Pour un plan climat à la hauteur des enjeux

Frédéric BOCCARA
économiste, membre du comité exécutif national du PCF
Thalia Denape
économiste, membre du conseil national du PCF
Denis Durand
membre du conseil national du PCF, codirecteur d'Économie&Politique
Jean-Marc DURAND
membre du conseil national - PCF
Évelyne Ternant
économiste, membre du comité exécutif national du PCF

Comme l’a annoncé Fabien Roussel en conclusion de la séance du 6 novembre consacrée à la préparation, par le PCF, d’un « plan climat » Empreinte 2050, une nouvelle version de ce plan, qui sera soumise aux instances du Parti dans quelques mois, est en préparation.  Quelles transformations apporter à nos productions et à nos consommations pour parvenir à la neutralité carbone en 2050 ? Avec quels moyens financiers ? au fil de quelles avancées démocratiques pour une prise pouvoir des salarié.e.s et des citoyen.ne.s sur l’utilisation de l’argent dans les entreprises et dans le système bancaire ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles cette élaboration collective s’attachera à répondre. Nous publions ici une première contribution de la commission économique du PCF.

Le Plan climat Empreinte 2050 doit être un apport politique d’une grande portée, au point de rencontre entre les dimensions écologique, politique, sociale, culturelle, économique de ce projet.

Le texte dont on dispose aujourd’hui s’apparente à une version d’étape, un document pour ouvrir le débat démocratique dans le parti (voire dans la société) en vue d’arriver à un plan climat. Il reste en particulier à intégrer une mise en cohérence et un bouclage.

Le statut du plan climat dans notre démarche

Comme toute prospective ou prévision de moyen terme, elle ne peut être que de nature indicative, illustrant une démarche et sa faisabilité, mais en aucun cas une prévision proprement dite. Ceci pour deux raisons : à 30 ans une prévision est rigoureusement impossible ; et elle doit être accessible aux luttes ― politiques et sociales ― et ne pas renvoyer excessivement à une attente de changement au sommet.

C’est pourquoi il nous semble utile, dans le plan climat, de préciser en premier sa fonction et la démarche politique qui la sous-tend, dans une introduction. Ceci d’autant plus que, sinon, un antagonisme apparaît qui est totalement contraire la démarche générale du PCF et peut conduire à des incompréhensions majeures et handicapantes pour nos objectifs politiques : décider à la place des gens ce qu’il en sera tout en affirmant la démocratie non pas seulement au sommet mais dans les entreprises et les territoires

Notre conception de la planification est : une planification stratégique, démocratique, décentralisée, incitative sur les entreprises (avec des financements incitatifs et des pénalisations), prenant au sérieux la variable « temps ». Ce n’est pas la planification non démocratique actuelle de Macron et Bayrou, sans moyens financiers et suiviste des grands groupes multinationaux et laissant les banques à l’écart. Ce n’est pas non plus une planification « à la française », du CME, telle qu’on l’a connue autrefois, uniquement indicative, laissant la main aux grands groupes avec un Etat venant appuyer leur stratégie, prendre en charge leurs pertes et corriger leurs excès et déséquilibres envers le pays. Ce n’est pas non plus une planification « à la soviétique », planifiant jusqu’aux nombres de boulons, mais sans critères d’efficacité et d’économie, sans retour sur les résultats et ajustements.

Elle prend au sérieux le temps de deux façons au moins. D’une part elle s’ajuste en fonction des résultats, par retour sur ceux-ci dans un débat démocratique pour renforcer ou atténuer incitations et pénalisations, dans une démarche d’allers-retours (à la fois ascendante et descendante) et d’adaptation par retour sur expérience (ou feedback). D’autre part, elle utilise l’arme du crédit et de la création monétaire pour réaliser les avances nécessaires à partir d’une situation de départ où le PIB et les richesses disponibles sont nettement insuffisants. Enfin, elle ne préconise pas le « taux zéro » systématiquement. Elle pratique une modulation d’autant plus à la baisse (elle peut aller jusqu’à des taux négatifs) que des emplois sont créés et des émissions de CO2e diminuées, à la hausse dans le cas inverse. Cette modulation fait l’objet d’un suivi et d’un droit d’alerte ou de saisine par les salariés ou les citoyens.

En second lieu, comme nous donnons à juste titre une importance réelle à la recherche et aux nouvelles technologies, il nous faut indiquer dès le début qu’à horizon de 30 ans on ne connaît pas toutes les technologies (en 1936, les technologies mises en œuvre même 20 ans après, soit en 1956, n’étaient pas même imaginées…)[1]. C’est pourquoi, d’une part, si le plan repose sur des technologies déjà capables d’être mises en œuvre, il faut dire que c’est surtout à titre illustratif notamment de la faisabilité en termes d’ordres de grandeur et de l’ambition en termes de production d’énergie. C’est pourquoi aussi, d’autre part, il faut bien indiquer que nous réservons une part importante d’effort pour trouver de nouvelles technologies ou pour développer des technologies prometteuses et insuffisamment matures actuellement, et d’en indiquer le montant (dépenses de recherche, formation, emplois). Ce qui prime, c’est pour nous le « sens » ― mettre partout des critères de choix en faveur de l’écologie et du développement social-humain ― les choix de secteurs et ce qu’ils impliquent sur les modes de vie ne doivent présentés que comme un des exemples possibles.

En troisième lieu, parler d’écologie c’est parler d’économie. Car pour nous, marxistes, l’économie c’est la relation entre la nature et les êtres humains pour la satisfaction de leurs besoins vitaux ― besoins sociaux et historiques, évoluant avec l’histoire humaine et avec la culture. C’est pourquoi l’apport économique au le Plan climat ne peut être seulement un ajout ou un collage (comme tend actuellement à l’avoir fait le Plan à cette étape), mais le résultat d’une interaction. Elle conduit nécessairement à des restructurations, des ré-articulations. En outre, la crise écologique est intrinsèquement liée au mode de production et de consommation capitaliste, non pas de façon générale et magique mais très concrètement à sa logique de rentabilité, avec ses deux jambes, profit et accumulation, logique transversale qui imprègne toute la société.

Un Plan climat permettant de limiter effectivement le réchauffement et donc de commencer à sortir de la crise climatique ne peut éviter de s’attaquer à cette logique. Et donc, s’il est absolument nécessaire de partir de l’existant et de dessiner un chemin réaliste, il doit être radical, c’est-à-dire prendre les choses à la racine. Il serait illusoire de proposer un plan reposant uniquement sur l’existant et sur une autre répartition des mêmes richesses ou qui concilie avec la logique du capital et de rentabilité. C’est pourquoi les approches sociales-démocrates ou libérales ne cessent d’échouer. Changer l’écologie, c’est changer l’économie. On ne peut contourner cela. Notre apport doit être à la fois de l’affirmer et de montrer un chemin pour y arriver à partir de l’existant.

Or, la version actuelle du plan tend à vouloir montrer qu’on peut tout résoudre en répartissant l’existant et en s’en tenant aux rapports sociaux et technologies actuelles, tout en affirmant de façon séparée et indépendante certaines transformations économiques dont il ne tient pas compte et qui apparaissent comme un supplément d’âme. Par exemple, on peut identifier 186 milliards d’euros [2] de dépenses annuelles pour ce Plan, mais les ressources mises en regard concernent seulement des recettes publiques (!) Où sont les investissements privés supplémentaires et ceux réorientés ? Or, si d’un côté l’État investit dans le bon sens mais que de l’autre les entreprises font surtout le contraire et un tout petit peu dans le bon sens, c’est l’échec garanti. Et ces 186 milliards d’euros sont-ils seulement des investissements matériels, voire de R&D ? ou comprennent-ils aussi les embauches massives dans les services publics, les dépenses de formation ? C’est-à-dire la masse de dépenses humaines nécessaires. La réponse varie selon les endroits du texte.

Mais aussi, l’appel à la création monétaire est absent de ce chiffrage, donc on en resterait à la répartition de l’existant, fautes des avances nécessaires à la création des richesses supplémentaires qui seront indispensables pour couvrir les dépenses gigantesques qu’entraînera la transformation écologique des productions et des consommations. Du reste, la croissance du PIB n’apparaît pas. Or, il n’est pas cohérent de mettre en regard, d’une part, les dépenses jugées nécessaires à cette transformation et, d’autres part, les seules ressources dont on pense qu’elles pourraient être disponibles immédiatement dans l’économie telle qu’elle fonctionne actuellement, avant même tout changement des critères de gestion des entreprises et de l’orientation des crédits bancaires.

Notre spécificité

Sur l’écologie, notre spécificité c’est

(1) d’agir sur les entreprises et de changer leur façon de faire (leur gestion et ses critères) : pas seulement de parler de secteurs, au contraire de la pensée dominante. Et donc nous n’avons pas des financements publics uniquement « à côté » de ce que font les entreprises, même s’il faut des dépenses publiques directes, mais pour une grande part afin d’amener les entreprises à utiliser leurs profits et leurs crédits autrement. Ce que nous désignons parfois comme des fonds publics « en levier » sur l’action des entreprises, sur l’utilisation de leur argent. Or le chiffrage, tel qu’il nous apparaît, et le non-bouclage du plan font ressortir l’inverse, voire (page 60 dans l’édition du plan en date du 29 novembre) un accompagnement du profit par une simple « compensation » des insuffisances de rentabilité. Au total, il y a une partie où on parle de critères de gestion, mais tel quel le plan ne modifie pas les critères de gestion des entreprises, il fait fonctionner du financement public « à côté » de ce que font les entreprises, sans véritablement changer leurs propres critères.

(2) de considérer le développement de l’emploi et la formation comme un levier pour la transformation écologique, avec le travail, les qualifications et l’inventivité des salariés. Ce n’est pas de considérer l’emploi comme une simple contrainte sociale pour l’acceptabilité des changements et avec des reconversions passives, des emplois supprimés auxquels il faut trouver des secteurs de déversement (Fourastié). C’est d’amener les entreprises à mettre en priorité dans leurs décisions l’emploi et l’écologie, et non le capital et la rentabilité. En cela, c’est une révolution profonde de toute la logique de l’appareil productif. Nous disions pendant la présidentielle, : notre programme, c’est « commencer par l’emploi et la formation ».

Or, non seulement cela n’apparaît pas clairement et la SEF (sécurité d’emploi ou de formation) est essentiellement mise en avant dans une démarche d’accompagnement (éviter les licenciements secs, reconvertir, etc.). Mais en outre, les recrutements de formateurs, totalement indispensables si on veut réussir le plan, ne sont pas chiffrés et sont absents (en lien avec le fait que le plan n’est pas bouclé). Cela devrait en outre avoir des conséquences sur le timing.

(3) de ne pas être pour la décroissance, mais de mettre un tout autre contenu à la croissance. Or n’apparaît nulle part d’hypothèse de croissance du PIB. Quelle est-elle ?

Cela se retrouve dans un financement économique « malthusien », c’est-à-dire uniquement à partir des ressources existantes, sans le recours explicite à la création monétaire. Or, non seulement de cette façon cela ne pourra pas fonctionner, mais en outre l’appel à une création monétaire massive permet de filer la métaphore de l’ambition des « jours heureux » et d’un effort d’ampleur. En effet, à la Libération, de 1944 à 1951 (au moins), c’est une création monétaire massive ― nationale et plan Marshall ― qui a financé la reconstruction, le nouveau modèle social (sécurité sociale, maladie et retraite) et la sortie de crise.

Par ailleurs, le plan semble très impératif pour les modes de vie et comportements individuels, cela renforce les questions sur la démocratie et le caractère « scénario », exemple, du plan proposé. Ceci d’autant plus que les contraintes pour le capital et les entreprises apparaissent beaucoup moins.

(4) Notre quatrième spécificité, c’est d’avancer vers une nouvelle démocratie, avec de réels pouvoirs des travailleurs, y compris sur les banques et les entreprises, jusque sur leurs choix d’investissements et de technologies. Or, d’une part la démocratie et les pouvoirs des travailleurs sont affirmés, mais les choix technologiques et sectoriels sont présentés comme décidés et à être appliqués par la société, ce qui va à l’encontre de nos principes démocratiques et de planification.

(5) Nous sommes réalistes et radicaux, nous prenons la technologie au sérieux et tenons compte des ordres de grandeur, aussi bien sur l’énergie que sur les financements, ainsi que sur le timing, donc sur le bouclage, surtout lorsque l’on se place à horizon de 30 ans. Or, le bouclage et le timing semblent poser problème. C’est pourtant une exigence minimale de rigueur.

(6) Nous sommes internationalistes. Nous dénonçons le rôle des multinationales. Par exemple, d’après Oxfam la contribution des banques françaises aux émissions de gaz à effets de serre par leurs prêts aux différentes industries et activités polluantes est 7 fois plus importante que celle des émissions du territoire France. Car, la contribution de la France ne s’arrête pas à l’empreinte carbone (qui ajoute aux émissions du territoire celles induites pour produire ce qui est consommé en France), mais doit prendre l’ensemble de l’activité mondiale de ses banques et multinationales.

***

Or de ces différents points de vue le texte est contradictoire et pose des problèmes de fond. Il contient deux logiques, parfois convergentes, parfois contradictoires.

Cela se retrouve notamment dans le fait que son financement n’est pas du tout clair ni bouclé, ce qui est pourtant une exigence de rigueur minimale.

En amont de ce qui est dit sur le bouclage du financement, le bouclage des émissions de CO2e n’est pas clair : les investissements en machines-outils et équipements pour construire les usines (celles qui vont fabriquer par exemple, les véhicules électriques, les panneaux solaires, les matériaux de rénovation thermique, etc.) génèrent des émissions à prendre en compte, soit dans la production France, soit dans les importations donc dans l’empreinte carbone. Ce n’est pas clair.

De même le bouclage de l’emploi (comme on l’a relevé plus haut) n’apparaît pas, à savoir les emplois de formateurs indispensables, induits par les formations que le plan préconise.

Quant au bouclage international, il est absent aussi, tant sur le CO2e que sur les aspects économiques.

Le financement

Le financement doit reposer sur la mobilisation des dépenses publiques et privées selon une autre logique que celle de la rentabilité. Or cela n’apparaît pas dans le Plan. L’élément majeur, c’est que nous ne laissons pas les entreprises agir comme elles l’entendent (c’est-à-dire pour la rentabilité financière des actionnaires) avec leurs profits et leurs crédits.

Par ailleurs, on relève quelques incohérences, comme un financement par augmentation des cotisations sociales, qui peut donner l’impression qu’elles seraient détournées de leur objet !

Au total, le bouclage n’apparaît pas. Cela pose un vrai problème de crédibilité. Or nous disposons d’éléments chiffrés et boulés, à partir du travail effectué par la commission économique pour chiffrer le programme de la présidentielle de 2022.

Quelques questions sur les secteurs

Le transport

–           Routier. Les objectifs sur le fret routier sont étonnamment faibles : constance en niveau. Or le fret routier (TRM + VUL) représente 40 % des émissions du transport. D’autant plus que la croissance du transport intérieur de marchandises sur les 30 ans est évaluée (si on lit les graphiques) à environ + 33 %, soit 0,6 % par an ! En parallèle, le fret ferroviaire passerait à 25 % de part modale (en t-km), c’est à dire qu’il retrouverait son poids de 1986, alors qu’il nous faut une véritable révolution du fret ferroviaire… que par définition les organisations syndicales ne peuvent porter, car elles ne se situent pas dans le cadre d’une transformation sociale radicale à 30 ans. Il semble que sur ce point le plan devrait être plus ambitieux, ce qui pourrait d’autant alléger les contraintes sur la mobilité des personnes (il est prévu, dans le Plan, que le parc des véhicules particuliers diminuerait de 8 % ! malgré la croissance démographique et le trend de dé-cohabitation des ménages, ce qui est considérable). Cela va dans le sens de présenter la partie « secteurs » du plan comme quelque chose d’indicatif, comme un scénario parmi d’autres, en annonçant un scénario plus ambitieux sur le fret.

–           Aérien. L’aérien ne représente que 2,5 % de l’empreinte carbone de la France, et peut-être 5 % si on inclut le rôle joué par les traînées blanches. Don,c la baisser de 20 % ne contribue que pour 1 point, maximum, à la réalisation des objectifs, alors que cela pose des problèmes majeurs de liberté de déplacement. On revient à la nécessité d’un objectif beaucoup plus ambitieux pour le fret routier et ferroviaire.

Le point aveugle de l’aménagement du territoire

L’aménagement du territoire est une dimension très importante d’une transition écologique réussie, car il concerne la répartition des activités et des habitats dans l’espace et contraint donc la demande de déplacements. Il faut un aménagement du territoire décongestionnant les métropoles, incitant à la création d’emplois et (ré)installant des services publics, mais aussi privés (tels les commerces) de façon équilibrée sur l’ensemble des territoires, tant les métropoles des métropoles, qui vivent spécialisation spatiale à outrance en leur sein avec des disparités considérables, que dans les territoires ruraux. Elle peut réduire considérablement les kms parcourus pour l’activité professionnelle et pour la vie courante, à étalement urbain comparable. La « dé-métropolisation » est envisagée dans le document, mais seulement pour l’enseignement supérieur. Déployée en grand angle pour l’ensemble des services publics qui ont déserté les territoires ruraux et les banlieues populaires, accompagnée d’une politique de réinstallation d’activités et d’emplois, elle est de nature à réduire considérablement les kms voyageurs et marchandises parcourus, et par là même les consommations électriques liées à la décarbonation des transports.

Il manque une grande partie de la contribution de la France au réchauffement.

C’est celle des multinationales sous contrôle français par leur production à l’étranger au-delà de l’empreinte carbone (environ la moitié de leurs ventes sont à l’étranger et la moitié de leur emploi, donc au moins la moitié de leur production et émissions de CO2e).

Cela nous amènerait à proposer un objectif plus large que celui proposé par le gouvernement.

Pour l’industrie, leur partie à l’étranger pèse 66 % de l’emploi de leurs entreprises en France, mais on peut estimer à un tiers leur ré-importations, qui sont, elles, comptées dans l’empreinte, donc l’équivalent de 33 % de la production en France n’est pas comptée et constitue une contribution « élargie » de la France aux émissions. Un part de celle-ci est réalisée « au Sud », elle est probablement plus polluante qu’en France, surtout par l’activité générée pour leurs sous-traitants situés à l’étranger. Pour l’industrie, on peut appliquer ces ratios, donc il faudrait traiter encore au moins 25 MtCO2e par an. Pour l’industrie pétrolière française située à l’étranger, il faut une évaluation spécifique. Et pour les banques ce serait encore au-dessus (7 fois le total France d’après Oxfam, en comptant le crédit aux compagnies pétrolières). Ce ne sont que des ordres de grandeurs, mais ils montrent le phénomène et qu’il faut en tenir compte, dans une optique internationaliste et anti-colonialiste qui est la nôtre.

Dans le même sens, la position du plan sur la taxe carbone aux frontières et son utilisation, tant politique qu’économique, n’est pas claire.

Nucléaire.

La mise en œuvre du nucléaire de 4ème génération semble sous-estimée. On pourrait répondre qu’une variante pourra être introduite. Il semble que cela révèle une seconde chose : la sous-estimation du rôle des incitations économiques pour stimuler la recherche et ses débouchés. Actuellement, la recherche est dominée par les objectifs de rentabilité financière des actionnaires à court terme. En conséquence, de nombreuses voies ne sont pas explorées du tout, comme on a pu le voir pour le médicament avec l’abandon au milieu des années 2010 du financement de presque toutes les recherches sur un type de virus qui englobait celui de la covid19. Dégager beaucoup plus de moyens pour la recherche est décisif, tant pour le nucléaire de quatrième génération (réutilisation des déchets) que sur

Ce qui reste à faire pour aboutir à un plan climat

Les liaisons économiques conformes à nos objectifs de transformation ne sont pas intégrées dans les modèles climatiques. Cela a pour conséquence une prédominance des liaisons techniques et des rapports physiques dans les enchaînements de causalité. Or les technologies ne sont pas neutres, elles ne sont pas hors du système économique, elles dépendent de choix économiques, motivés par les coûts, l’organisation de la recherche, les positions dominantes de marché, la facilité d’utilisation, parfois aussi, car en cas de concurrence entre des technologies de réseau, c’est la plus utilisée, pas forcément la plus performante, qui l’emporte.

Or l’économie n’est mobilisée dans les modèles climatiques que pour étudier les financements ou pour évaluer l’acceptabilité sociale de la transition.

En intégrant notre ambition de transformation économique dans un modèle climatique, avec de nouveaux critères de gestion des entreprises et des pouvoirs de décision dévolus aux salariés sur les stratégies et sur l’utilisation de l’argent, seraient modifiés de façon radicale :

1-la relation quantitative entre l’emploi et le niveau d’activité : nous récusons les estimations du SGPE sur les évolutions d’emplois liées aux mutations technologiques, car elles sont faites sur la base des rapports de production actuels, où les dépenses en capital sont faites contre l’emploi. Il est dit dans le texte : « Le plan climat intègre la réindustrialisation et le développement de l’emploi … La transition prévue dans ce plan sera harmonieuse et se préoccupe de l’emploi. L’étalement de la charge d’investissement nécessaire permet une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. » L’emploi n’est pas qu’une «préoccupation », il est la condition sine qua non de la transition ; il n’est pas une conséquence éventuellement négative qu’il conviendrait de minimiser, il est le socle du changement.

2-les enchaînements qualitatifs provenant d’une autre conception de la productivité[3]. Avec le développement des capacités humaines, l’éradication du chômage, de la précarité, de l’insuffisance de formation, et l’élimination progressive du gâchis des compétences associé aux restructurations, à l’organisation actuelle du travail, et des déperditions de connaissances générées par la concurrence, deux changements majeurs peuvent advenir dans les trajectoires technologiques :

  • des options plus nombreuses, entretenues plus longtemps, avec des procédures de choix plus collectives et réalisées avec d’autres critères que le taux de rentabilité. Or «le plan s’appuie sur des technologies éprouvées, matures ou quasi-matures. Il ne complexifie pas le mix électrique au point de le rendre irréalisable et prendre un risque inconsidéré d’échec ». Le présupposé de constance technologique sur un horizon assez long de 30 ans accentue le déterminisme technologique induit par l’insuffisance d’intégration des variables économiques ;
  • une élévation des qualifications permettant d’anticiper les évolutions technologiques et les reconversions qui les accompagnent, et de les gérer dans des conditions non seulement de sécurité pour les travailleurs, mais d’épanouissement des individus et des collectifs de travail, avec la SEF.

Dans l’état actuel du « plan climat pour le France empreinte 2050 » proposé par le PCF, les logiques technologiques et économiques ne sont pas intégrées, elles s’entrecroisent, en étant traitées soit en parallèle, c’est le cas de la planification, soit conduites selon des logiques contradictoires, c’est le cas de l’approche sectorielle qui s’oppose à l’approche par les entreprises. L’emploi n’ayant pas la place centrale qu’il occuperait dans un processus de dépassement des rapports capitalistes de production, il s’ensuit une démarche qui relève davantage de l’adaptation aux conditions techniques et économiques actuelles que d’une réelle transformation.


[1] Dans une tribune publiée le 26 septembre dans Le Monde, plusieurs scientifiques, dont Yves Bréchet et Alain Aspect, appellent à un effort sans précédent, « un nouveau projet Manhattan », et insistent sur l’exigence de développer de nouvelles technologies : « l’Agence internationale de l’énergie (IEA) nous alerte : 40 % des technologies nécessaires à la transition environnementale ne sont pas à un niveau de maturité suffisant. L’agence donne l’exemple de l’électrolyse de l’eau de mer pour la production d’hydrogène, des batteries au sodium, de la captation ou conversion du CO2 ou encore du stockage de la chaleur. Malheureusement, bien loin de contribuer à la transition, nombre de ces « technologies stratégiques » sont encore au stade d’expériences de laboratoire menées par quelques scientifiques aux moyens modestesComme  ».

[2] Chiffre cité dans la version du plan diffusée le 29 novembre. Celle du 6 novembre faisait état de 193 milliards.

[3] Il faut savoir que dans les modèles macro-économiques, la productivité apparente du capital (son « efficacité ») est considérée comme constante, soit explicitement, soit implicitement, et que tout l’effort porte sur la productivité apparente du travail vivant. Alors que les modélisateurs macro-économiques savent bien, même s’ils l’ont parfois oublié, qu’une « variante » avec productivité du capital plus élevée améliore à peu près tous les résultats, sauf peut-être la rentabilité financière… Cela montre bien où doit porter l’effort de la société !

4 Comments

  1. Bonjour,
    Je m’en tiendrais à une remarque de fond. Croire que nous pouvons changer de société et résoudre la question écologique en continuant la croissance, donc la hausse du PIB est une erreur? C’est globalement rester dans le système actuel et être incapable d’avancer des pistes pour un autre mode vie, une autre société non basée sur le toujours plus de production et de consommation, maintenant la polarisation du système. Le bonheur n’est pas de consommer toujours plus (c’est la logique capitaliste). De plus notre mode de vie est insoutenable pour tous les gens dans le monde. La transition écologique telle que proposée n’est viable en terme de matières premières notamment. La décroissance, n’est pas, à mon avis synonyme de régression, mais au contraire de construction d’un autre mode de vie prenant en compte le social, l’économie et l’environnement, c’est sortir par le haut du capitalisme. Le projet actuel ne fait que conforte le capitalisme et ne le corrige qu’à la marge. La gauche, et particulièrement le PCF, doivent proposer des pistes d’une autre société, d’un autre mode de vie pour espérer dépasser les 30 % (les 3% pour le PCF) lors des échéances électorales. Cette révolution sociale et écologique s’inscrit le moyen et long termes, mais c’est dès maintenant qu’il faut engager les changements…

  2. Sans faire un débat ici, la référence faite par Frédéric au développement durable est caractéristique des ambiguïtés du PCF sur la question écologique. Le DD, notion datant de près d’une cinquantaine d’année, n’a jamais remis en cause le capitalisme mais cherche à le rendre durable et à pousser le « développement » (sous entendu le développement capitaliste « occidental ») à l’ensemble de la planète ! De plus les propositions faites notamment dans le rapport Brundtland n’ont jamais été réellement appliquées et sont obsolètes par rapport à la situation actuelle beaucoup plus dégradée. Cette logique soutient le « toujours plus » mais « durable » comme en matière énergétique donc le nucléaire devient indispensable. La question écologique et sociale est bien celle du renversement de cette logique, l’économie étant au service de cette nouvelle voie

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