Jean-Marc DURAND
Ces derniers temps, un petit refrain martial se répand dans les travées de la République. Il fait écho à une poussée de la violence capitaliste, elle-même conséquence de la crise du système du même nom qui n’en finit pas de s’aiguiser. Un système qui, dans sa recherche d’issues, conduit de plus en plus à faire émerger des solutions qui trouvent leurs débouchés dans la montée des idées et des forces d’extrême droite en France, en Europe et dans le monde.
Au cœur de cette mue régressive est le devenir du capitalisme, sa place et son rôle en tant que système central de régulation autour duquel et par lequel s’organisent les rapports de productions, les échanges et le système monétaire mondial. À plusieurs reprises, ces derniers mois, Économie&Politique a consacré des articles à ces problématiques, pointant particulièrement la question centrale que représente la maîtrise et l’utilisation de l’argent. Et qui dit argent dit monnaie, et qui dit monnaie, dit pouvoir de création mais aussi enjeu de domination. Une question centrale qui renvoie inévitablement à la dimension hégémonique du dollar, monnaie mondiale de fait, et expression concrète de la domination capitaliste et de son cœur battant les États-Unis. Un dollar qui cherche à conserver sa puissance et l’ordre des choses que celle-ci implique alors que ces deux aspects sont de plus en plus contestés. Un nombre croissant de pays dont pas des moindres, la Chine par exemple, accompagné de l’ensemble des pays constituant les BRICS, cherchent en effet une autre voie et même si, comme aime à le souligner Jean-Claude Trichet 1, ce «club» ne constitue pas un contre-Occident, il représente néanmoins une voie de non-alignement sur l’Occident; ce qui constitue déjà un défi de taille pour l’ordre établi.
Un défi suffisamment sérieux pour que le bras armé du monde occidental et du dollar, à savoir l’OTAN, s’applique à déployer une activité soutenue, particulièrement en Europe, avec l’ambition d’imposer par un chantage guerrier, en passant par-dessus la souveraineté des peuples, l’expansion de son influence et sa vision du découpage des territoires. En bon gardien du Temple et en adepte de la maxime «si tu veux la paix, prépare la guerre», c’est ainsi qu’ont été fomentés depuis la chute de l’URSS divers conflits visant à faire éclater les nations d’alors. Rappelons-nous la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie… jusqu’à venir provoquer la Russie à moins de 600 kilomètres de certaines de ses villes de plus de cent mille habitants en voulant installer des bases en Ukraine… sans que cela exonère Vladimir Poutine, de sa responsabilité dans l’invasion russe de l’Ukraine. Dans la foulée, l’Union européenne, pensant que pour compter il lui fallait épouser les thèses américaines et même aller largement à leur devant, s’est lancée dans une course à l’armement, sommant ses pays membres de consentir d’énormes dépenses militaires et de relancer l’industrie de l’armement, cela au détriment de la réponse aux besoins des peuples.
Les appétits des marchands de canons
C’est ainsi que le social et l’écologie sont sacrifiés sur l’autel du capital. Car, au-delà de la dimension va-t-en-guerre à l’œuvre, est la question majeure de l’accroissement du transfert de l’argent public vers le capital. Toute hausse du budget de l’armement consacre en effet l’affectation de sommes nouvelles d’argent public (budget de l’État) aux fabricants d’armes, ce qui représente pour eux et leurs actionnaires une manne fraîche venant satisfaire leurs besoins de rentabilité.
Additionné au rationnement de la dépense, ce détournement d’argent public vient grever profondément les moyens permettant d’apporter une vraie réponse aux indispensables besoins de développement des capacités humaines et de luttes efficaces contre le dérèglement climatique. À ce propos il faut saluer, lors de la tenue de la COP 30 à Belem, l’appel d’économistes au titre desquels Frédéric Boccara, et d’écologistes, à une refonte radicale du système financier international au service du défi climatique, réclamant une création monétaire massive, en particulier via les droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, sous forme de crédits à long terme, à taux très abaissé, voire à zéro pour cent.
Ce qui est valable pour relever le défi climatique au plan mondial l’est tout autant au plan européen et national pour relancer une croissance saine à base d’emplois, de salaires, de protections sociales et environnementales. Plus que jamais la question d’une autre utilisation de l’argent que ce soit celui des banques – de la BCE en passant par les pôles publics bancaires jusqu’aux banques de dépôts, mais aussi celui des entreprises et de l’État- constitue l’actualité de la lutte des classes. Cela touche en effet à une réorientation en profondeur de la politique économique. Efficacité ou rentabilité voilà les termes du choix en matière de gestion de tous les secteurs, de toutes les activités, de toutes les institutions qui interviennent dans le processus de production des richesses et de leur utilisation. C’est sur ce terrain que se joue véritablement l’affrontement avec le capital, et qu’il s’agit de se donner les moyens de le mener jusqu’au bout. C’est-à-dire de façon radicale, afin que puisse s’ouvrir la perspective d’un réel dépassement dont la logique intrinsèque d’exploitation et de domination conduit à la ruine des peuples, de leur vie sociale et de notre niche écologique commune qu’est la Terre.
Le dépassement du capitalisme, un enjeu plus actuel que jamais
Ainsi, sans doute d’une façon beaucoup plus acérée que dans les décennies précédentes, est posé l’enjeu du dépassement du capitalisme. Son dépassement, et non pas finalement une sorte de conciliation confiant à un État protecteur et stratège le soin de corriger les excès du système, ce qui revient en fait à le rendre vivable et acceptable. C’est d’ailleurs ce qui a été tenté en de nombreux pays de la planète au cours du dernier quart du XXe siècle et qui a abouti finalement à une victoire transitoire du capitalisme avec la conversion au social libéralisme, lui-même ayant ouvert la voie à l’extrême droite.
Face à cette situation, il n’y a pas d’autre chemin que de donner à voir que d’autres solutions existent, que d’autres choix sont non seulement possibles mais viables et peuvent offrir une vraie perspective de renouveau pour toute la société, du local au national jusqu’au mondial. Cela exige de la persévérance et passe par l’expérimentation dans des luttes, ce qui suppose une forme de soutien nouveau où non seulement on apporte de la fraternité, mais on y associe de la vraie solidarité en liant aux objectifs sociaux une visée de gestion nouvelle passant par de nouveaux pouvoirs d’intervention et de décision des salariés et des populations, particulièrement sur les enjeux d’utilisation de l’argent et de recours aux financements. C’est-à-dire une évolution de la pratique politique vers un mode autogestionnaire, fondement d’un renouveau de l’ensemble des relations humaines au travail comme hors travail, visant à sortir l’humain du rôle de simple marchandise auquel le capitalisme veut le réduire, et à rendre chacune et chacun acteur de son propre avenir comme de celui de l’ensemble de la société sur fond d’un partage réel des savoirs et de tous les leviers de pouvoir.
Se saisir des contradictions à l’œuvre dans la crise systémique
C’est une visée dont la construction ne peut plus être remise à demain, tant tout ce qui nous entoure craque de toutes parts, et tant les peuples sont en attente de propositions, d’issues, de projets novateurs capables de leur redonner confiance et espoir. Il s’agit d’engager une véritable révolution. À cet effet, comment ne pas percevoir pourtant, dans le marasme ambiant, les contradictions qui traversent les instances mêmes du pouvoir actuel. Par exemple sur la vision de l’industrie et de son développement alors que plans et projets de fermetures d’entreprises fleurissent chaque jour. Sans se bercer d’illusions et sans attentes particulières, comment, pour des communistes et des marxistes, ne pas saisir ces situations pour venir nourrir les débats avec les salariés, les populations, de nos propositions, par exemple en matière de financement, par exemple encore en matière d’emplois et de nouvelle citoyenneté du travailleur avec notre projet de sécurité d’emploi ou de formation.

Le PCF a été créé au Congrès de TOURS en décembre 1920 , à cause de la faillite de la social-démocratie . De 1981 à aujourd’hui la social-démocratie a encore fait faillite ouvrant la voie à l’extrême droite . Le PCF ne doit pas s’effacer , il doit mettre en avant des propositions qui donnent envie de lutter pour elles immédiatement . Ne pas faire de Congrès de Tours à l’envers pour des raisons électoralistes . Les luttes d’abord , les élections après .
Le PCF s’est créé à la suite de la révolution russe. Il était possible de gérer une société autrement que par la recherche du profit. 70 ans plus tard cette société s’effondre. Donc le choix majoritaire de Tours n’était pas le bon. le Parti se serait fourvoyé pendant 70 ans. Le capitalisme serait l’horizon indépassable. Si l’URSS s’est effondrée c’est qu’elle consommait plus de ressources qu’elle n’en produisait. Cela devrait être extrêmement stimulant d’essayer de comprendre pourquoi! Comment se fait il que le secteur ECOPO ne s’attelle pas à cette tache. C’est selon moi de sa responsabilité!
C’est une fuite en avant de nous parler de… dépassement du capitalisme. Dans un capitalisme dépassé … par la gauche je suppose, qui possède les moyens de production et d’échange, au service de qui est l’Etat. Dans un capitalisme dépassé comment l’Etat a-t-il la maitrise de sa politique économique avec une monnaie supranationale qui lui interdit d’emprunter à sa banque centrale.
Il s’agit en fait de changer mais sans rien changer à la propriété des moyens de production (ou si peu) et à la nature de classe de l’Etat. Faire dépendre le changement économique de la BCE est une démarche fédéraliste qui fait fi de la nature capitaliste de l’UE. C’est à dire d’une UE construite sur le principe de la liberté absolue du mouvement du capital mais constituée d’Etats qui par leur nature de classes sont concurrents.
A oontinuer comme cela sans nous n’aurons pas d’autres choix que de retourner à la vieille maison