Stablecoin : une arme de dollarisation numérique

Yves DIMICOLI

La loi fédérale états-unienne dite GENIUS Act1, initiée par les grands patrons de l’industrie crypto2 et ardemment promue par Donald Trump, a été largement adoptée de façon bipartisane le 17 juin dernier par le Sénat américain, puis le 17 juillet par la Chambre des représentants. Il s’agit du premier grand texte législatif à créer un cadre légal pour promouvoir un crypto-actif, le stablecoin de paiement adossé au dollar. Dans un communiqué triomphant, la Maison-Blanche a souligné qu’il s’agit d’» une loi historique qui ouvrira la voie aux États-Unis pour mener la révolution mondiale de la monnaie numérique », ajoutant qu’» en stimulant la demande de bons du Trésor américain (…) les stablecoins joueront un rôle crucial pour assurer la domination mondiale continue du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale »3.

Qu’est-ce qu’un stablecoin ?

C’est un crypto-actif émis par des entreprises privées. Contrairement aux « cryptomonnaies » classiques, telles que le Bitcoin ou l’Ether4, extrêmement volatiles, il est conçu pour minimiser la variabilité de son prix grâce à son arrimage à une monnaie fiduciaire5 ou à un produit matériel. Selon une enquête internationale de Visa, 98,97 % de tous les stablecoins dans le monde sont liés au dollar américain6.

Il existe trois catégories de stablecoins :

  1. ceux adossés à des monnaies fiduciaires comme Tether (USDT) et USDC Coin (USDC) : Ils sont garantis par des réserves, le plus souvent en dollars américains ou en actifs financiers « liquides et peu risqués » comme les bons du Trésor des États-Unis à court terme (T-bills). Ils promettent une convertibilité à la demande au pair (1 :1) des jetons numériques (tokens) qu’ils émettent à destination des utilisateurs ;
  2. ceux adossés à des crypto-actifs, comme l’Ethereum (Ether) : La valeur qu’ils véhiculent est maintenue par des mécanismes de collatéralisation (engagement d’un actif en tant que garantie contre un prêt, par exemple) via des protocoles décentralisés ;
  3. ceux dits « algorithmiques », qui, dépourvus de collatéral explicite, reposent sur des mécanismes de régulation automatique de l’offre afin d’en stabiliser le prix. Leur viabilité est toutefois très contestée depuis l’effondrement du Terra USD en 2022.

Avec un taux de croissance annuel composé de l’ordre de 65 % (depuis 2021), la capitalisation boursière mondiale des stablecoins a franchi la barre des 275 milliards de dollars à la mi-août 20257.

Dynamique de l’offre de stablecoins (mi-août 2025)

Source : Silenskyte D.: « Les stablecoins entrent dans une nouvelle ère » », 11/08/2025 (www.allnews.ch).

Les volumes de transactions en stablecoins rivalisent désormais avec ceux des systèmes de paiement traditionnels, confirmant leur emprise systémique.

Transactions de stablecoins et d’autres systèmes de paiement numérique

Source : op. cit., ibidem

Source: Partz H. : « Stablecoin volumes surpassed Visa and Mastercard combined in 2024 », 31/01/2025 (cointelegraph.com)

Le marché mondial des stablecoins est dominé par deux grands émetteurs privés8 :

  • Tether, avec l’USDT, capte 64,6 % de la capitalisation totale, soit 168,8 milliards de dollars.
  • Circle, avec l’USDC, a une capitalisation de 72,8 milliards de dollars, en croissance de 28,6 milliards de dollars depuis janvier9.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré en commission, le 11 juin, que le marché des stablecoins adossés au dollar pourrait dépasser 2 000 milliards de dollars en 2028 grâce au GENIUS Act10. Cette croissance serait soutenue notamment par les paiements transfrontaliers et la dite « finance décentralisée » (DeFi)11.

Si, aujourd’hui, 98 % des stablecoins dans le monde sont rattachés au dollar américain, 80 % des transactions ont lieu en dehors des États-Unis12.

Le GENIUS Act stipule que seules les institutions financières autorisées pourront émettre des stablecoins. Ceux-ci devront être entièrement adossés à des actifs « sûrs et liquides », en l’occurrence, des Treasury-bills (T-bills) de moins de 93 jours13.

Par ailleurs, les sociétés technologiques et les entreprises étrangères « non régulées », c’est-à-dire non agréées par Washington, ne pourront pas émettre de stablecoins aux États-Unis. De plus, leur supervision ne passera sous l’autorité de la Fed que pour les émetteurs de stablecoins dépassant 5 milliards de dollars en circulation. En deçà de ce seuil, elle ne sera que locale.

Enfin, des dispositions concernent la protection des utilisateurs et la lutte contre le blanchiment d’argent, mais elles sont conçues suffisamment « flexibles » pour, dit-on, ne pas « étouffer l’innovation financière »…

Un rapport du « groupe de travail du Président » pour « renforcer le leadership américain en matière de technologie financière numérique »14 confirme l’ampleur de l’ambition.

L’usage des stablecoins adossés au dollar sera vivement encouragé, y compris pour les retraites des Américains15. Les institutions financières pourront les utiliser pour la gestion des liquidités, les garanties pour les prêts ou les transactions sur les marchés financiers et immobiliers.

Vers une révolution des paiements

Les paiements B2B16 (entre entreprises) traditionnels restent coûteux et relativement lents. Or, les stablecoins permettent des règlements quasi instantanés, avec des frais de transaction beaucoup moins élevés que ceux des systèmes traditionnels.

Chaque transaction étant enregistrée sur la blockchain17, la « réconciliation comptable » et la « conformité réglementaire »18, très chronophages, s’en trouvent facilitées. Contrairement aux systèmes bancaires classiques, les paiements peuvent être effectués à tout moment (24/7).

Outre qu’elle concurrencerait le système des correspondants bancaires, une généralisation de l’usage des stablecoins adossés au dollar déborderait aussi les systèmes de messagerie classique tels que SWIFT19.

Par ailleurs, les sociétés ayant le droit d’émettre leur propre stablecoin peuvent, à la fois, adosser les jetons numériques qu’elles émettent à des réserves placées dans des actifs liquides et sûrs, ce qui leur procure un revenu financier, et, à la fois, utiliser leurs propres tokens pour la paie des salariés, le règlement des fournisseurs ou les décaissements, ce qui est lucratif.

La généralisation du modèle stablecoin dans la gestion des sociétés impacterait le crédit interentreprises avec la réduction du besoin de crédit fournisseur. En effet, si les paiements deviennent quasi instantanés, les délais de règlement diminuent et, avec eux, les besoins de financement à court terme.

Bien sûr, tout dépendra fortement de la réglementation, de la confiance des acteurs, de la maturité des infrastructures, mais aussi des rapports de force mondiaux.

Qu’en est-il pour l’ensemble des processus d’achat (P2P)20 ?

Dans les régions où les services bancaires sont limités, les stablecoins pourraient offrir une alternative directe via les smartphones et les blockchains. Leur plus grand potentiel d’expansion se trouve dans les économies émergentes.

Des mouvements transfrontaliers aux paiements locaux quotidiens, ils tendent à remodeler les transferts de fonds de personne à personne. Aujourd’hui, ces opérations ont un coût non négligeable.

Cependant, le P2P par stablecoins échappe souvent aux contrôles traditionnels, ce qui pose des défis considérables en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, la criminalité financière et le financement du terrorisme.

Combinant la portée mondiale de Visa et Mastercard21 avec la programmabilité et la transparence de la blockchain, les stablecoins permettent aux consommateurs de régler des millions d’achats quotidiens à partir de leurs soldes de stablecoins. Ce marché se développe rapidement, les volumes mensuels étant passés de 250 millions de dollars environ début 2023 à plus d’1 milliard de dollars début 202522. Leur généralisation précipiterait l’abandon par le public des paiements en espèces.

Les stablecoins ne sont pas de la monnaie, mais…

La monnaie remplit trois grandes fonctions : unité de compte, intermédiaire des échanges et réserve de valeur, ce qui n’est pas le cas du stablecoin. À cela, trois raisons selon la Banque des règlements internationaux (BRI)23 :

  • ces crypto-actifs sont adossés à une quantité nominalement équivalente d’actifs. Toute émission supplémentaire nécessite donc un « paiement anticipé complet par les détenteurs, ce qui leur impose une certaine contrainte de trésorerie ».
  • ils ne remplissent pas les conditions de « l’unicité monétaire », principe fondamental selon lequel toutes les formes de monnaie dans une économie doivent être interchangeables à parité (1 :1)24, utilisables uniformément pour les paiements, les prix et les contrats. Or, les stablecoins sont émis par des entités privées, souvent non régulées, et leur acceptation varie selon les juridictions.
  • enfin, ils présentent « des lacunes importantes en matière de promotion de l’intégrité du système monétaire », car tous les émetteurs ne suivent pas les mêmes directives standardisées en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et la criminalité financière.

L’émission de stablecoins impacte la liquidité. En effet, quand on convertit 1 dollar en 1 stablecoin, l’émetteur met ce dollar en réserve (bons du Trésor ou dépôt bancaire) et crée un jeton numérique (token) équivalent. Le dollar en circulation reste dans le système bancaire, mais il change de forme en devenant tokenisé. Il n’y a donc pas de création monétaire, comme le ferait une banque ordinaire par le crédit, mais plutôt un déplacement de la liquidité existante sur des rails différents25.

Les grands émetteurs de stablecoins26 ne facturent pas (encore) leurs utilisateurs pour frapper, conserver ou envoyer des tokens, mais ils détiennent, en contrepartie, des actifs de réserve. Pendant que les utilisateurs font usage des tokens émis à leur intention, les émetteurs perçoivent des intérêts sur les réserves sous-jacentes, ce qui est plutôt lucratif.

En résumé, le « business model » du stablecoin revient à :

  • gérer des dépôts sans être une banque et donc, notamment, échapper aux règles prudentielles auxquelles celles-ci sont soumises ;
  • capter de la liquidité mondiale et en tirer des revenus financiers sans avoir à offrir des services bancaires classiques27. On ne s’étonnera donc pas du fait que l’usage des stablecoins est surtout financier28.

Le monde bancaire et financier, longtemps sceptique, a changé de posture. L’entrée en Bourse de Circle en juin dernier a marqué les esprits : valorisée à 6,9 milliards de dollars lors de cette introduction, la société dépasse désormais 77 milliards de dollars.

Aujourd’hui, c’est tout le monde de la finance qui, outre-Atlantique, veut entrer dans le jeu29. J.P. Morgan Chase, la plus grande banque commerciale des États-Unis, a lancé, en juin aussi, un « deposit token »30. De son côté, BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, basé aux États-Unis, développe un fonds tokenisé (BUILD). Mais c’est aussi le cas de Fidelity Investments, Goldman Sachs… En Europe, le groupe Société Générale, via SG-Forge, a ouvert le bal en émettant un stablecoin adossé au dollar, l’USDCV, sur Ethereum et Solana, deux des plus grandes plateformes de blockchain américaines

… ils captent de la liquidité mondiale

Si l’usage des stablecoins adossés au dollar pour les paiements venait à se généraliser, l’impact sur la liquidité mondiale pourrait être important.

Les stablecoins introduisent en effet une forme privée numérique de véhicule de liquidité. Surtout s’ils sont interopérables entre réseaux, leur généralisation réduirait considérablement les frictions de paiements internationaux (temps, coûts, barrières réglementaires). Cela fluidifierait la circulation de l’argent-capital en quête de revenus et profits élevés. Toutes choses égales par ailleurs, la vélocité de la monnaie31 s’accélérerait, accentuant une perception d’abondance de liquidités favorable à la spéculation et à l’inflation des marchés financiers.

Une deuxième conséquence serait l’accélération du mouvement de désintermédiation financière amorcé dans les années 1980 en contrepoint de l’essor cancéreux des marchés financiers. En effet, si des milliards de dollars de dépôts bancaires étaient convertis en stablecoins, cela détournerait d’importantes ressources du système bancaire classique, avec plusieurs conséquences possibles :

  • les banques devraient se procurer des ressources plus onéreuses sur les marchés financiers pour compenser l’érosion de leur base de dépôts ;
  • cela pourrait susciter un rationnement sélectif du crédit répondant à une soif accrue de rentabilité financière. Au total, pourrait se développer un effet de « shadow banking »32 où la liquidité circule via crypto et fintech ;
  • simultanément, l’argent des dépôts bancaires ainsi détourné irait se loger sur les T‑bills, soutenant le marché menacé d’effondrement de la gigantesque dette publique des États-Unis ;
  • la généralisation du stablecoin adossé au dollar accroîtrait encore la demande mondiale de bons du Trésor américain, renforçant le rôle du billet vert comme actif de liquidité ultime ;
  • si les stablecoins se multiplient (USDC, USDT, jetons d’entreprise…), on pourrait voir émerger une multiplicité de « pools de liquidité » plus ou moins cloisonnés et concurrents33. Ce serait ravageur en cas de crise : le désancrage avec l’actif de réserve ou la propagation de rumeurs sur sa qualité pourrait engendrer des paniques susceptibles d’amplifier les chocs de liquidité sur les marchés financiers.

Autre conséquence, l’adoption généralisée du stablecoin adossé au dollar à des fins de paiement « équivaudrait à la privatisation du seigneuriage mondial par les grands acteurs mondiaux »34.

Enfin, augmentant la demande mondiale de bons du Trésor américain, une adoption internationale généralisée du stablecoin adossé au dollar tendrait à évincer les obligations d’État non américaines, car les émetteurs de ces crypto-actifs devront acheter plus de T-bills pour les garantir.

L’administration Trump n’a pas cherché à masquer son ambition de faire des stablecoins en dollars un levier pour soutenir la politique budgétaire si dispendieuse de Washington et financer son gigantesque déficit public, expression du néo-impérialisme américain. Cela permettrait de continuer à faire supporter par le reste du monde la croissance inexorable du fardeau de la dette publique américaine, toujours menacée de collapsus financier.

Le GENIUS Act constitue un véritable coup de force de la Maison-Blanche, qui utilise, à cet effet, l’infrastructure planétaire du dollar, toujours monnaie mondiale de fait mais très contestée, et l’avance américaine dans les technologies de la révolution informationnelle.

La détention de bons du Trésor américain par les émetteurs de stablecoins adossés au dollar est devenue suffisamment importante pour faire d’eux des acteurs de poids sur le marché obligataire des États-Unis. À la mi-2025, les deux principaux détenaient 150 milliards de dollars de T-bills35. Leurs réserves en bons du Trésor américain sont ainsi supérieures à celles de l’Arabie saoudite, pourtant pilier traditionnel du système du dollar36.

Cette concentration des titres de dette publique états-unienne dans les mains d’acteurs privés non bancaires pose problème, car, en cas de stress sur les marchés crypto, ces acteurs pourraient devoir liquider rapidement des T-bills, ce qui susciterait une forte volatilité des taux d’intérêt à court terme dans le monde entier.

La BRI insiste sur ce point en soulignant que les flux entrants dans les stablecoins diminuent les rendements des T-bills à trois mois de 2 à 2,5 points de base en 10 jours, mais que les flux sortants, eux, augmentent ces rendements de 6 à 8 points pour le même laps de temps37.

Pour une alliance UE-BRICS

Le coup de force de Washington, contre-offensive aventuriste face à la mise en cause de l’hégémonie du billet vert, vise à faire du stablecoin un vecteur de « dollarisation numérique ».

Cela risque-t-il de bloquer la dédollarisation entreprise par la Chine et les BRICS ? Sans doute pas, mais il peut l’entraver et la diviser en séduisant les populations.

Aussi, refusant de céder le leadership des fintechs aux États-Unis, Pékin serait en passe de lancer un stablecoin adossé au yuan, à partir d’un déploiement à Hong Kong et Shanghai, pour renforcer l’internationalisation de sa monnaie38. Pourtant, les autorités chinoises ont mené, des années durant, une lutte déterminée contre les cryptomonnaies, et la Chine a été la première grande économie à se doter d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC)39, le yuan numérique (e-CNY), émise par la Banque populaire de Chine.

Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a également manifesté son inquiétude40. Il semble, en effet, que des dissymétries entre le GENIUS Act et son homologue européen, le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), qui est antérieur, dues notamment au fait que ce dernier établit une réglementation générale sur tous les crypto-actifs et non uniquement sur les stablecoins, pourraient présenter des failles face à la concurrence américaine. MiCA établit une protection stricte des utilisateurs et un cadre pour un euro numérique, tandis que le GENIUS Act se présente comme plus « flexible » et pourrait jouer le rôle d’un « moins-disant réglementaire » favorable au stablecoin adossé au dollar. Christine Lagarde a demandé une réévaluation des exigences de garanties et de régime d’équivalence aux émetteurs non européens et exhorté à la coopération internationale sur les stablecoins. Elle a également plaidé pour une accélération du travail sur l’euro numérique, d’autant plus qu’une récente enquête de la BRI indique qu’une forte majorité de banques centrales entendent préserver le rôle de la monnaie de banque centrale face au déclin de l’utilisation des espèces et à la montée de la tokenisation41.

On pressent qu’une partie de bras de fer titanesque va se jouer, car, en l’état, les évolutions à l’œuvre peuvent conduire à une fragmentation de l’espace monétaire mondial autour de pôles rivaux, alors qu’il faudrait avancer vers une monnaie commune mondiale alternative au dollar. Ce qui se passe sur le front des paiements et des transferts internationaux avec les technologies de la révolution informationnelle n’indique-t-il pas que c’est là aussi que doit être mené ce combat, avec l’ambition d’avancer vers une maîtrise commune de la liquidité mondiale, contre sa monopolisation, à partir des usages, besoins et interventions quotidiens des populations ? Quoi qu’il en soit, tout cela confirme la nécessité d’une alliance entre l’Union européenne et les BRICS, Chine en tête, face au dominateur commun d’outre-Atlantique.


Petit mémo sur les blockchains

Définition : Il s’agit d’un registre numérique qui consigne, de façon sécurisée, toutes les données de transaction sur un réseau distribué d’ordinateurs de stockage et de transmission d’informations fonctionnant de manière décentralisée (sans autorité centrale). Cela permet de répartir la puissance de traitement et les données sur plusieurs « nœuds ». Une fois enregistrées, ces données font partie de l’historique « immuable » de la blockchain, ne pouvant plus être modifiées ou supprimées. Ce que rend possible la cryptographie.

Types de blockchain : Les blockchains dites « publiques » sont ouvertes à tous et ne nécessitent aucune autorisation pour les faire fonctionner. Chaque utilisateur peut lire, écrire ou modifier la base de données, devenant un segment de la chaîne. Les blockchains dites « privées » sont articulées autour d’un système centralisé et fermé. Elles nécessitent des permissions pour pouvoir soumettre des transactions, proscrivant ainsi l’anonymat. Si les premières procèdent d’une logique de type Internet, les secondes rappellent celle de l’intranet.

Fonctionnement : Une blockchain met en liaison les différents acteurs sans passer par un quelconque intermédiaire pour faire circuler informations et données (économie de coût et gain de temps). Dès lors qu’une transaction est émise, elle est mise en commun avec d’autres transactions émises au même moment pour créer un bloc. La vérification et la validation de chaque bloc sont assurées par des « mineurs », regroupés le plus souvent en coopératives, qui effectuent avec leur propre matériel informatique des calculs mathématiques complexes. Si 51 % des « nœuds » valident la transaction, celle-ci est considérée comme vérifiée. L’ensemble des blocs de transactions validés sont dotés puis ajoutés à la chaîne de blocs, formant ainsi un continuum infalsifiable.

Token : Ce sont des jetons cryptographiques émis sur des registres distribués. Ils représentent divers types d’actifs numériques, en particulier des actifs financiers. Ils facilitent les échanges au sein d’un écosystème blockchain et peuvent être transférés entre utilisateurs. La « tokenisation » est un procédé de sécurisation des données informatiques permettant de remplacer une donnée sensible par un élément équivalent, le token. Celui-ci sera dépourvu de toute valeur intrinsèque ou de signification exploitable une fois sorti du système.


  1. Guiding and Establishing National Innovation for US Stablecoins Act
  2. Ce terme désigne l’ensemble des activités économiques, technologiques et financières liées aux cryptomonnaies et à la blockchain.
  3. The White House : « Fact sheet: President Donald J. Trump signs GENIUS Act into Law », 18/06/2025, <www.whitehouse.gov>.
  4. Dès le 6 mars 2025, l’Administration Trump avait créé un stock national de cinq cryptos (Bitcoin, Ether, XRP, Solana et Cardano) à titre de réserve, dénommé Digital asset stockpile, géré par le Trésor. Ces actifs numériques proviennent de saisies judiciaires. Washington compte ainsi avoir en mains la dynamique du marché mondial des crypto-actifs, <digi-taffmanconews.com>.
  5. Il s’agit de l’ensemble des pièces et billets mis en circulation par une Banque centrale, présumée indépendante du gouvernement, sur un territoire donné. Lorsque leur émission est contrôlée par un gouvernement, on parle de « monnaie fiat ». Monnaie fiduciaire et monnaie fiat dépendent d’une autorité centrale. La monnaie scripturale est l’argent inscrit sur les comptes bancaires d’entreprises ou de particuliers (dépôts à vue). Constituant de loin la part la plus importante de la masse monétaire en circulation, elle est créée, elle, par les banques ordinaires via leurs opérations de crédit.
  6. Visa : « Stablecoins: The Emerging Market Story », 09/2024, <castleisland.com>.
  7. Duong D. et C. Basco : « New framework for stablecoin growth », Coinbase Institutional, 21/08/2025, <www.coinbase.com>.
  8. Cryptopedia. <www.gemini.com>.
  9. Les acteurs qui préfèrent l’USDC comprennent les grandes institutions financières, les plateformes de finance décentralisée (DeFi) et les utilisateurs particuliers. Le GENIUS Act et le soutien 1:1 dollar-bon par le Trésor américain de Circle ont renforcé la confiance réglementaire et donc l’attractivité de cet instrument.
  10. <www.bloomberg.com>
  11. Par opposition à la « finance traditionnelle », le DeFi désigne l’ensemble des services financiers directement accessibles via les blockchains, sans l’intervention d’intermédiaires tels que les banques.
  12. Lipsky J. : « For dollar-backed stablecoins to be truly stable, the US needs to set international standards ». New Atlanticist, 03/06/2025, <www.atlanticcouncil.org>.
  13. <fr.finance.yahoo.com>. Mais les grands émetteurs de stablecoins adossés au dollar ont aussi inclus dans leurs réserves des titres de créance négociables, dont le papier commercial.
  14. Strengthening American Leadership in Digital Financial Technology, 30/07/2025, <www.whitehouse.gov>.
  15. La Maison-Blanche a confirmé que les crypto-actifs « régulés » pourront être inclus dans les plans de retraite par capitalisation à cotisations définies 401(K), les plus utilisés outre-Atlantique. Cette décision ouvre un marché de 12 500 milliards de dollars aux investisseurs en crypto-actifs et donc, surtout, au stablecoin adossé au dollar.
  16. Business to Business.
  17. Voir le mémo ci-dessous.
  18. La « réconciliation comptable » est le processus qui consiste à comparer et vérifier les transactions financières d’une entreprise pour assurer la précision et la transparence de sa gestion financière. La « conformité réglementaire » désigne l’ensemble des mesures mises en place par une entreprise pour s’assurer qu’elle respecte bien les lois, normes et réglementations applicables à son secteur d’activité.
  19. Le système des correspondants bancaires permet aux banques d’effectuer des transactions en devises en utilisant des banques correspondantes étrangères, tandis que le système de messagerie financière facilite l’échange d’informations sur les transactions financières entre les banques et d’autres institutions financières.
  20. Procure-to-Pay.
  21. Visa et Mastercard contrôlent, pour l’heure, environ 90 % de tous les traitements de paiements par carte en dehors de la Chine, pour un total de 850 milliards de dollars.
  22. Rapport Keyrock, op. cit., ibid.
  23. H. Song Shin : « The next-generation monetary and financial system », BIS Annual Economic Report, 24/06/2025.
  24. La BRI a alerté sur le fait que, malgré la promesse d’une valeur stable, des stablecoins ont connu des épisodes de forte volatilité. Même ceux adossés à des devises – les moins volatiles donc – ne se négocient qu’exceptionnellement à parité avec l’unité de compte sur les marchés secondaires (marchés où ils s’échangent après leur émission sur le marché primaire), Cf. Aldosoro I., Aquilina M., Lewrick U. et S. Hyuk Lim : « Stablecoin growth – policy challenges and approaches », n° 108, 11/04/2025, <www.bis.org>.
  25. Stripe : « Qu’est-ce qu’un stablecoin ? Tout ce que les entreprises doivent savoir », 22/07/2025, <stripe.com>.
  26. A. Hadjian : « Stablecoin payments, the trillion-dollar opportunity », 07/08/2025, <documents.keyrock.com>.
  27. Cela rappelle les fonds du marché monétaire (en France, ils sont disponibles sur divers supports tels que le PEA, l’assurance-vie, le PER ou les comptes-titres). Mais ce modèle est aussi celui qui serait adapté par ce que l’on appelle la « banque étroite » (narrow banking). Dans ce système hypothétique cher à Milton Friedman, les banques ordinaires seraient tenues de ne détenir que des actifs sûrs et liquides et ne pourraient pas exercer toutes les activités de prêt traditionnelles.
  28. Celui réservé aux dépenses de consommation représenterait 37 % environ, alors que celui réservé au trading, à l’arbitrage et à la DeFi représenterait quelque 63 % (cf. l’étude Artémis couvrant les paiements en stablecoin entre 01/2023 et 02/2025, excluant les usages purement financiers, <lessentieldelaco.fr> et « Dune Analytics and Artémis stablecoin supply, adoption and Market trend report », 18/03/2025, <www.cryptolitan.com>).
  29. Voir notamment Crochet P. : « Stablecoins : tout comprendre sur leur explosion en 2025 », L’Essentiel de l’Éco, 09/07/2025, <lessentieldelaco.fr>.
  30. Jeton numérique représentant un dépôt d’argent conservé dans une banque. Contrairement aux stablecoins, les deposit tokens sont directement gérés par des banques, à l’intérieur du système financier traditionnel.
  31. Ce terme désigne la vitesse à laquelle la monnaie est échangée entre les agents économiques.
  32. L’intermédiation financière non bancaire (IFNB), connue sous le nom de « shadow banking » ou « finance de l’ombre », désigne un système de collecte de fonds et d’octroi de financements impliquant des acteurs qui n’appartiennent pas au système bancaire traditionnel, bien qu’ils puissent conduire des activités similaires à celles des banques en échappant aux règles prudentielles et professionnelles qui les encadrent.
  33. Il s’agit de fonds « verrouillés » contenant en réserves de grandes quantités de cryptomonnaies et prêts à fournir des liquidités à leurs réseaux afin d’accélérer les transactions dès que des tensions s’y manifestent grâce à des « teneurs de marché automatisés » <cdmge.fr>. Si ces pools se multiplient en dehors des circuits financiers traditionnels, ils peuvent entraîner la formation d’écosystèmes autonomes de prêts et d’emprunts, embryons de marchés monétaires parallèles.
  34. Rey H. : « Stablecoins, Tokens and global dominance », Finance & Development Magazine, 09/2022, <www.imf.org>. Rappelons que le seigneuriage désigne l’avantage financier direct que procure l’émission de monnaie. Pour une banque centrale, il est égal à la différence entre la valeur faciale des billets émis et le coût de leur fabrication et mise en circulation.
  35. Circle, particulièrement choyé par la Maison-Blanche, détient 88 % de ses réserves en bons du Trésor d’une durée moyenne de 12 jours.
  36. <www.bloomberg.com>, 11/06/2025.
  37. Rashad A. et I. Aldosoro : « Stablecoins and safe asset prices », BIS Working Papers (1270), 28/05/2025.
  38. Partz H. : « China weighs yuan-backed stablecoins in major policy shift: Reuters », 20/08/2025, <cointelegraph.com>.
  39. Les MNBC sont la forme numérique de l’argent fiduciaire provenant d’une banque centrale. Elles peuvent être de détail ou de gros. Les premières sont adressées aux particuliers (entreprises et ménages), les secondes sont réservées aux intermédiaires financiers tels que les banques ordinaires. Avec les MNBC, l’argent utilisé (scriptural comme financier) devient argent public.
  40. Déclaration du 04/09/2025.
  41. A. Illes, A. Kasse et P. Wierts : « Advancing in tandem – results of the 2024 BIS survey on central bank digital currencies and crypto », BIS Papers, n° 159, 08/2025.