Réforme des retraites Macron jusqu’à moins 40 % sur les pensions !!!!

Le commisssaire J.-P. Delevoye en charge par le président de la République d’élaborer un cadre de propositions pour une réforme systémique des retraites a rendu son rapport. Il est désormais facile de mesurer l’ampleur du désastre sur la base des préconisations du rapport.

Avec le rapport qui vient d’être rendu public, on en sait enfin un peu plus sur les volontés du Président et du gouvernement.

D’abord, il y a confirmation de l’unification des différents régimes dans un système à points avec trois paramètres et autant d’étapes pour le calcul des pensions :

  • Montant des cotisations : 28,12 % du montant des salaires, mais 25,31 % pour le calcul des droits.
  • « Valeur d’acquisition » des points : 10 euros de cotisation = 1 point, donc nombre de points = total des cotisations x 0,1.
  • Montant de la pension annuelle : nombre de points multiplié par une « valeur de service » de 0,55. La pension mensuelle brute est donc égale au nombre total de points acquis multiplié par 0,55 et divisé par 12 mois. On déduit la CSG en appliquant le coefficient 0,926 et on obtient la pension nette.

Ensuite, alors que Macron s’était engagé à ne pas toucher à l’âge de la retraite : décote de 10 % pour ceux qui partiraient à 62 ans au lieu de 64 ans (on reste « libre » de partir à 62 ans mais on est alors mis à l’amende).On s’attendait à l’alignement par le bas du niveau des pensions. Eh bien, pas de jaloux, tout le monde est concerné par la baisse des pensions.

Il devait s’agir d’une réforme de simplification et d’unification des régimes, d’une réforme juste, en aucun cas de faire des économies sur le dos des retraités. Eh bien ce sont des dizaines de milliards d’euros par an qui pourraient passer des poches des salariés retraités dans celles des actionnaires, nouvelle manifestation de l’obsession maladive de la baisse du coût du travail au profit du capital.

Ces choix de méthode de calcul et de paramètres et les décotes engendrent des baisses énormes du montant des pensions.

Dans le secteur privé

À l’issue de la période de transition

Le rapport donne en exemple (avec dessins, couleurs et gros caractères pour que les crétins que nous sommes puissions comprendre) un certain David qui a travaillé 43 ans, a gagné une fois et demie le Smic pendant sa carrière et part à 62 ans. L’application des paramètres donne une pension mensuelle nette de 1 265 € c’est-à-dire, affirme le rapporteur, un taux de remplacement de 70 % de son salaire net.

(Une parenthèse : David part à 62 ans et on ne lui applique pas de décote ? Curieux ! Celle-ci aurait-elle été décidée tardivement et non intégrée dans un rapport fin prêt ?)

Cette présentation est un véritable enfumage, parce que dans la vraie vie la plupart des salariés connaissent heureusement une progression de leurs salaires. Le système à points conduit mécaniquement à une forte baisse du taux de remplacement puisqu’on prend en compte dans les calculs les salaires plus faibles de début de carrière.

Par exemple, si David a connu un déroulement de carrière assez classique tel que :

périodesSalaire mensuel moyen de la périodeSalaire annuel moyen de la périodeSalaire de la périodeCotisations : 25,31 %points
10 ans1 900 €22 800 €228 000 €57 706 €5 770
10 ans2 200 €26 400 €264 000 €66 818 €6 681
10 ans2 400 €28 800 €288 000 €72 892 €7 289
13 ans2 545 €30 540 €397 020 €100 485 €10 048

Total des points acquis durant la carrière 29 788

  • Montant de la pension annuelle brute : 29 788 x 0,55 = 16 383,40 €.
  • Montant de la pension mensuelle brute 16 383/12 = 1 365,28 €.
  • Montant de la pension mensuelle nette : 1 365,28 x 0,926 = 1 264,25 €
  • Salaire de fin de carrière net : 2 545 € x 0,7945 (1) = 2 021,72 € net.
  • Le taux de charges salariale retenu par le rapporteur est de 20,55 %.
  • Le taux de remplacement descend à 1 264,25/2 021,72, = 62,52 % au lieu des 70 % annoncé par le rapport !

Si David usait de sa « liberté » de partir à 62 ans sa pension passerait à 1 138,50 €, le taux de remplacement étant alors de 56,28 % et non 70 %.

Sachant que le taux moyen de remplacement actuel est 74,8 % dans le secteur privé la pertepour David par rapport aux règles actuelles serait de 373,76 €.

Pendant la période de transition

Pendant cette période on traduit en points les droits acquis jusqu’à 5 ans après le vote de la loi et on ajoute les points acquis par la suite.

Le cas type choisit par le rapporteur confirme la chute brutale du taux de remplacement. Dans le cas d’une certaine Céline le rapport opte pour une augmentation de salaire de 25 € par mois chaque année. Elle a débuté à 1 400 € par mois et terminera donc à 2 475 €. Céline a commencé à 20 ans, elle est âgée de 45 ans et aura déjà travaillé 25 ans l’année de l’application de la réforme.

Le rapport traduit d’abord en points les droits acquis pendant ces 25 ans et ajoute les points acquis par la suite. Le montant brut de la pension mensuelle qui en découle s’établit à 1 379 € et à 1 276 €en net.

Le taux de remplacement est 63,10 %. De plus si Céline se permettait de partir à 62 ans sa pension nette tomberait à 1 148,40 €. Taux de remplacement 56,79 %.

Dans la Fonction publique, c’est encore pire

Exemple d’un agent de catégorie C, adjoint administratif, qui commence sa carrière à l’indice 325 et termine à l’indice 466.

Indicetraitement mensueltraitement annuelDurée dans l’échelon (années)RémunérationCotisations 25,1 %points
3251 527 €18 330 €118 330 €4 639 €463
3261 532 €18 386 €236 772 €9 306 €930
3271 536 €18 442 €236 885 €9 335 €933
3281 541 €18 499 €236 998 €9 364 €936
3291 546 €18555 €237111 €9 392 €939
3301 551 €18 612 €237 224 €9 421 €942
3321560 €18 724 €237 449 €9 478 €947
3361 579 €18 950 €237 900 €9 592 €959
3421 607 €19 288 €357 866 €14 645 €1 464
3541 663 €19 965 €359 896 €15 159 €1 515
3671 724 €20 698 €241 397 €10 477 €1 047
3801 784 €21 432 €242 864 €10 848 €1 084
3901 833 €21 996 €365 988 €16 701 €1 670
4021 889 €22 672 €368 018 €17 215 €1 721
4111 931 €23 180 €492 721 €23 467 €2 346
4161 955 €23 462 €123 462 €5 938 €593
4302 021 €25 098 €372 756 €18 414 €1 841
4452 091 €25 098 €375 294 €19 056 €1 905
4662 190 €26 282 €126 282 €6 651 €665

Total des points acquis sur la carrière : 22900

À l’issue de la période de transition et pour un départ à 64 ans

  • Montant brut de la pension annuelle : 22 900 x 0,55 = 12 595 € x 0,926 = 11 662,91 € net.
  • Montant net de la pension mensuelle : 11 662/12 = 971 € donc la garantie de 85 % du SMIC s’applique :1022,48€.
  • Montant de la pension mensuelle nette avec les règles actuelles : 2 190 € x 0,75 x 0,926 = 1 521,90 €.

La perte s’élève à 1521,90 – 1022,48 =499,42€, une baisse de 29%!!! et le taux de remplacement tombe à 58%. Et 10% en moins pour un départ à 62 ans.

Si cette personne perçoit 10 % du salaire en primes, sa pension passe à 1 068,01 € net et la perte est de 453,89 €. Pour 15 % de primes la pension est de 1 116,60 € et la perte est encore de 405,30 €.

Pendant la période de transition le rapporteur est imprécis pour les droits acquis dans la Fonction publique avant le 31 décembre 2024. On peut supposer la méthode suivante.

  1. On prend le salaire payé le 31 décembre 2024, on calcule le montant de la pension à cette date avec le taux de 75 %, on proratise par la durée de service accomplie et on transforme en points.
  2. On ajoute le nombre de points cumulés à partir du 1er janvier 2025.
  3. On calcule la pension nette : points multipliés par 0,55 divisé par 12 mois et multiplié par 0,926

Cela donnerait pour un agent ayant commencé en 2005 à l’âge de 20 ans et partant à 64 ans : 12 657 points (1 663 € x 12 mois x 0 ; 75 x 20/43/0,55) + 13 671 points = 26 034 points.

D’où une pension mensuelle nette de : 26 034 x 055/12 x 0,926 = 1 104,40 €. La perte serait encore de 417,50 €, de 359,49 € si 10 % de primes, de 330,79 € si 15 % de primes.

Exemple d’un agent de catégorie B, rédacteur territorial, commençant sa carrière à l’indice 343 et la terminant à l’indice 587. Les autres fonctionnaires de catégorie B tels que contrôleurs, infirmières… sont payés sur la base d’indices identiques ou très voisins.

Indicetraitement mensueltraitement annuelDurée dans l’échelon (années)RémunérationCotisations 25,1 %points
3431 612 €19 345 €238 490 €9 741 €974
3491 640 €19 683 €239 367 €9 963 €996
3551 668 €20 022 €240 044 €10 135 €1 013
3611 696 €20 360 €240 720 €10 306 €1 030
3691 734 €20 811 €241 623 €10 534 €1 053
3811 790 €21 480 €242 960 €10 873 €1 087
3961 861 €22 334 €244 668 €11 305 €1 130
4151 950 €23 406 €370 218 €17 772 €1 777
4312 025 €24 308 €372 925 €18 457 €1 845
4412 072 €24 872 €374 617 €18 885 €1 888
4572 147 €25 574 €377 324 €19 570 €1 957
5042 368 €28 425 €4113 702 €28 777 €2 877
5342 509 €30 117 €390 352 €22 868 €2 286
5512 589 €31 076 €393 229 €23 596 €2 359
5692 674 €32 091 €396 274 €24 366 €2 436
5872 758 €33 106 €4132 427 €33 517 €3 351

Total des points acquis durant la carrière 28 059

  • Montant brut de la pension annuelle : 28 069 x 0,55 = 15 432 € x 0,926 = 14 290,44 € net.
  • Montant net de la pension mensuelle 14 290,44/12 = 1 190,87 € (moins 10 % pour un départ à 62 ans).
  • Montant de la pension nette avec les règles actuelles : 2 758 x 0,75 x 0,926 = 1 915,43 €.

La perte s’élève à 1915 – 1191,29 = 724,71 €, une baisse de 37 % !!!! et le taux de remplacement tombe à 54,35 %.

Si cet agent a perçu 20 % de primes pendant toute sa carrière sa pension mensuelle passe à 1 428,03 €,la perte est encore de 487,40 €.

Pendant la période de transitionet en retenant l’hypothèse et le mode de calcul de l’exemple précédent la pension serait pour un rédacteur ayant commencé en 2005 à l’âge de 20 ans, arrivant à mi-carrière et partant à 64 ans : 15412 points (2025 x 12 mois x 0,75 x 20/43/0,55) + 17 154 points = 32 566 points.

D’où une pension mensuelle nette de : 32 566 x 0,55/12 x 0,926 = 1 382,15 €.

La perte serait encore de 532,85 € et de 387,29 € si 20 % de primes

Exemple d’un agent de catégorie A, professeur des écoles, qui commence sa carrière à l’indice 388 et la termine à l’indice 798. Les fonctionnaires de catégorie A des autres administrations (hors cadres de direction) sont payés sur la base d’indices très voisins.

Indicetraitement mensueltraitement annuelDurée dans l’échelon (années)RémunérationCotisations 25,1 %points
3881 823 €21 883 €121 883 €5 538 €553
4412 072 €24 872 €124 872 €6 295 €629
4452 091 €25 098 €250 196 €12 704 €1 270
4582 152 €25 831 €251 662 €13 075 €1 307
4712 213 €26 564 €2,566 411 €16 808 €1 680
4832 270 €27 241 €381 723 €20 684 €2 068
5112 401 €28 820 €386 461 €21 930 €2 193
5472 570 €30 850 €3,5107 977 €27 328 €2 732
5832 740 €32 881 €4131 524 €33 288 €3 328
6252 937 €35 250 €4141 000 €35 687 €3 568
6693 144 €37 731 €4150 926 €38 199 €3 819
7103 337 €40 044 €3120 132 €30 405 €3 040
7563 553 €42 638 €3127 915 €32 375 €3 237
7983 750 €45 007 €6270 042 €68 347 €6 834

Total des points acquis sur l’ensemble de la carrière 36 258

  • Montant brut de la pension annuelle : 36 258 x 0,55 = 19 941 €. x 0,926 = 18 466 €, 19 net.
  • Montant net de la pension mensuelle : 18 466,19/12 = 1538,19€ (moins 10% si départ à 62 ans).
  • Montant net de la pension avec les règles actuelles 3 750 x 0,75 x 0,926 = 2 604,79 €.

La perte s’élève à 1 066,60 €, une baisse de 41 % % !!!! et le taux de remplacement tombe à 51,62 %.

Les professeurs des écoles percevant très peu de primes, leurs pertes ne peuvent être amoindries.

Pour un autre fonctionnaire de catégorie A la perte passe à 759,98 € s’il perçoit 20 % de primes et à 605,17 € s’il en perçoit 30 %. Seule une poignée de cadres dirigeants devrait s’en sortir sans casse.

Pendant la période de transition, en retenant l’hypothèse et le mode de calcul précédents, la pension serait pour un professeur ayant commencé à l’âge de 22 ans en 2005 et partant à 64 ans :

21350 points (2 740 € x 12 mois x 0,75 x 20/42/0,55) + 22 162 points = 43 512 points.

D’où une pension mensuelle nette de : 43 512 x 0,55/12 x 0,926 = 1 846,72 €.

La perte serait encore de 758,28 € pour ce professeur.

Pour d’autres cadres A la perte serait et de 527,01 € pour ceux primés à 20 % et de 476,28 % pour ceux primés à 30 %.

Il n’a pas été tenu compte dans ces trois exemples de la retraite additionnelle sur les primes qui existe dans le régime actuel de la Fonction publique : de 0 à 150 € par mois selon le montant des primes. La chiffrer pour chacun creuserait l’écart entre le régime actuel et la retraite par points.

Dans les cas qu’ils citent les activistes du projet arrêtent les carrières des fonctionnaires avant les maxima des grilles, ils retiennent par exemple le salaire de 2 408 € pour un rédacteur administratif alors que la grille va jusqu’à 2 750 €, ils négligent aussi la retraite additionnelle sur les primes. Cette entourloupe leur permet de sous estimer pour environ 320 € le montant actuel de la retraite dans ce cas particulier. Ils ont aussi choisi le cas d’un fonctionnaire de 45 ans qui touche 27 % de primes ce qui est loin d’être le cas pour tout le monde. En bref ils ont construit des cas sur mesure pour présenter le projet comme étant un progrès.

En résumé les plus impactés sont les moins de 50 ans, les plus jeunes et plus encore les nouveaux embauchés. Parmi les fonctionnaires, les plus touchés sont ceux qui ne perçoivent pas de primes ou très peu. Le record de perte de pension de retraite étant détenu par les professeurs des écoles : jusqu’à plus de 1 000 € de perte mensuelle(à majorer sans doute du coefficient de majoration des salaires dans les outre-mer). Belle façon de reconnaître le métier et de susciter des vocations.

C’est donc à la sauce déjà imposée par l’UE à la Grèce que Macron et Philippe veulent manger les agents des services publics tout en diminuant aussi très fortement les pensions du secteur privé et en reculant de fait l’âge du droit à la retraite ; car pour une retraite correcte c’est jusqu’à 66 ou 67 ans qu’il faudrait travailler à moins d’avoir les moyens de s’offrir un fonds de pension.

Si l’extrême droite consiste à pousser les idées de droite à leur paroxysme nous voilà bien devant un projet de droite extrême.

Il semble bien que le capitalisme n’a plus rien d’autre à offrir que des régressions dans tous les domaines. Le voilà aussi sclérosé que le fut la caricature de socialisme soviétique.

Les communistes d’aujourd’hui proposent à l’inverse d’étendre la Sécurité sociale à l’emploi, à la formation et aux revenus de travail et de remplacement. Il s’agit d’inventer un système conjuguant réduction massive du temps de travail (y compris avec les retraites), lutte contre l’emploi précaire, garantie des revenus du travail ou de remplacement, pouvoirs de décision des travailleurs dans les entreprises et des moyens financiers au service d’une nouvelle croissance écologique et sociale.

Pour les retraites le retour à la retraite à 60 ans avec 37,5 ans de cotisations, comme en 1981, permettrait de libérer des centaines de milliers d’emplois pour les jeunes. Pour cela le financement est bien sûr nécessaire. Il est possible en consacrant aux retraites la part nécessaire des richesses créées dans le pays. Il faut augmenter les recettes et ne pas voir seulement la dépense, augmenter les recettes au lieu des dizaines de milliards de cadeaux aux plus fortunés et aux actionnaires. On peut alors avoir un régime de retraites solidaire, intergénérationnel, dont chacun bénéficie quand son tour arrive (c’est d’ailleurs ce qui se produit avec les fonds de pension mais au bénéfice des gestionnaires de ces fonds). Il a beau s’en défendre, mais avec sa réforme, Macron pousse à la retraite, au moins partielle, par capitalisation.)

En attendant, le meilleur placement du moment c’est la lutte puisque si le projet Macron passe c’est, pour une retraite qui dure 20 ans, une perte de l’équivalent d’au moins 100 mois de salaires.