Thales supprime 9 000 emplois en France (vous avez bien lu !)

CGT Thales Alenia Space Toulouse

<chapo> Le groupe Thales « va recruter plus de 9 000 nouveaux collaborateurs en 2026 », dont 3 300 en France annonce fièrement un communiqué de la direction. La CGT démontre que la réalité est tout autre !

Le groupe Thales se sépare de 9 000 salariés dont au moins 4 500 en France. Ce projet est en cours de finalisation et prévoit que sa mise en œuvre atteigne son objectif courant 2027, et fin 2027 au plus tard. Mais avant de donner plus d’éléments sur ce plan, nous, la CGT Thales Alenia Space Toulouse, tenons à revenir sur le communiqué de presse (1) annonçant 9000 embauches par Thales en 2026.

Information ou désinformation ?

Le groupe annonçait déjà 8 000 embauches dont 3 000 en France en 2025 (2) et encore 7 000 en 2024 dont 3 500 en France (3) et même 12 000 dont la moitié en France en 2023 (4). Mais qui a essayé de vérifier si ces annonces faites chaque année étaient une information fiable ou un nouveau narratif d’un groupe Thales « Trumpisé », devenu accro à la réalité parallèle ? La CGT Thales Alenia Space a tenté de répondre à cette question. Il faut rappeler que le groupe Thales a l’essentiel de ses activités en France. Dans le cadre du comité de groupe France le cabinet d’expertise économique SECAFI a présenté en novembre 2025 son rapport sur le bilan social du groupe Thales. Et ce rapport démontre que les effectifs français du groupe Thales n’augmentent pas mais, au contraire, se contractent chaque année. Alors que le chiffre d’affaires, comme les prises de commandes, battent de nouveaux records tous les ans !

Donc, comme les effectifs diminuent alors que tous les ans la direction de Thales communique sur 3 000 à 6 000 embauches annuelles en France, nous pouvons en conclure que :

  • soit, tous les ans, la direction ment à la population et en particulier à ses salariés et n’embauche en fait même pas de quoi compenser les départs naturels (moins de 5 % dans ce genre de groupe)
  • soit les embauches sont réellement réalisées mais n’arrivent pas compenser les départs naturels qui seraient alors de l’ordre de 10 à 15 % des effectifs tous les ans ! Cela voudrait-il dire que les conditions de travail chez Thales sont particulièrement mauvaises pour avoir un tel niveau de turnover ? Et qu’il est urgent de se poser la question de l’impact de ces conditions de travail sur la santé des salariés qui n’ont pas réussi à quitter le groupe ? Mais nous reviendrons plus loin sur la mise en danger de la santé des salariés.

Ce qui nous interpelle aussi dans cette communication, c’est la faible part des embauches en France alors que l’essentiel de l’activité du groupe est en France. Serait-ce en fait une manière d’annoncer un plan de délocalisation de l’activité industrielle française du groupe Thales hors de France et en partie hors d’Europe ? L’État français, premier actionnaire du groupe Thales avec 36 % des droits de vote dans les grands choix de Thales, a-t-il conscience de cela ? A-t-il validé cette désindustrialisation du pays alors qu’il annonce vouloir aller vers le plein emploi et développer l’industrie française ?

Autre question : ces embauches sont-elles surdimensionnées ou sous-dimensionnées par rapport aux prises de commandes faites et attendues définissant le plan de charge dans le monde de l’industrie ?

La direction indique (5) prévoir 80 embauches pour le site toulousain de Thales Alenia Space (TAS) qui se trouve sur le site avenue Champollion.

Or, depuis au moins fin novembre, la direction estime qu’il lui manquera 907 personnes sur le site de TAS Toulouse à compter du 1er trimestre 2026 pour exécuter la charge de travail qu’elle a elle-même évaluée.

Le 15 décembre, le Tribunal a condamné la direction de TAS pour mise en danger de la santé des salariés (6), établissant que cette mise en danger venait principalement du fait de l’inadéquation entre la charge de travail et les effectifs présents pour l’exécuter.

Donc avant cette annonce de ce lundi 9 février prévoyant 9 000 embauches dont 80 pour TAS Toulouse, la direction avait largement le temps de prendre en compte, à la fois le besoin selon ses propres estimations pour 2026 et aussi la décision du Tribunal. Si aujourd’hui elle annonce 80 embauches pour un besoin de 907 recrutements, c’est donc qu’elle a la volonté de maintenir la mise en danger de la santé des salariés telle que statuée par le Tribunal, non ?

Pour revenir à notre sujet, le groupe Thales se sépare de 9000 salariés.

En effet, le projet Bromo prévoit que les 9000 salariés de Thales dans le spatial sortiront du groupe. Thales se sépare d’eux pour les envoyer dans un nouveau groupe qui n’existe pas encore.

La CGT avait dès juin 2025 fait une analyse très inquiétante de ce projet. Les éléments collectés en fin d’année 2025 et en début d’année 2026 viennent tous confirmer nos craintes. Ce projet se construit principalement sur des enjeux financiers, sur la base de trajectoires de chiffre d’affaires et de rentabilité qui n’ont jamais pu être atteintes dans ce secteur.

Mais pour les atteindre, le levier principal identifié est celui des synergies de coûts :

  • optimisation de l’empreinte industrielle,
  • suppression des doublons,
  • externalisation,
  • délocalisation…

Et nous commençons déjà à collecter des informations sur des sites qui disparaitront et des volumes de suppressions d’emplois.

Ce qui est sûr c’est que, à ce jour, les 9 000 salariés dont le groupe se sépare pour les placer dans un nouveau groupe, verront 90 % de leur socle social disparaitre. En effet, actuellement, 90 % du socle social des salariés de TAS, ou Thales SESO, est basé sur les accords du groupe Thales. Or, quand les salariés passeront dans le nouveau groupe, il n’y aura, de fait, aucun accord social existant. Pour ces salariés, les accords du groupe Thales ne leur seront plus applicables et l’impact social est loin d’être neutre pour eux !

Pourtant, nos entreprises françaises TAS et ADS ont de l’avenir dans un marché en croissance. L’Allemagne a bien compris le potentiel de croissance de ce secteur et investit massivement pour devenir un leader européen puis mondial du secteur :

  • l’Allemagne est devenue le premier financeur de l’ESA pour que tous les nouveaux projets stratégiques et innovants se fassent dans leur pays,
  • l’industriel de référence allemand, Rheinmetall, développe ses capacités industrielles dans le spatial, soutenu par des commandes institutionnelles allemandes de plusieurs milliards d’euros,
  • le gouvernement allemand annonce le lancement d’une constellation de télécommunication mettant en difficulté le projet européen équivalent IRIS² qui, lui, apporte aussi des usages civils utiles à la population générale.

La CGT aussi avait compris le potentiel du secteur. Nous avions logiquement lutté contre les plans de suppressions de postes à TAS et ADS en France. Mais en France, les dirigeants industriels et politiques, aux appétits financiers de courts termes et sans vision stratégique, ont préféré abimer les capacités industrielles existantes des leaders mondiaux sur le territoire français. Ces dirigeants industriels et politiques ont décidé de détruire des emplois et faire disparaitre des compétences essentielles en 2024. Ces mêmes dirigeants lancent maintenant un projet de regroupement et de rationalisation de ces industries spatiales historiques. Ce projet est structurellement construit sur de le rentabilité court terme via des synergies de couts visant les emplois et les sites.

Alors si, ni les arguments économiques, ni les arguments sociaux des conséquences de ce projet Bromo ne vous alertent, alors peut-être serez-vous sensible aux risques sur notre souveraineté ?

La perte de souveraineté industrielle : nous l’avons vu, ce projet prévoit dès sa définition la rationalisation de l’empreinte industrielle, en particulier en France, et anticipe aussi la favorisation de l’émergence de nouveaux compétiteurs. En Europe, et notamment en Allemagne, mais aussi hors Europe, pour contrer la création d’une situation de quasi-monopole sur des segments de marché. Ce sera très certainement le cas pour le segment du satellite reconfigurable en vol.

Une perte de souveraineté politique dans l’industrie spatiale : aujourd’hui, l’État est le premier actionnaire du groupe Thales avec 36 % de droit de vote et peut donc influer sur la politique industrielle spatiale en cohérence avec une politique spatiale affichée via la loi de programmation militaire et la création du centre du commandement de l’espace. Avec Bromo, l’État n’aura plus qu’une petite dizaine de pourcents de droits de vote et ne sera plus capable d’orienter quelque politique spatiale que ce soit.

Enfin la souveraineté de défense est mise à mal. Que se passera-t-il si dans 5, 10 ou 11 ans après la création du nouveau groupe Bromo, un des 3 actionnaires se retire et vend ses parts à Elon Musk ou à un oligarque russe proche de Poutine ? Quelles sont les garanties de souveraineté de défense que peut avoir un État qui ne détient plus qu’une dizaine de % du seul industriel spatial qui restera en France ? Alors qu’aujourd’hui il y en a deux dont un a pour principal actionnaire l’État français ? L’armée française en est pleinement consciente et ce projet fait grand bruit chez la Grande Muette !

(1) https ://www.thalesgroup.com/fr/actualites-du-groupe/communiques-de-presse/thales-va-recruter-plus-de-9-000-nouveaux-collaborateurs

(2) https ://www.aerocontact.com/actualite-aeronautique-spatiale/98348-thales-recrute-3000-personnes-en-france-en-2025-et-accelere-son-programme-d-entreprise-apprenante

(3) https ://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/l-invite-eco/thales-recrute-beaucoup-et-depuis-pas-mal-d-annees-declare-le-pdg-du-groupe-5383590

(4) https ://www.franceinfo.fr/economie/industrie/le-groupe-thales-veut-recruter-12-000-salaries-dont-pres-de-la-moitie-en-france_5680991.html

(5) https ://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/thales-annonce-un-plan-massif-de-recrutement-apres-avoir-gele-des-milliers-de-suppressions-de-postes-3296055.html

(6) https ://cloud.cgtthales.fr/s/s7o5WN9WC5swWxY