L’économie, c’est politique…

Jean-Marc DURAND
membre du conseil national - PCF

Alors que s’achève la période des congés ressurgissent sur le devant de la scène tous les problèmes que nous avions un temps enfouis dans nos mémoires. Ils viennent d’ailleurs nous rappeler que les temps ont un nette tendance à devenir de plus en plus durs. La période estivale marquée par la canicule et d’importants feux de forêts n’aura d’ailleurs pas constitué une période d’un calme totalement olympien. Ces évènements auront été autant de piqûres de rappel quant aux défis auxquels les populations sont aujourd’hui confrontées, en France comme dans le reste du monde, et quant aux solutions qu’il leur incombe de promouvoir pour y répondre.  

Des défis qui sont au cœur d’une lutte de classe qui s’exacerbe au fur et à mesure que leurs réponses revêtent un enjeu vital pour le système capitaliste, jusqu’à prendre des allures d’une extrême gravité faisant courir des risques majeurs à l’humanité tout entière : effondrements sociaux et écologiques, dangers de conflits locaux, voire risques de guerre généralisée. Il convient néanmoins de préciser que nous ne découvrons pas tout-à-coup une telle situation mais qu’elle mûrit et s’amplifie au fil du temps depuis plus d’un demi-siècle maintenant, autant sur la scène internationale qu’au plan national. Cela notamment depuis que le système de production et d’échanges, initié par le leader mondial du capitalisme, les États-Unis, a commencé à s’enrayer, c’est-à-dire plus particulièrement à partir de la fin des années soixante,  avec une nette accélération début des années quatre-dix, moment pourtant où le capitalisme s’est cru indépassable. Mais finalement ce fut un moment de bascule dans l’aggravation d’une crise atteignant tous les pans de la société et devenant en réalité de moins en moins maîtrisable avec les recettes issues de l’après-guerre. Car en toile de fond, est la question fondamentale d’une suraccumulation de capitaux qui éprouvent de plus en plus de mal à se régénérer, ce qui signifie non seulement pour les capitalistes de continuer à réaliser des profits mais d’être capables d’obtenir un taux de profit au moins égal, sinon supérieur, au précédent alors que la somme à rentabiliser est de plus en plus grosse.

Une crise qui vient de loin

Petit retour en arrière. Les premières manifestations des difficultés du système dominant se sont incarnées au plan mondial, et chacun s’en souvient, dans le premier choc pétrolier, suite à la réaction de l’OPEP face à la dévaluation du dollar après l’effondrement des accords de Bretton Woods actant la fin de la convertibilité du dollar en or et permettant ainsi au dollar de flotter à sa guise. On n’oubliera pas quelques années plus tôt le coup d’Etat orchestrée par la CIA en Iran contre le gouvernement Mossadegh qui avait décidé de nationaliser son pétrole, pas plus que l’assassinat en 1961 de Lumumba au Congo où, parmi les instigateurs on retrouve encore le CIA, avec en ligne de mire les réserves les plus importantes du monde dans la région Est et Sud-Est de ce pays, en minerais comme le cobalt, le coltan, le cuivre.

Sans poursuivre outrageusement sur ce terrain de la déstabilisation politique organisée, on pourra encore évoquer plus près de nous l’entreprise de dislocation de pays comme la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie et ce qu’on a appelé les « printemps arabes » qui ont notamment eu pour conséquence de mettre en pièces des Etats comme l’Irak et la Lybie, ce dernier étant devenu un territoire privilégié pour les pratiques d’esclavage modernes…. Et que dire de ce qui se passe sous nos yeux en Palestine, au Venezuela, en Colombie, en Iran en Ukraine, à Cuba… L’impérialisme US en crise, car le système sur lequel il fonctionne avec en son cœur le roi dollar est lui-même en crise, a engagé sous la houlette de Trump une bataille de reconquête. Sous des aspects apparemment désordonnés et incohérents il y a prioritairement une recherche profonde d’instaurer une sorte de chaos mondial, c’est-à-dire d’en finir avec les repères et des règles jusque-là en vigueur car ceux-ci ne permettent pas au système d’instaurer le nouveau mode d’exploitation et de domination qui est nécessaire à sa survie. C’est-à-dire une mise à disposition renforcée des ressources, des êtres humains et de l’argent au profit des quelques tenants d’un modèle politique, économique, écologique, social qui se sait en grande difficulté et de plus en plus contesté. On mesure ainsi à quel point l’impérialisme est consubstantiel aux choix économiques d’exploitation et de domination, c’est-à-dire avec l’accaparement des richesses et des moyens, de tous les moyens y compris des Hommes considérés comme des marchandises. Cet impérialisme a absolument besoin de dominer économiquement pour assurer sa domination culturelle et militaire. Certes, le répressif, c’est-à-dire le miliaire pour l’extérieur et la police pour l’intérieur, sont les instruments servant à garantir l’exercice des politiques économiques mais aucun système ne perdure s’il ne vit que par le mensonge et sous la crainte permanente du glaive.  

Et c’est d’ailleurs pour cela que malgré le sombre tableau actuel, il existe des raisons d’espérer. Des voix s’élèvent, des projets existent comme les BRICS par exemple, même si tout n’est pas dénué de contradictions. Des luttes, des résistances s’organisent. Les peuples, de manière diverse et avec encore beaucoup de retenue, s’organisent et résistent comme à Cuba, en Colombie, pays où on vient d’assister à un tour de passe-passe dont seules les forces capitalistes ont le secret, consistant à installer au pouvoir un gouvernement battu dans les urnes et minoritaire dans son peuple. Il est vrai qu’on avait déjà vu cela il y a quelques temps en Roumanie… Mais ces opérations ne sont jamais de très longue durée.

Certes, elles refroidissent les ardeurs à aller au combat mais elles ne les font pas disparaître. Par contre leurs effets peuvent être divers et inquiétants car pouvant renforcer notamment l’idée d’une impossible alternative et conduire ainsi vers l’éclosion de forces néofascistes prêtes à prendre le pouvoir. Et il n’y a pas besoin d’aller très loin pour voir se manifester de tels phénomènes.  L’Europe en est un théâtre important. Dans certains pays c’est d’ailleurs fait, ailleurs comme en France, ils jouent avec nos nerfs ! Mais à ce petit jeu, c’est toujours le peuple qui perd !

Budget 2027 : l’emploi au cœur de la bataille
contre l’austérité

La période budgétaire dans laquelle nous entrons en Europe et en France en est une nouvelle expression. Le cadre de gouvernance pour les pays de l’UE en matière budgétaire est celui adopté en 2024. Il impose jusqu’en 2027 un pilotage pluriannuel fondé sur l’évolution des dépenses avec l’objectif d’un déficit ne dépassant pas 3% et un plafond de dette fixé à 60% du PIB. Si, au moment où ce cadre a été élaboré, on pouvait penser qu’il y avait la possibilité   d’apprécier diversement de tels objectifs, il s’avère aujourd’hui que ce serait un véritable suicide que de s’y conformer. Et cela pour la bonne et simple raison que les mesures préconisées pour parvenir aux objectifs proposés, c’est-à-dire, une politique d’austérité renforcée, ont produit l’effet inverse que celui annoncé. Au lieu de permettre de nouvelles recettes et de dégager des marges budgétaires supplémentaires, c’est tout le contraire qui s’est produit. Ainsi la situation générale au lieu de s’améliorer, s’est considérablement dégradée dans la plupart des pays de l’UE, sauf peut-être en Espagne qui a choisi de ne pas être le total bon élève de l’UE, ce qui a d’ailleurs failli lui coûter cher avec les évènements de Ceuta. Conclusion, la dette s’envole, les déficits se creusent, la situation sociale et écologique est alarmante. Cette politique européenne est la conséquence d’un choix d’alignement sur les volontés du grand frère US, que ce soit en matière économique, commerciale ou militaire, appliquant en ce dernier domaine les décisions de l’OTAN poussant à un réarmement et à une augmentation indigne et scandaleuse des dépenses pour la guerre au détriment de dépenses utiles pour le développement humain.

Et la France n’est de ce point de vue pas en reste. Non seulement voulant jouer les premiers de la classe mais désireuse d’apparaître comme un des leaders de cette nouvelle croisade, elle s’apprête à prendre une série de mesures budgétaires qui pourraient s’avérer catastrophiques pour une grande majorité de ses concitoyens comme pour ses capacités de développement. Pourtant, plusieurs signaux devraient alerter les dirigeants de notre pays. Par exemple l’augmentation du nombre de demandeurs d’emplois ou, pour le second trimestre consécutif, le recul de la production industrielle ; ou encore l’incapacité grandissante des structures de l’État à faire face aux conséquences du dérèglement climatiques. Mais sans doute que ce ne sont que des indicateurs secondaires pour un Emmanuel Macron qui n’en finit pas de gloser sur les bienfaits de ses choix…

Face aux dangers multiples que recèle la période, il est une nécessité. : agir, entrer dans l’action, non pas de façon désordonnée et isolée mais collectivement et à partir d’objectifs de conquêtes clairement identifiables car répondant aux besoins urgents du moment. Et ces besoins, on peut les résumer en un mot : l’emploi. La création d’emplois pour développer massivement les services publics ainsi que pour faire franchir un pas décisif à une production industrielle nouvelle et décarbonée. Voilà un des enjeux majeurs de la rentrée et cela mérite d’y mettre le paquet !