Sous-traitance automobile
GMD (Groupe Mécanique Découpage) :
Une bataille politique urgente !

Évelyne Ternant
économiste, membre du comité exécutif national du PCF

Le groupe GMD (Groupe Mécanique Découpage), un des principaux sous-traitants de la filière automobile, est endetté et insolvable puisque lâché par les banques. Le repreneur potentiel n’est autre que Pierre-Edouard Stérin, le financier d’extrême-droite !

Stérin cherche « un coup financier » avec la reprise de GMD ; il n’a que faire de l’avenir de la filière automobile. En démantelant le groupe et en le vendant à la découpe, il pourrait espérer une plus-value de 400 millions d’euros !

GMD (Groupe Mécanique Découpage), un sous-traitant automobile de référence

GMD est un sous-traitant automobile important, implanté à travers le monde dans 14 pays (dont Chine, Allemagne, Maroc, Hongrie, Roumanie, Espagne, Slovaquie, Mexique, Portugal, République tchèque) sur 35 sites dont 15 en France (voir annexe 1) : 5 000 salariés, dont 1 825 en France. Le groupe est organisé en trois secteurs d’activité en référence à trois métiers industriels :

– la fonderie d’aluminium sous pression, pilotée par la holding GMD Eurocast ;

– l’emboutissage de pièces techniques et complexes à haute valeur ajoutée, pilotée par la holding GMD Stamping ;

– le plastique & cuir, avec la production de pièces en plastique et le gainage en cuir pour l’habillage intérieur et extérieur des voitures. Ce secteur est piloté par la holding GMD Plast, et le pôle Plastique & Cuir se déploie dans le monde entier sous la marque Eurostyle Systems.

Le groupe GMD a été créé en 1986 par un industriel, Alain Martineau, avec pour activité principale le découpage-emboutissage, et a grossi très vite par rachat de sous-traitants en difficulté, en se diversifiant dans de nouvelles activités, au prix d’un endettement croissant. Une croissance externe probablement mal maîtrisée, avec des sites en difficulté et en besoin d’investissement et d’innovation.

Sous l’effet conjugué du creux de cycle conjoncturel dans l’automobile, des délocalisations des constructeurs automobiles et de leurs stratégies d’approvisionnement, et d’une dette de 400 millions d’euros, soit 50 % du chiffre d’affaires, le groupe est aujourd’hui lâché par les banques, donc insolvable, avec des situations de rentabilité différenciées selon les activités et les sites. Le chef d’entreprise Alain Martineau, âgé, veut céder le groupe, ce qui est d’ailleurs une exigence des banques, qui ne prêteront pas d’argent au sortant.

Le seul repreneur sur les rangs, en dehors d’un consortium chinois dont le siège est en France et dont le gouvernement ne veut pas, est Pierre-Edouard Stérin, le financier d’extrême-droite qui porte en particulier le projet Périclès de formation des cadres du RN pour gagner les municipales (voir dossier de L’Humanité du 19 juillet 2024).

GMD ne doit pas devenir propriété du financier Pierre-Edouard Stérin !

Stérin est un financier, avec les méthodes sans scrupule de la finance, animé d’une volonté farouche de faire diffuser dans la société les idées d’extrême-droite. Il utilise une bonne partie de l’argent de ses affaires au service de ce projet de société.

Un financier comme les autres, qui place de l’argent pour faire de l’argent !

Il a beau être d’extrême-droite : le « patriotisme » économique, connais pas ! C’est un exilé fiscal (en France). La croissance de sa fortune est récente et rapide : Challenges estime sa fortune à 100 millions d’euros en 2017, puis 800 millions d’euros de 2018 à 2020. En 2022, elle est d’un milliard d’euros, faisant de Stérin le 113ème Français le plus fortuné. En 2024, elle est estimée à 1,2 milliard d’euros.

Il a commencé sa carrière dans les salles de marché à la Société Générale, sur les produits dérivés (les plus spéculatifs) et s’est vite mis à son compte, avec au départ une vingtaine de projets entrepreneuriaux qui se soldent par des échecs.

Après un séjour aux États-Unis pour observer les tendances de marché, le démarrage véritable de sa carrière de financier se fait sur le développement d’un concept : le « coffret cadeau », qui après de multiples péripéties devient Smartbox, est implanté en Europe, aux États-Unis et au Canada, et propose des séjours en tous genres : bien-être, sport, gastronomie, aventures. Le siège de la société est implanté en France. Là encore, pas de problème moral avec l’évasion fiscale. Stérin ne dirige plus la société mais en est l’actionnaire principal.

C’est à partir des dividendes tirés de Smartbox que Stérin construit sa toile financière depuis 15 ans. D’abord en achetant en 2008 une start-up « La Fourchette », un service de réservation en ligne de restaurants, qu’il revend en 2014 à la plateforme bien connue Tripadvisor, en récupérant 8 fois la mise de départ sur La Fourchette (en 6 ans).

L’instrument financier du projet politique de Stérin est créé avec le fonds d’investissement Otium Capital en 2011 (Otium signifie « loisir » en latin). Ce fonds est ce qu’on appelle un « family office », un fonds entièrement contrôlé par une famille, mais qui par ses prises de participation exerce une influence parfois prépondérante sur des sociétés : une trentaine actuellement, souvent des start-ups, avec une forte spécialisation dans les services en ligne.

Cette orientation est confirmée avec le lancement par Otium Capital fin 2022 du fonds Resonance, dédié à des investissements dans le secteur de la « French Tech », qui est un label délivré aux start-ups. Resonance est la source de financement du projet idéologique de Stérin puisque les bénéfices sont reversés en partie dans la constellation des fonds « associatifs » et des médias par lesquels il entend imprégner la société française des idées d’extrême-droite. Il entend même consacrer une part importante de sa fortune à cette mission évangélique, quitte – selon ses dires – à déshériter ses enfants.

Pour conclure sur le côté financier du personnage, on peut citer le commentaire de la journaliste de L’Express Camille Vigogne-Le Coat, peu suspecte d’animosité anti-patronale : c’est « un patron aussi intelligent que tranchant » qui « ne s’embarrasse pas de morale chrétienne » quand il s’agit de licenciement.

La finance de Stérin au service de l’extrême-droite

À l’instar d’un Elon Musk ou d’un Jeff Bezos (PDG d’Amazon), même si l’échelle financière est sans commune mesure avec celle des patrons des GAFAM, Stérin entend user de son pouvoir financier pour constituer un pouvoir d’influence qui va bien au-delà de la préservation de ses intérêts économiques : c’est le même projet libertarien, prétendument hostile à toute intervention de l’État dans l’économie, mais où le transhumanisme des patrons des GAFAM est remplacé par un intégrisme religieux catholique et identitaire : anti-avortement, pour le retour des femmes au foyer, proche de la Manif pour tous, adepte de la théorie du grand remplacement. D’après Mediapart, Stérin suit l’exemple de Vincent Bolloré, et « utilise sa fortune pour évangéliser la France ». Plus que cela encore, il ambitionne grâce à sa fortune d’aider l’extrême-droite à accéder au pouvoir en France, en associant la diffusion du projet idéologique, l’action d’un réseau associatif humanitaire et une intervention directe dans la recomposition politique et la formation des cadres.

Des financements associatifs idéologiquement homogènes

En 2019, il cofonde la « Nuit du bien commun », un fonds de dotation à but non lucratif qui finance des structures très homogènes telles que :

– des établissements privés hors contrat (dont certains ont fait l’objet d’accusations de violences sur mineurs et de racisme),

– des associations identitaires et anti-avortement,

– la chaîne YouTube « Je révise avec toi » qui enseigne l’histoire avec une vision politique de droite,

– l’application « Canto » qui diffuse des chants militaires fascistes espagnols ainsi que de la France nazie.

En 2021, Stérin crée le « Fonds du bien commun », qui d’ailleurs bénéficie de la déduction fiscale bien que lui-même soit exilé fiscal, pour financer les organisations caritatives sous contrôle de la diffusion de la « bonne parole », l’inclusion des personnes en situation de handicap, le soutien aux personnes en dépression, la prévention des ruptures conjugales, etc.

Des visées sur les médias contrariées par un autre vautour financier

Ses acquisitions médiatiques se multiplient :

– des médias d’extrême-droite en ligne : Néo, puis Factuel, à partir de 2023 ;

– entrée au capital de la chaîne YouTube « Crayon » ;

– financement de « l’Institut libre du journalisme », tenu par deux journalistes de Notre Dame, qui accueille Geoffroy Le Jeune, le journaliste d’extrême-droite de Valeurs Actuelles. Cet institut est décrit par Le Monde comme « une pépinière parisienne de la droite catholique et identitaire [qui] forme une jeunesse de conviction conservatrice pour réinvestir le champ journalistique » ;

– en février 2024, il rachète le groupe Marmeladz, une agence d’influenceurs web.

Mais il se fait doubler par Daniel Kretinsky, homme d’affaires tchèque, coqueluche actuelle des marchés financiers, pour deux achats : celui du groupe d’édition Editis, et celui de l’hebdomadaire Marianne, où la rédaction s’oppose à l’unanimité à cet achat.

Un projet politique d’alliance des droites

Par ses rencontres avec des personnalités de droite et d’extrême-droite (Wauquiez, Ciotti, Retailleau, Zemmour, Lisnard, Bellamy), ses « apéros du bien commun » qui réunissent des grands patrons, des responsables du monde associatif catholique et des personnalités de droite et d’extrême-droite, il entend jouer un rôle de plus en plus direct dans la recomposition politique droite – extrême-droite, ne cachant pas son objectif :

– mettre au pouvoir en France une alliance de l’extrême-droite et de la droite libérale conservatrice ;

– investir une partie de sa fortune sur une personnalité politique choisie après un « tour du marché politique ».

C’est avec le RN que les liens les plus étroits sont tissés, même si son projet Périclès, dévoilé par l’Humanité du 19 juillet 2024, vise plus large :

– permettre la victoire idéologique, électorale et politique de l’extrême-droite tout en combattant « socialisme, wokisme, islamisme, immigration » ou la « laïcité agressive » ;

– former et soutenir des candidats du RN, mais aussi des candidats indépendants pour remporter les élections municipales françaises de 2026, dans une stratégie d’action beaucoup plus large qui prévoit d’agir « à tous les niveaux de la société – juridique, médiatique, politique et administratif ».

Stérin porte un projet d’ordre moral intégriste et fascisant qu’il cherche à mettre méthodiquement en place, en prenant appui sur la tête de pont du RN, avec lequel des liens financiers ont été noués lors de la vente de la maison des Le Pen à Rueil-Malmaison (2,5 millions) facilitée par le fonds Otium Capital, dont le numéro 2, François Durvye, est par ailleurs conseiller économique de Bardella, et co-rédacteur avec Jean-Philippe Tanguy du programme du RN pour les législatives.

Voilà qui est Stérin, repreneur potentiel de GMD !

Que vient faire Stérin dans la sous-traitance automobile ? Certainement pas du développement industriel !

La recherche du coup financier

Stérin est un pur financier, ses participations actuelles sont concentrées dans les start-ups numériques qui sont à l’opposé d’une industrie à forte intensité capitalistique comme la filière automobile. Pourquoi investir alors dans une industrie à un moment de mutation et de crise où l’ensemble de la filière automobile française se délocalise massivement ?

L’hypothèse selon laquelle Stérin, au nom de la défense de la souveraineté industrielle française, aurait l’ambition de restaurer durablement une filière menacée, dans la durée au prix d’une faible rentabilité, est à rejeter, car sa trajectoire professionnelle dans la finance témoigne d’une recherche permanente d’optimisation des investissements dans le court terme, et son patriotisme économique s’arrête là où commence la prise en compte de son intérêt financier.

L’hypothèse la plus probable est celle d’un « coup financier » à faire sur GMD, recherché par Stérin. Prenant appui sur la situation de crise de l’automobile, Stérin pose des conditions invraisemblables de reprise.

L’exigence d’un énorme cadeau pour reprendre GMD

Stérin pose trois exigences pour reprendre GMD :

1. Le rachat du groupe à l’euro symbolique !

Que des activités de sous-traitance de 35 sites, qui constituent un soubassement en fonderie, emboutissage et pièces plastiques & cuirs indispensables à la filière automobile, pour lesquelles l’expérience, les savoir-faire et compétences technologiques de 5 000 salariés se sont accumulées et transmises au cours de 40 ans, soient considérées comme ne valant rien est révélateur du système capitaliste. La jauge n’est pas l’utilité sociale réelle de l’activité, mais sa capacité à produire immédiatement une rentabilité équivalente à celle des marchés financiers.

On se souvient du scandale provoqué en 1996 par le projet de privatisation de Thomson, que le gouvernement Juppé voulait céder pour le franc symbolique au groupe Lagardère. Juppé, en défenseur zélé d’une pure logique financière, avait expliqué : « Thomson Multimédia ça vaut un franc symbolique après recapitalisation, parce que dans l’état actuel des choses, ça ne vaut rien : ça vaut des dettes, ça vaut 14 milliards de dettes ». Les mobilisations des salariés et la bataille idéologique sur la « valeur d’une entreprise », argumentant sur les compétences technologiques des salariés et le réseau commercial, avaient empêché que l’entreprise publique soit ainsi bradée, même si les politiques libérales finiront par réussir ultérieurement à démanteler le groupe et à le privatiser.

Il faut d’emblée s’insurger contre le principe de la vente de GMD à l’euro symbolique à un acteur privé.

2. L’abandon par l’État du recouvrement des prêts garantis par l’État (PGE) accordés pendant le Covid.

Stérin exige l’apurement d’une bonne partie des 400 millions de dettes de GMD. Sur ces 400 millions de dettes, 20 % sont constitués par des PGE, soit entre 70 et 80 millions d’euros. L’État serait d’accord pour cet abandon de créance mais cet abandon pourrait être « retoqué » au niveau européen, en tant que subvention déguisée.

3. Le renoncement par les banques à une partie du recouvrement de leurs prêts.

Actuellement, la négociation sur la reprise, qui est supervisée par Bercy, achoppe sur ce troisième point d’exigence de Stérin : l’apurement de tout ou partie des dettes bancaires, les propositions bancaires n’étant pas jugées à hauteur suffisante par Stérin.

Objectif plus-value financière ?

Le « coup financier » recherché par Stérin pourrait prendre deux voies de réalisation qui peuvent d’ailleurs être combinées :

1. La revente des bâtiments et machines acquises pour rien : plus-value possible de 400 millions d’euros.

2. Une restructuration financière sévère se débarrassant des branches les moins rentables.

Les constructeurs ne souhaitent pas le dépôt de bilan du groupe, dont certaines productions ne sont pas facilement remplaçables à court terme et qui leur ferait perdre quelques créances. Une opération de reprise à visée financière mais qui évite le dépôt de bilan et préserve les quelques niches qui les intéressent peut converger avec leurs intérêts.

Une bataille politique urgente

L’urgence est de sortir le groupe BMD des griffes de Stérin. D’autre part, un démembrement du groupe ferait des dégâts sociaux et industriels considérables. Compte tenu des enjeux économiques et politiques du dossier, le PCF pourrait donc avancer les orientations suivantes :

1. La nationalisation de GMD

Il est inacceptable qu’une cession au secteur privé d’entreprises utiles économiquement et socialement se fasse non seulement à titre gratuit, mais soit en plus subventionnée, par l’argent public et celui des banques – qui est aussi le nôtre. La cession à l’euro symbolique, que l’actuel propriétaire est prêt à accepter, doit se faire au profit de la puissance publique. Cette entreprise GMD, résultat du collectif de travail de générations de salariés depuis 40 ans, est un bien commun. Le coût de l’apurement des dettes des PGE et d’une partie de celle des banques justifie totalement cette proposition.

Il faut donc

– mettre en cause le gouvernement qui s’apprête à subventionner Stérin pour mettre la main sur GMD et en tirer du cash qu’il mettra en partie à disposition du projet de société de l’extrême-droite ;

– exiger une nationalisation de GMD.

On peut dans ce cadre envisager que certains sites disposant d’une autonomie de gestion soient repris en Scop tout en continuant de constituer une unité avec le reste du groupe sous la forme d’un groupement d’intérêt économique (GIE).

Les conditions financières de la maîtrise publique doivent s’appuyer sur les conditions faites à Stérin : cession à l’euro symbolique, abandon de tout ou partie des dette bancaires passées, abandon des dettes liées aux PGE (prêts garantis par l’État, qui pourraient être transformés en participation au capital.

La presse dit que Stérin apporterait 40 millions d’argent frais. À supposer que ce soit une évaluation fiable, exigée par les banques pour continuer à financer l’entreprise et en particulier les investissements nécessaires à la nouvelle motorisation électrique, BPI France peut très bien apporter ces fonds sous forme de participation au capital. Avec 120 millions de recapitalisation, dont 80 en abandon de créances et 40 millions en argent frais, les fonds propres qui étaient, avant l’accumulation des déficits, de 95,3 millions d’euros en 2020 et sont tombés à 14,7 millions en 2023, retrouveraient un niveau supérieur à 2020.

2. L’engagement des constructeurs automobiles Renault et Stellantis

La viabilité de GMD est très dépendante des stratégies d’implantation et d’approvisionnement des constructeurs Renault et Stellantis. L’aide publique qu’ils reçoivent et la participation de l’État à leur capital (directement pour Renault à hauteur de 15 % et par l’entremise de la BPI-France pour Stellantis à hauteur de 6,2 %) sont des leviers qui peuvent être utilisés pour peser sur leurs choix. Les constructeurs devraient être contraints à une charte de sous-traitance, incluant des contrats d’approvisionnement pluriannuels, des délais de paiement contraignants et des prix conformes aux coûts de production réels des sous-traitants.

Une table ronde tripartite Etat-constructeurs-organisations syndicales devrait être exigée en urgence.

3. Un audit indépendant des logiques patronales

Un état des lieux de chacune des trois branches de GMD et de leurs sites, mené par un organisme indépendant des officines patronales et associant largement l’expertise des salariés, devrait être organisé pour évaluer les opportunités de développement, de diversification, ainsi que les formations et les investissements nécessaires pour ce projet industriel. L’audit permettrait de faire converger les intérêts des salariés des différents sites et unifier leur lutte.

Un tel audit est d’autant plus nécessaire que le patron de GMD a toujours entouré les données financières du groupe d’une très grande opacité (voir encadré 1).

4. Une gouvernance démocratique

Une nationalisation n’est pas une étatisation. Confier par exemple à BPI France le sort de GMD ne changerait pas grand-chose aux destructions industrielles d’un patron privé, car la BPI applique les mêmes critères de retour d’investissement et de rentabilité que les banques.

Il faut donc proposer une gouvernance démocratique de GMD, associant les syndicats des salariés, une représentation des élus des territoires concernés par les sites, les services publics concernés par l’emploi et la formation. La nationalisation ne doit pas être conçue comme une mesure défensive de sauvetage temporaire, mais comme le moyen d’une avancée sociale innovante.

Résumons la bataille globale sur GMD : faire échec à l’accroissement d’un empire financier au service de l’extrême-droite en faisant monter l’exigence d’une nationalisation, à gouvernance démocratique, avec un projet de développement industriel partagé garanti par des contraintes d’implication imposées aux constructeurs automobiles.

Encadré 1
Quelques éléments d’analyse
sur la situation économique
et financière de GMD
à partir des comptes publiés en 2023

Le groupe comporte 15 sites en France dans trois secteurs d’activité – fonderie, emboutissage, plastique, cuirs – contrôlés par la holding du groupe, totalement contrôlée par le famille Martineau à travers une société d’investissement qui contrôle aussi19 sociétés, principalement des sociétés immobilières.

A côté des 15 sites industriels français bien identifiés de GMD, il y a donc une galaxie de sociétés liées à la holding, dans des activités non industrielles, où la famille Martineau est très présente. La mise en évidence des flux financiers entre la holding et ces sociétés familiales serait nécessaire, d’autant plus que, selon un site d’information sur les sociétés, deux transformations juridiques du groupe,malheureusement inaccessibles de l’extérieur, seraient intervenues aussi récemment que le 7 février 2025.

Un audit approfondi sur le fonctionnement du groupe GMD pourrait clarifier des résultats financiers fluctuants, notamment les écarts significatifs entre les résultats de la holding et ceux consolidés du groupe. Ces variations suggèrent des flux financiers importants entre les filiales et la holding.

Après plusieurs années de résultats nuls ou déficitaires, la holding GMD a enregistré un redressement spectaculaire en 2023, avec un résultat net de 22,8 millions d’euros, compensant ainsi les déficits antérieurs. Ce bénéfice est principalement dû à un résultat financier élevé, malgré un résultat d’exploitation négatif, laissant supposer des prélèvements importants sur les filiales.

Les comptes consolidés donnent une autre image : proche du milliard d’euros en 2023, le chiffre d’affaires connaît une progression régulière hors année de confinement. La rentabilité opérationnelle s’est dégradée depuis 2020. En réalité, la viabilité économique dépend fortement des négociations avec les donneurs d’ordre. C’est pourquoi elle se redresse en 2023 grâce à une renégociation des prix avec les clients pour tenir compte de l’inflation et des coûts énergétiques.

Malgré ce redressement, le résultat net est négatif en 2023, en raison de charges financières et d’amortissements élevés.

La dette diminue régulièrement, passant de 521 millions d’euros en 2020 à 400 millions actuellement. La capacité de remboursement s’améliore, mais les déficits passés ont réduit les fonds propres, affectant l’autonomie financière.

Lors de l’assemblée générale des actionnaires, le 30 septembre 2024, il n’est évoqué à aucun moment la cession de l’entreprise !

Sur la base des comptes publiés en 2023, on peut estimer qu’il n’y a pas de problème majeur de viabilité économique du groupe, en dehors du risque global sur le secteur automobile. Mais il y a une situation financière dégradée, héritée des années précédentes, pour deux raisons :

– les chocs de la pandémie et de l’inflation ont été reportés sur les sous -traitants du type GMD, avec un retard dans l’ajustement des prix par les donneurs d’ordre ;

– l’endettement très important du groupe, dont il serait intéressant de reconstituer l’historique, même s’il s’est réduit fortement depuis 3 ans, pèse fortement sur le résultat net. Il semble que les banques aient précipité la cession en refusant toute nouvelle renégociation des dettes et tout nouveau crédit au chef d’entreprise actuel.

Les deux facteurs structurants pour l’avenir de l’entreprise sont donc :

1- L’engagement des constructeurs et sous-traitants assembleurs à garantir en volume et en prix respectant les coûts de production la pérennité des débouchés.

 2- L’allègement de l’entreprise de tout ou partie de ses dettes passées, et la poursuite des crédits nécessaires au fonctionnement actuel et à la transition électrique.

Encadré 2 :
Le cas particulier
du site de Molinges (Haut Jura)

Il y a trois sites GMD en Bourgogne-Franche-Comté : un dans le secteur fonderie, dans le Territoire de Belfort (à Delles), et deux dans le secteur plastique & cuir, à Sens, dans l’Yonne, et à Molinges, dans le Haut Jura, près de Saint-Claude, dans la circonscription législative où l’autrice de cet article, soutien actif des mobilisations des salariés Eurostyle Systems Molinges, est candidate à une élection partielle, après l’annulation du scrutin de 2024 auquel elle avait participé.

La situation du site de Molinges est particulière. La qualité en compétences et implication du personnel, la spécialisation sur de petites pièces plastique de qualité, l’avantage technologique sur un procédé de peinture très performant font que le site a un avenir, un avis corroboré par l’ouverture de nouveaux débouchés dans les produits haut de gamme, comme les rétroviseurs pour la marque de voitures Bentley ou les bouchons de flacons de shampoing Christine Hess.

Alors qu’un plan de licenciement des 100 salariés coûterait 3 millions d’euros, sans compter les effets catastrophiques sur le territoire, le carnet de commandes donne une visibilité sur trois ans, ce qui pourrait donner le temps de poursuivre la diversification pour remplacer les clients constructeurs automobiles en cas de sortie du groupe GMD. Toutefois, séparer le site de Molinges de l’ensemble GMD poserait plusieurs problèmes. La solution de maintien dans l’ensemble GMD, nationalisé, semble assurer les meilleures garanties de pérennité au site.

En cas de sortie de l’ensemble GMD, soit dans le cadre d’une reprise par Stérin, soit dans le cadre d’une nationalisation partielle, ne pourrait-on pas proposer la reprise par les salariés en SCOP, qui n’auraient aucun apport financier à faire, en gardant l’actuelle direction de l’usine ? L’outil de production construit par le travail des salariés serait l’objet d’une appropriation collective, et non privée, avec en plus, l’expérimentation de la démocratie sociale.

Dans ce cas, le maintien d’une cohérence industrielle au sein de la filière automobile pourrait prendre la forme d’un GIE (Groupement d’Intérêts Économiques) permettant la coopération industrielle avec le reste du groupe tout en garantissant l’autonomie stratégique du site.

Cette solution SCOP + GIE pourrait d’ailleurs intéresser d’autres sites de GMD. L’audit permettrait de faire le point sur ces éventualités.

Annexe 
Les sites GMD en France

GMD Emboutissage

– Oise : Luchard Industrie SASU – Grandvillers

– Creuse : LS Industrie SASU (issu du démantèlement de GMSE) – La Souterraine

– Eure : RMC Industrie SASU – Gisors

– Eure : Mottas Industrie SASU – Gaillon

– Eure : Veron International SAS – Gisors

GMD Fonderie : Eurocast

– Corrèze : Eurocast Brive SASU – Brive-la-Gaillarde

– Indre : Eurocast Châteauroux SASU – Le Poinçonnet

– Territoire de Belfort : Eurocast Delle SASU – Delle

– Rhône : Eurocast Lyon SASU – Vaulx-en-Velin

– Ain : Eurocast Reyrieux SASU – Trévoux

– Haute-Savoie : Eurocast Thonon SASU – Thonon

Plastique & Cuir

– Indre : Eurostyle Systems Châteauroux SASU – Châteauroux

– Indre : Eurostyle Systems Tech Center SASU – Châteauroux

– Nord : Eurostyle Systems Valenciennes SASU – Saint-Amand

– Jura : Eurostyle Systems Molinges SASU – Molinges

– Yonne : Eurostyle Systems Sens – Saint-Clément