Le financement de l’atténuation du changement climatique, et de l’adaptation à ses conséquences, devait être au centre de la trentième « conférence des parties » qui a réuni au plus haut niveau 194 pays – mais en l’absence des États-Unis de Trump – à Belém, au Brésil, en novembre dernier.
Des mesures ont été adoptées, comme la création d’un fonds spécial pour les forêts tropicales doté de 5,5 milliards de dollars dont 20% seront réservés aux peuples autochtones, ou le lancement d’un « plan santé de Belém » avec 300 millions de dollars dédiés à la santé climatique.
Mais, en dépit des attentes, l’obligation d’une sortie des énergies fossiles n’a pas été acté, et surtout, les objectifs adoptés en matière de financement – 1 300 milliards par an à l’échelle du monde d’ici 2035, dont 300 milliards seulement pour les pays en développement – sont bien en-deçà des milliers de milliards qu’il faudrait dépense pour faire face aux besoins. Les souhaits d’une réforme des institutions financières internationales sont restés sans traduction concrète. La conscience largement partagée de l’énormité du défi se heurte ainsi à l’insuffisance flagrante des moyens disponible dans le cadre de la mondialisation capitaliste en crise. Ce contraste fait ressortir l’utilité des mobilisations sociales et politiques pour un ordre économique, financier et monétaire international de paix et de coopération.
La rencontre organisée, à l’initiative de la revue Option Brésil, de la Confédération Unique des Travailleurs de l’État de Pará, de l’Institut de recherche et d’études culturelles et environnementales de l’Amazonie (IPEASA) et notre revue, y a contribué en réunissant une grande diversité d’expert.e.s, économistes, syndicalistes, militant.e.s de 11 pays différents.
Ce dossier est consacré à rendre compte de ses travaux en reproduisant plusieurs des communications qui y ont été présentées.
Il s’ouvre sur les propos de Maria Luiza Lapa de Souza, animatrice de l’association franco-brésilienne Option Brésil et de la revue qui porte le même titre, pour accueillir les participants en notant particulièrement l’importance de la rencontre pour la convergence des mouvements progressistes en France et au Brésil.
L’intervention de Frédéric Boccara – l’un des principaux initiateurs de la rencontre de Belém – devant la réunion de la Centrale unique des Travailleurs du Brésil (CUT), quelques jours avant le début de la COP, annonçait la teneur des échanges qui ont eu lieu ensuite, pendant deux jours, à l’Université du Pará.
Jacy Afonso, dirigeant syndical du secteur bancaire brésilien, met en lumière un ensemble de propositions convergentes pour émanciper les peuples, et leur action pour l’environnement, de l’hégémonie du dollar. Nous reproduisons également l’appel lancé l’occasion de la COP30 par l’Organisation syndicale internationale pour la démocratie énergétique (TUED).
Le docteur Félix Atchadé, animateur de la revue en ligne Chroniques sénégalaises, met en lumière la perspective d’émancipation qu’ouvre le dialogue entre les initiatives pour le climat en Afrique, en Amérique Latine et partout dans le monde.
Julio Gambina, président d’ATTAC Argentine, analyse les mécanismes financiers par lesquels l’impérialisme des États-Unis maintient son pays dans sa dépendance.
James K Galbraith, professeur à l’université d’Austin (Texas) incite les pays du Sud global à trouver leurs propres moyens de financement, plutôt que d’attendre une aide des métropoles financières du monde occidental.
Bárbara L. C. V. Dias, professeur à l’Université Fédérale du Pará (Brésil), propose, à partir d’expériences concrètes du mouvement social en Amazonie, une « politique des communs » visant à étendre sa logique à l’ensemble du système économique.
Jean-François Deluchey, également professeur à l’université du Pará et conseiller France Insoumise pour les Français de l’étranger, propose une telle politique des communs comme réponse aux « politiques nécrolibérales », et note que ce projet entre en résonance avec celui d’une monnaie commune mondiale de coopération.
Yannis Bournous, vice-président du Parti de la Gauche européenne, reprend cette proposition parmi les éléments politiques et financiers d’un programme visant à la réalisation d’une transition écologique juste.
C’est sur ce point que Frédéric Boccara a eu l’occasion de revenir à l’issue de ces échanges en détaillant les transformations concrètes du système monétaire international qui permettraient de mobiliser des avances de fonds à la hauteur des exigences du défi climatique.
Nous reproduisons l’appel lancé dans ce sens à l’issue de la rencontre, qui a vocation à recevoir un large écho chez toutes celles et tous ceux qui prennent la mesure des transformations à opérer pour faire face à la montée des périls en faisant émerger les conditions d’une nouvelle civilisation.
- I. Financement de la transition écologique : changer pour faire face aux défis climatiques Maria Luiza Lapa de Souza
- II. Écologie, social et coopération : révolutionner le rôle de la monnaie et du crédit Frédéric Boccara
- III. Pour une transition écologique juste : défis et alternatives au système financier international Jacy Afonso
- IV. Le capital privé ne peut pas assurer une transition juste ; il est temps d’emprunter la voie publique Les syndicats de l’énergie du Sud
- V. De Kédougou à la scène mondiale : plaidoyer pour une justice climatique équitable Félix Atchadé
- VI. L’Argentine et le pillage des biens communs : le rôle du FMI, du Trésor et du gouvernement des États-Unis Julio C. Gambina
- VII. Remarques à la Conférence COP 30 James K Galbraith
- VIII. Altérités et enclaves institutionnelles : pour une politique des communs Bárbara L. C. V. Dias
- IX. Dette et transition écologique : les communs comme réponse Jean-François Deluchey
- X. Pour une transition où la finance sert les populations et la planète Yiannis Bournous
- XI. Une proposition pour des financements solidaires, à la hauteur des besoins Frédéric Boccara
- XII. Appel d’économistes et d’écologistes
