TUED (Trade Unions for Energy Democracy)
La version originale de cette intervention peut être consultée sur le site de la revue Forum : https ://revistaforum.com.br/debates/2025/11/10/por-uma-transio-ecologica-justa-desafios-alternativas-ao-sistema-financeiro-internacional-por-jacy-afonso-191682.html
Il est essentiel de débattre du financement vert et du crédit pour la reconstruction de la planète, mais cela exige de s’attaquer, de manière structurelle, au système financier international. Aujourd’hui, le FMI occupe toujours une place centrale dans la gouvernance économique mondiale, conditionnant les politiques budgétaires et monétaires, en particulier dans les pays du Sud global. Les expériences récentes montrent que ses programmes, souvent liés à des objectifs d’austérité, peuvent limiter les investissements publics essentiels et aggraver les inégalités — une critique récurrente parmi les économistes progressistes, les syndicats et les mouvements sociaux.
Parallèlement, le débat s’intensifie, y compris au sein des think tanks progressistes et des réseaux internationaux de gauche, sur la nécessité de réformer le mandat du FMI pour y intégrer la justice sociale, une transition écologique juste, la lutte contre la faim et le travail décent comme piliers, et non comme externalités. Le président Lula a souligné l’importance de revoir le rôle de cette institution, parmi d’autres, qui « perpétuent un Plan Marshall à l’envers, où les économies émergentes et en développement financent le monde développé ». C’est dans cette direction que nous devons orienter notre action.
Aujourd’hui, le secteur productif voit sa part diminuer dans les PIB nationaux en raison de la financiarisation de nos économies. Nous avons besoin d’une nouvelle conférence internationale pour replacer la liberté et la dignité humaines au centre, tout en repensant le rôle du FMI et de la Banque mondiale. Dans ce contexte, l’initiative de la Banque des BRICS représente une nouveauté pertinente, car elle ouvre la voie à des alternatives de financement mieux alignées sur les priorités du Sud global.
Affronter l’hégémonie du dollar
Un autre point crucial consiste à affronter l’hégémonie du dollar dans les transactions internationales. Rompre avec ce monopole et valoriser d’autres monnaies dans le commerce mondial renforcerait l’autonomie économique des pays et réduirait leurs vulnérabilités aux crises de changes. De même, il est urgent de taxer les ultra-riches. La mise en place de mécanismes comme la taxe Tobin (taxation des transactions financières) et un impôt minimum mondial sur les grandes fortunes et patrimoines serait une étape importante pour décourager la spéculation et financer des politiques environnementales et sociales.
Prendre soin du climat ne doit pas signifier oublier la faim. C’est pourquoi le leadership du président Lula est stratégique : non seulement pour la COP30 et l’agenda climatique, mais aussi dans la lutte pour éradiquer la faim, comme le Brésil l’a de nouveau démontré en menant des politiques sociales qui lui ont permis de sortir de la Carte de la Faim (Mapa da Fome établie par la FAO, qui recense les pays où plus de 2,5 % de la population souffre d’insécurité alimentaire grave). Le financement vert et le crédit pour la transition doivent s’accompagner de réformes institutionnelles. Le Brésil dispose d’expériences qui peuvent y contribuer.
Le rôle des banques publiques
En premier lieu, les banques publiques jouent un rôle fondamental : la BNDES, la Banque du Brésil, la Caixa Econômica, la Banque de l’Amazonie et la Banque du Nord-Est. Nous devons rétablir leur mission de développement et ne pas les subordonner à la logique de rentabilité des banques privées. Ce n’est pas un hasard si, lors de la crise de 2008-2009, ces banques ont amorti le choc externe — et transformé un « tsunami » en une simple « vaguelette », selon l’expression de Lula. Leur performance a été décisive pour préserver l’emploi et les investissements.
Nous avons également progressé dans la démocratisation de la gouvernance : il existe une représentation des travailleurs dans les conseils d’administration d’entreprises publiques comme la Banque du Brésil, la Caixa et la BNDES — une initiative à laquelle j’ai participé. Cela renforce la transparence et l’engagement social. Nous devons aller plus loin en intégrant des représentants de la société civile, du secteur productif, de l’industrie, de l’agriculture et des services dans ces conseils, afin que les banques publiques reflètent pleinement l’intérêt général.
Monnaies sociales et transition écologique
Sur le plan monétaire, le Brésil a accumulé des expériences avec les monnaies sociales et les banques communautaires, qui dynamisent les économies locales et renforcent le commerce dans les territoires. Nous pourrions même envisager une « monnaie verte » pour financer la transition écologique et la reconstruction environnementale. Cependant, il est indispensable de contrôler la chaîne productive associée à ce crédit : financer le reboisement n’a aucun sens si sa mise en œuvre repose sur du travail dégradant ou analogue à l’esclavage — des pratiques que le Brésil combat fermement. Tout financement doit inclure des garanties socio-environnementales robustes, une traçabilité et des critères de travail décent.
Nous devons également garantir la qualité de l’investissement : les ressources approuvées doivent parvenir aux petits producteurs, aux coopératives et aux initiatives locales, et ne pas se perdre dans les intermédiaires, les cabinets de conseil ou la bureaucratie. C’est pourquoi, au-delà des COP, il est essentiel de renforcer les conférences de l’OIT pour faire du travail décent un axe central de toute transition.
Propositions pour une action syndicale internationale
Je propose que la CUT (Centrale unique des travailleurs) et, en particulier, les syndicats de banquiers, établissent un partenariat international pour formuler des propositions concrètes sur :
- la réforme de la gouvernance financière internationale,
- le renforcement des banques publiques,
- la création de mécanismes de taxation juste,
- les monnaies alternatives,
- les instruments de crédit avec garanties sociales et environnementales.
La rencontre qui a débattu du financement de la transition écologique pour changer et relever le défi climatique à Belém est comme un diamant taillé au milieu d’une exploitation minière brute d’idées : une pierre précieuse qui trace des voies dans une conjoncture complexe.
