régimes spéciaux (IEG, cheminots, RATP, Banque de France, marins, clercs de notaires, mineurs…) est différente. Comme ils constituent des personnes morales distinctes de l’Etat, les subventions d’équilibre sont bien individualisées dans les comptes et constituent des ressources pour le système de retraite dans son ensemble. Leur montant cumulé n’est pas négligeable).

Or, suite aux différentes réformes ces différents régimes ont été « fermés » et intégrés au régime général. Les subventions de l’Etat sont progressivement supprimées et remplacées par des cotisations de droit commun. Par suite, comptablement les subventions de l’Etat disparaissent, ce qui équivaut à une baisse de ressources pour le système des retraites dans son ensemble. La suppression de ces ressources n’est pas négligeable, et représente à terme un point de PIB.

Quel est le taux de cotisation patronale implicite de l’Etat ?

Si on considère la contribution d’équilibre de l’Etat au CAS pension comme une cotisation patronale, on aboutit à une cotisation employeur de 82,4 % sur le CAS pension, à comparer à un taux de cotisation de 16,67 % pour les salariés du privé.

C’est sur la base de ce constat que François Bayrou avait évoqué un « déficit caché » du système de retraite qui serait dû aux fonctionnaires.

Nous avions réfuté ces allégations dans un précédent article d’Économie&Politique [5]

Le présent rapport conforte notre analyse, en s’appuyant sur des travaux récents, en particulier une étude de la DREES de 2022 qui confirme que les pensions des fonctionnaires ne sont pas plus généreuses que celles des salariés du privé (ce que les rapports successifs du COR avaient établi depuis de nombreuses années), et un récent rapport de l’Institut des politiques publiques, qui montre que ce taux de cotisation apparent s’explique par « une gestion très exigeante de la masse salariale publique », en d’autres termes par une politique drastique de casse de l’emploi public, qui s’est traduite par un rapport démographique particulièrement dégradé pour les fonctionnaires de l’Etat. Il souligne en outre que contrairement au régime général le régime des fonctionnaires de l’Etat finance directement l’invalidité de ses ressortissants ainsi que certains dispositifs de solidarité comme les majorations pour enfants. Enfin, il prend directement en charge des dispositifs liés à la dangerosité et à la pénibilité de certains métiers comme les policiers, les gendarmes et les douaniers.

Quand on prend en compte l’ensemble de ces éléments (rapport démographique défavorable lié aux choix gouvernementaux de suppressions d’emplois, invalidité, dispositifs de solidarité pénibilité et dangerosité…), la différence de taux de cotisation est largement expliquée, et l’argument d’une situation privilégiée des fonctionnaires à l‘égard de la retraite aisément réfutée.

Une modification de la structure des recettes caractérisée par une fiscalisation croissante

Le rapport 2026 confirme la fiscalisation du financement des retraites. Les cotisations ne représentent plus qu’un tiers du financement total, niveau observé depuis plusieurs années.

La baisse de la part des cotisations sociales liée aux exonérations est compensée par une hausse des financements par l’impôt, visant notamment à compenser les allégements de cotisations au titre des retraites complémentaires.

Notons que la Cour des comptes estime que les modalités de compensation des allégements généraux ont conduit à une perte de recettes pour la branche vieillesse de 2,2  milliards d’euros en 2024.

Zoom sur les réserves du système de retraite

Comme chaque année, le rapport présente un état des lieux des réserves des régimes de retraite. Elles représentent 215,2  milliards d’euros (7,4 % du PIB). La part la plus importante est constituée par les réserves AGIRC-ARRCO, 113,6  milliards d’euros, soit plus de la moitié du total. Les réserves de l’IRCANTEC se montent quant à elles à 19  milliards d’euros. Les réserves des régimes de non-salariés, qui sont gérés en partie en capitalisation, représentent près de 60  milliards d’euros.

Comparé à ces régimes, la part des réserves du Fonds de réserves des retraites est faible : 20,4  milliards d’euros soit 1,5 % du PIB.

Les réserves de l’IRCANTEC s’élèvent à près de 50 mois de cotisations, soit beaucoup plus que l’AGIRC-ARRCO (14 mois) Celles du régime complémentaire des indépendants représentent plus de 8 ans de cotisations et celles des professions libérales près de 6 ans, ce qui témoigne de leur gestion en capitalisation.

Le solde des régimes

En cohérence avec les résultats du rapport, le solde des retraites serait continûment en déficit sur toute la période jusqu’à 2070, les recettes étant systématiquement inférieures aux dépenses.

Le déficit passerait ainsi de 0,2 % aujourd’hui à 2,4 % en 2070 (0,9 % en 2045).

La situation démographique

Le COR ne réalise pas ses propres projections démographiques. Il reprend telles quelles les projections réalisées par l’INSEE.

Les nouvelles projections de l’INSEE, revêtaient donc une importance particulière d’autant qu’on savait que ces corrections seraient d’importance.

Et de fait, l’INSEE procède à une modification conséquente (quoiqu’attendue) de son scénario central avec une hypothèse de fécondité passant de 1,6 à 1,45 enfants par femme, qui reflète la chute observée ces dernières années des naissances. Par suite, le solde naturel (naissances moins décès hors flux migratoires) deviendrait rapidement négatif, ce qui explique l’inflexion des dépenses de retraite notée à partir de 2045 dans le scénario central du COR.

Parallèlement, il révise à la hausse son hypothèse de solde migratoire, qui passe de 70.000 entrées nettes par an à 150.000.

Ces résultats méritent quelques commentaires.

En premier lieu, il existait une exception française en matière de natalité. La France avait le plus fort taux de natalité ne Europe, à égalité avec l’Irlande (près de 2 enfants par femme).

Cette situation avait commencé à s’infléchir à partir des années 2010.

La dégradation du taux de natalité en France est brutale, mais elle ramène son taux de natalité dans une moyenne, bien au-dessus de pays comme l’Espagne, l’Italie ou le Japon !

Avec 1,4 enfant par femme, l’Allemagne reste en deçà de la France.

Un second sujet essentiel est celui des flux migratoires.

On sait qu’il est actuellement au cœur des débats politiques (en France comme dans la plupart des pays occidentaux), avec le succès (qui ne doit pas être sous-estimé) de thèmes xénophobes comme la submersion migratoire.

Les nouvelles projections de l’INSEE et, partant, le nouveau rapport du COR, contribuent à objectiver cette question, d’abord avec des chiffres plus réalistes (150.000 et non 70.000 entrées nettes par an), et en montrant le rôle positif de ces migrations pour le financement des retraites, cette migration étant constituée d’actifs.

Le rapport comporte également un tableau comparatif très utile comparant ce solde migratoire avec le solde naturel, et qui montre au passage que ces flux migratoires sont modestes comparés à d’autres pays (leur part est 4 fois celle de la France en Espagne, 3 fois au Canada, 2 fois aux Pays-Bas et 2 fois en Allemagne).

On pourra toutefois émettre un regret : comme leur nom l’indique, il s’agit de soldes (entrés moins sorties) qui dépendent donc également des flux d’expatriés. Or la méthodologie de l’INSEE ne permet pas de connaître cette information. Il donne uniquement le solde, et non les entrées et sorties brutes.

Cela dit, les informations fournies par l’INSEE permettent d’objectiver cette question, qui est au cœur du débat public, et d’avoir une approche plus positive de l’immigration et de son rôle positif sous l’angle du financement des retraites.

Il reste que les données de l’INSEE montrent également que l’immigration n’apporte qu’une réponse temporaire, et qu’à terme les flux migratoires se révèleront insuffisants pour combler le solde naturel négatif.

Comment équilibrer le système de retraites à long terme ?

Quasiment depuis que le COR existe, ce dernier présente trois scénarios d’équilibrage dénommés dans le jargon du COR « l’abaque ».

Cela consiste à considérer que face à un déséquilibre à long terme persistant il existe trois manières de ramener le système à l’équilibre :

  • baisser les pensions, sinon en valeur absolue en tout cas en baissant le taux de remplacement ;
  • augmenter les recettes par une hausse des cotisations (éventuellement en distinguant comme dans le présent rapport cotisations salariales et patronales, ce qui inclut pour la CGT une modification de l’assiette ou du mode de calcul des cotisations) ;
  • reculer l’âge de départ (soit en reculant l’âge d’ouverture des droits, soit en augmentant la durée de cotisation).

Selon le rapport annuel, les deux premières mesures[6] auraient un effet récessif en diminuant le PIB et en dégradant les finances publiques. Seul le recul de l’âge de la retraite aurait un effet expansif.

Comme l’écrit le rapport, « dans le scénario de référence l’équilibre structurel annuel du système de retraite jusqu’en 2070 pourrait être assuré par le seul levier de l’âge de départ à la retraite. Cela impliquerait de porter l’âge moyen de départ à 64,4 ans en 2030, 65,8 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070. Soit respectivement 0,3 ans, 1,2 ans et 3,0 ans sous l’effet des règles actuelles au-dessus du niveau atteint à législation inchangée »

(…) « dans l’hypothèse où l’équilibre du système de retraite serait assuré uniquement par les prélèvements affectés à son financement, le taux de prélèvement devrait être augmenté de 0,5 point en 2030 par rapport à son niveau atteint spontanément, (32,3 %), de 2,1 % en 2045, et de 5,6 points en 2070 ».

Certes le rapport ne dit pas explicitement qu’il faudrait reculer l’âge de l’AOD[7] au-delà de 67 ans en 2070.

De ce point de vue, il est vrai que ce sont les comptes-rendus de presse, en particulier de ceux qui ont le plus d’audience, notamment les médias télévisés, qui ont donné le plus d’écho à l’idée que le COR privilégierait un départ à la retraite (et plus précisément une ouverture du droit à la retraite à 67 ans à horizon 2070).

Mais il n’en reste pas moins vrai que la rédaction du rapport suggère que le COR privilégie un scénario et un seul, celui du recul de l’âge de la retraite, ce qui est cohérent avec les prises de position de son président sur le sujet, en particulier dans le contexte marqué par la réforme des retraites de 2023 centrée sur le recul de l’âge de départ à 64 ans.

La CGT a toujours écarté l’hypothèse d’une baisse des pensions ou d’une désindexation de celles-ci sur les prix : rappelons que le retour à une indexation sur le salaire moyen des pensions déjà liquidées comme des salaires portés au compte fait partie des propositions revendicatives sur les retraites de la CGT depuis la réforme Fillon de 2003.

En revanche, nous avons toujours considéré que dans un système par répartition, par définition à prestations définies, l’ajustement des cotisations, était une voie naturelle, sachant que pour la CGT et ajustement des cotisations ne porte pas seulement sur le niveau du taux, mais également sur la structure de ces cotisations.

De ce point de vue, nous nous inscrivons en faux contre la proposition sous-tendant le rapport (comme de ce point de vue les rapport précédents) selon lequel toute hausse de cotisations sociales est mauvais pour la croissance et l’emploi conformément au dogme de l’économie de l’offre.

La discussion doit porter sur l’ensemble du financement des retraites, incluant la question de la fiscalisation croissante de son financement que nous récusons.

De ce point de vue, rappelons 2 points essentiels : les cotisations sociales constituent un salaire socialisé, sans qu’il y ait lieu de distinguer cotisations « salariales » et. « patronales ». Environ un tiers des ressources du système des retraites provient de ressources « parafiscales » principalement CSG et TVA.

En se concentrant exclusivement sur le niveau des ressources, l’approche du COR est profondément réductrice. Il convient de discuter également de leur structure, pour lesquelles la CGT porte avec d’autres des propositions, et ce depuis de nombreuses années.

Ces propositions ne sont pas sans liens avec les effets de cette structure des ressources sur l’emploi et la croissance.

  • Un sujet central est celui de l’exonération des cotisations patronales dites « bas salaires ». La CGT a toujours contesté ces exonérations et dénoncé leur effet « trappes à bas salaires » Une première réforme pourrait donc porter sur une remise en cause de ces exonérations, et la compensation par des assiettes fiscales réalisées, notamment la TVA.
  • Les entreprises bénéficient de nombreuses « exemptions », qui ne créent pas de droits pour les salariés, notamment celles liées à l’épargne salariale et plus largement le « forfait social ».
  • Nous proposons une modulation des cotisations sociales patronales, inversement proportionnelle à la part des salaires dans la valeur ajoutée, qui serait favorable aux entreprises dites de « main d’œuvre », et plus généralement qui créent des emplois et versent de bons salaires. Cette modulation aurait un effet favorable sur l’emploi et la croissance. Cette proposition devrait être simulée.
  • Tout comme notre proposition de créer une contribution sociale sur les dividendes et plus largement les revenus financiers.

En d’autres termes il conviendrait de sortir d’une approche étriquée de la hausse des cotisations sociales en commençant par les mesures qui baissent les cotisations sociales employeurs, et celles qui modifient la structure des cotisations influençant la croissance et l’emploi.

La CGT plaide de longue date au sein du COR pour la remise en cause d’une approche idéologique basée sur l’ainsi dénommée « économie de l’offre »,approche notamment portée par son président.

Mais cela implique de s’interroger sur la dynamique économique de l’économie française, exclusivement au service de la rémunération des actionnaires, et au détriment de la croissance et de l’emploi.

L’évolution du taux de remplacement et du niveau de vie des retraités

Nous avons déjà mentionné que le maintien de la part des retraites dans le PIB autour de 14 % jusqu’en 2045 s’était réalisé au moyen du fort recul du taux de remplacement résultant notamment des réformes et de la chute du taux de rendement des retraites complémentaires AGIRC-ARRCO. Cette chute est objectivée par le COR à partir de cas-types.

Ainsi, pour un non-cadre du secteur privé, le taux de remplacement, qui était dans les années 50 d’environ 75 % de son revenu d’activité serait inférieur à 70 % à partir de la génération 1980. Il serait de 68,7 % pour la génération 2000.

Pour un cadre du privé, le taux de remplacement passerait de 51 % à 46 %.

Pour un agent sédentaire de catégorie B, il passerait de 65 % au début des années 60, à 55 %

Elle se traduit également par un décrochage du niveau de vie des retraités à l’égard des actifs.

Après une progression très importante à partir des années 70 (en 1970 le niveau de vie des retraités représentait du niveau de vie moyen de l’ensemble de la population, le niveau de vie des retraités était devenu légèrement supérieur au niveau de vie moyen[8], pour revenir vers une quasi-parité suite à es changements de méthodologie statistique (100,3 % au moment du Covid).

Selon le COR, le pouvoir d’achat des retraités décrocherait progressivement pour ne plus représenter que 90 % du niveau de vie moyen en 2070.

Le niveau de vie et le taux de pauvreté des retraités

Selon le rapport, « en 2023, le taux de pauvreté monétaire des retraités s’élève à 10,5 %, son niveau le plus haut depuis 1996, tout en demeurant sensiblement inférieur à l’ensemble de la population (15,4 %) et encore plus à elle des moins de 18 ans (21,9 %) »

Il est resté globalement stable de 1996 à 2012. Depuis 2017 il ne cesse d’augmenter.

Le taux de pauvreté des femmes retraitées est supérieur à celui des hommes (11,9 % des femmes sont pauvres, contre 8,9 % des hommes.

Le COR montre que cette pauvreté se concentre sur les femmes ayant élevé seules leurs enfants, et sur les hommes célibataires.

L’Egalité femmes hommes

La durée de carrière moyenne des femmes représentait les trois quarts de celle des hommes pour la génération 2026. Elle rattraperait celle des hommes à partir des générations de la fin des années 50, puis la dépasserait (en partie à cause de la prise en compte des droits familiaux -MDA et AVPF)

Pour autant, si la pension moyenne des femmes se rapprocherait de celle des hommes, elle resterait inférieure.

Pour la dernière génération observée (la génération 1957 ayant eu 67 ans en 2024), l’écart entre pensions de droit direct est de 72,1 %, alors que pour la génération née en 1940 il était de 54,6 %.

Les projections montrent que pour la génération 2000, la pension moyenne des femmes représenterait seulement 86 % de celle des hommes.

Les âges de départ

Depuis plusieurs années, le rapport annuel du COR présente des informations précieuses sur les âges de départ.

L’élément le plus commenté est l’âge moyen de départ, qui dépend des réformes successives concernant l’AOD (réforme Sarkozy de 2010 et réforme de 2023) et des réformes successives depuis 1993 portant sur le nombre d’annuités requises pour une retraite à taux plein.

Selon le COR, sur la base des règles actuelles, cet âge moyen de départ devrait se stabiliser à terme à 64,6 ans.

Le rapport 2026 confirme les résultats des années précédentes : le taux d’emploi des personnes de plus de 55 ans augmente nettement augmentant de 20 points ente 2010 et 2025, mais il reste très inférieur aux taux de la plupart des pays européens pour les tranches 60-64 ans et 65-69 ans :

  • pour les 55-59 ans, le taux est passé de 50 % à 79 % en 2000 et 2025 :
  • pour la tranche 60-64 ans, il atteint 44 %, après avoir connu des taux très bas à la fin années 90.

En revanche, pour la tranche 65-69 ans il stagne à 11 %.

La France se caractérise ainsi par des taux nettement plus bas après 60 ans par rapport aux autres pays européens, témoignant de l’attachement des travailleurs français à la retraite à 60 ans.

« A l’âge de 61 ans, près de 24,5 % des personnes ne sont ni en emploi ni à la retraite, une situation le plus souvent subie pour des raisons de santé ou de handicap : 3,8% sont au chômage ; et 20,7 % sont inactives (dont 14,5 % des inactifs en mauvaise santé » A 62 %, la proportion de personnes NER diminue à 14,7 % (2,2 % au chômage et 16,5 % inactifs ».

A 62 ans, un peu moins de la moitié des personnes sont retraitées.

Cette répartition est trimodale : les départs se concentrent aux âges de 60 ans, 62 ans et 67 ans

Les départs anticipés

Les départs à 60 ans se concentrent sur les générations 1944-1954.

Le recours à la retraite avant 60 ans, qui concernait environ 10 % des générations avant 1945 toucherait moins de 10 % des personnes après 1956, avec un pic de recours de 22 % pour la génération 1949 .

Cette diminution s’explique notamment par le relèvement de l’âge de scolarité à 16 ans, et par le durcissement des conditions de départ à partir de 2009.

*
On le voit, les rapports annuels restent malgré les dérives un outil précieux comportant des informations riches, mais il y a urgence à revenir sur leur instrumentalisation par le pouvoir politique et à faire retrouver au COR l’indépendance qu’il avait encore récemment.


[1] Gilbert Cette, Guy Groux, Richard Robert, du conflit au contrat (2026) Sauver la démocratie sociale

[2] Etats-Unis, Italie, Suède, Allemagne, Belgique, France, Pays-Bas, Japon, Royaume-Uni, Espagne, Canada

[3] Le CAS pensions est le compte d’affectation spéciale rattaché au budget de l’Etat qui retrace l’ensemble des opérations liées aux pensions de retraite des fonctionnaires.

[4] Qui décrit l’ensemble des ressources considérées comme des recettes de l’Etat (parmi lesquelles figure la contribution d’équilibre au CAS pensions).

[5] Pierre-Yves Chanu, « La fable de François Bayrou du déficit caché », Economie et politique janvier-février 2025 N°846-847.

[6] Le rapport analyse séparément cotisations salariales et patronales.

[7] AOD : âge d’ouverture du droit à retraite.

[8] Constat qui avait sous-tendu les campagnes médiatiques sur les « retraités riches » plaidant notamment en faveur de la hausse de la CSG des retraités !