L’Europe au cœur des enjeux présidentiels

Yves DIMICOLI
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Le besoin d’une transformation profonde de la construction européenne va marquer, comme jamais, le débat de la campagne pour l’élection présidentielle des 10 et 24 avril 2022. En effet, Emmanuel Macron, candidat à sa propre réélection, assurera en même temps pour la France la présidence du Conseil de l’Union européenne du 1er janvier au 30 juin 2022.

Le mot d’ordre de l’Élysée pour cette présidence est « relance, puissance, appartenance »[1], avec une ambition de « souveraineté et autonomie stratégique » pour l’UE. Bref, « l’Europe de la défense » devrait occuper une place centrale.

En ouverture de sa rentrée politique à Paris, « Renew», le groupe parlementaire européen où domine LREM, a rencontré Emmanuel Macron. Celui-ci aurait ciblé quatre priorités supplémentaires : la neutralité carbone d’ici à 2050, un salaire minimum européen là où il n’existe pas encore, la régulation des GAFAM et le respect de l’État de droit[2]. Dans la foulée, Renew a lancé un appel « à toutes les forces pro-européennes du Parlement européen pour soutenir un programme de coalition »[3] car, pour la réussite de sa présidence européenne, « il est indispensable qu’Emmanuel Macron soit réélu en France »[4].

Une « Conférence sur l’avenir de l’Europe », proposée par l’Élysée et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, présentera aux Européens « un projet de société pour la génération à venir », à partir de rencontres citoyennes.

Stéphane Séjourné, député européen proche d’Emmanuel Macron, a déclaré : « ma conviction, partagée de longue date avec François Bayrou, c’est que nous devrons bâtir un grand parti démocrate français d’ici aux législatives »[5]. Celui-ci, avec LR, son rival décrété unique, repousserait « les extrêmes » aux marges du paysage politique en France. Le fervent fédéraliste qu’est François Bayrou œuvre avec Richard Ferrand (LREM) à « accélérer le projet de ‘mouvement unitaire’ rassemblant les deux partis pour la présidentielle et les législatives(…)»[6].

Recomposition politique et fédéralisme européen

Pour sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron devrait donc utiliser les thématiques européennes pour recomposer à l’américaine le paysage politique français en tentant d’ « incarner le camp de la République et de la raison[7] ».

Comme président du Conseil de l’UE, il devrait agir pour plus de fédéralisme européen, en jouant sur tout le clavier des problèmes transnationaux et zonaux devenus si prégnants. Cela, face aux progrès énormes de la Chine « rival systémique », mais aussi en réponse au défi américain. J. Biden, après Trump, veut, en effet, un soutien total des « alliés » pour reconquérir un leadership mondial discuté, moyennant une guerre froide poussant le surarmement contre la Chine, où des tensions financières se développent, au nom de « la défense des valeurs occidentales et de la démocratie ».

Emmanuel Macron a fait accepter par Mme Merkel, à titre exceptionnel avec la Covid-19, l’idée d’un endettement commun par la Commission européenne sur les marchés financiers pour le plan Next Generation EU (750 milliards d’euros). Alors, croit-il pouvoir relancer l’Europe fédérale par la défense, espérant convaincre que « l’OTAN est « en mort cérébrale » ? Sans doute, pense-t-il pouvoir, pour cela, se prévaloir, face aux plus atlantistes, d’une certaine perte de crédit de la Maison Blanche : débâcle en Afghanistan, initiative « AUKUS » avec Londres et Canberra formant un embryon d’organisation militaro-économique du Pacifique sud contre la Chine, imposée unilatéralement aux membres européens de l’OTAN…

La grogne française, en partie ravalée après un échange téléphonique Macron-Biden, n’a guère empêché le lancement, le 29 septembre à Pittsburgh (Pennsylvanie) d’un « Conseil du Commerce et de la Technologie » – nouvelle instance transatlantique pour renforcer la coopération réglementaire sur le numérique (IA, robotique) face à Pékin. Pourtant Washington n‘a fait que « suspendre » les droits protectionnistes sur les importations de vins, d’aluminium et d’acier en provenance d’Europe décidées sous Trump.

Cependant, Emmanuel Macron semble disposer d’un appui plus affirmé de la Commission européenne, les Britanniques étant hors-jeu avec le Brexit. Sa présidente, Ursula von der Leyen, dans son discours sur l’état de l’Union 2021[8], qui n’accorde que quatre lignes aux problèmes sociaux[9], a souligné que, parce que « c’est l’Union européenne de la défense dont nous avons besoin (…), le président Macron et moi organiserons un sommet de la défense européenne ».

Il parait cependant un peu précoce, après les récentes législatives en Allemagne, d’envisager qu’Emmanuel Macron fasse faire un bond en avant dans ce sens à Berlin, malgré le poids des Verts et du parti FDP si fédéralistes, surtout si la recherche d’une coalition tripartite demande plusieurs mois de négociations. Mais il est vrai que l’agressivité accrue de Londres avec son projet « Global Britain », la main dans la main avec Washington, peut précipiter des choses.

Pandémie et récession exigent bifurcation

Les Européens ont été rudement affectés par la récession de 2020 qui s’amorçait dès avant que n’éclate la pandémie et que celle-ci a terriblement aggravée.

Cela a révélé l’insuffisance des services, des infrastructures et des personnels publics rationnés par des années d’austérité et de mise en concurrence intra-européenne. Cela a révélé aussi l’ampleur de la désindustrialisation, en France notamment, et l’inefficacité sociale dramatique des chaînes d’activité et d’approvisionnement structurées et sans cesse restructurées pour maximiser la rentabilité financière des multinationales.

Sous la pression de la catastrophe, de l’anxiété et des luttes sociales qu’elle générait, les dirigeants européens ont été obligés d’emprunter à tâtons des chemins qui font tourner le dos à bien des dogmes.

La BCE a maintenu très bas son taux directeur et racheté à tours de bras les masses colossales de titres d’emprunts publics acquis quasi-mécaniquement sur les marchés financiers par les banques ordinaires et les spéculateurs, réalisant en pratique une monétisation de dettes.

Voulant éviter les erreurs de 2009-2010 ayant conduit à une crise de l’euro, les États de la zone ont piétiné les critères maastrichtiens de déficit public (3 % du PIB) et de dette publique (60 % du PIB), pour soutenir les profits et empêcher un krach boursier, avec une large distribution de prêts et d’aides sans contrepartie aux entreprises.

Mais cela les a contraints aussi à sécuriser l’emploi de millions de salariés mis en « activité partielle » avec des rémunérations amputées, car ne pas le faire aurait conduit à l’écroulement de la demande et à des pertes de compétences altérant gravement l’efficacité de l’offre. Ainsi, aux États-Unis, alors que le pic du chômage atteignait 14,80 % de la population active en avril 2020, il atteignait 8,60 % en août et septembre 2020 en zone euro.

Finalement, le pacte de stabilité a été suspendu. Les États n’auraient jamais pu tenir ce « quoi qu’il en coûte », sans la création monétaire de la BCE, laquelle a surtout permis, en pratique, d’empêcher un collapsus majeur et d’accentuer l’hyper-inflation boursière.

Si les débuts de la vaccination contre la Covid-19 ont été difficiles, l’Union, qui avait regroupé ses commandes auprès des laboratoires, a fini, malgré de lourdes déconvenues, par rattraper son retard : 70 % des adultes entièrement vaccinés contre 53 % Etats-Unis[10].

Cela révèle combien il faudrait défendre et promouvoir le « modèle social européen » et ses piliers de services publics et de droits sociaux, plutôt que de s’acharner à les détruire pour instiller le funeste « modèle américain ».

Cela révèle aussi combien le type de construction européenne à l’œuvre s’oppose à un nouveau type d’ industrialisation avec les délocalisations, les abandons de recherche-développement, la baisse obsessionnelle des « coûts du travail » faisant prospérer l’inflation des coûts du capital, l’énorme conservatisme face aux enjeux environnementaux

Bref, cette rude épreuve peut faire mesurer qu’il faut en finir avec les règles folles de concurrence et tout le système fédéraliste d’utilisation de la monnaie pour les profits et marchés financiers.

Une reprise cahoteuse vers un chaos

La reprise conjoncturelle actuelle le confirme. Permise par les progrès de la vaccination et grâce au maintien de millions d’emplois elle est plus rapide qu’attendue, tirée par le vif rebond des Etats-Unis. Ceux-ci, ne disposant pas des amortisseurs du modèle social européen, ont dépensé énormément pour repartir, quitte à surchauffer et à faire flamber déficit et dette publics. Affichant une croissance de 6 % pour 2021, derrière la Chine (8,5 %), ils surclassent aujourd’hui la zone euro (5,3 %)[11].

Cette reprise est très inégale du fait des inégalités d’accès aux vaccins et aux financements frappant les pays émergents et en développement. La porte reste ouverte à une relance de la pandémie.

De plus, à la mi-2021, la production mondiale était encore inférieure de 3,5 % au niveau attendu avant l’arrivée de la Covid, soit un manque à gagner de quelque 4 500 milliards de dollars équivalant à un an de croissance de la production mondiale en temps normal[12].

Si le PIB en volume de la zone euro a rebondi au deuxième trimestre 2021 (+2,2 % en rythme annuel), il se situe toujours 2,5 % en dessous de son niveau pré- pandémie du quatrième trimestre 2019[13].

Mais la dynamique tend déjà à s’essouffler : pour 2022 la croissance mondiale ne serait que de 4,5 %, contre 5,7 % cette année, celle des USA chuterait à 3,9 %, et à 4,6 % pour la zone euro[14]… toutes choses égales par ailleurs.

Dans les pays de la zone euro, bien que la dévalorisation conjoncturelle de capital productif (du fait des faillites et de l’augmentation du chômage) ait été, pour l’heure, limitée par les interventions publiques, la croissance potentielle aurait été affectée par la baisse des heures travaillées par salarié. Selon la BCE, à l’horizon 2022, le niveau de production potentielle de la zone demeurerait d’environ 3 % inférieur à la trajectoire ressortant des projections établies avant la crise[15]… toutes choses égale par ailleurs là encore.

En zone euro, l’emploi a augmenté de 0,7 % et les heures travaillées de 2,7 % en rythme trimestriel au 2ème trimestre 2021. Mais, par rapport au dernier trimestre 2019, avant la pandémie, l’emploi et le nombre des heures travaillées ont diminué de 1,3 % et 4,2 % respectivement. On compte toujours, cependant, plus de 2 millions de personnes privées d’ emploi de plus qu’avant la pandémie. Le taux de chômage en juillet était à 7,6 % et 4,4 millions de salariés continuaient d’être en « activité partielle »[16]. La sortie du « quoi qu’il en coûte » risque donc de faire des dégâts sans changement d’orientation et si la croissance mondiale continue de freiner.

Autre caractéristique de cette reprise, impensable sans l’intervention des banques centrales et la révolution informationnelle utilisée pour la rentabilité des capitaux, l’énormité de la masse des profits réalisés, déformant le partage de la valeur ajoutée. En France, par exemple, le taux de marge des entreprises devrait atteindre 35 % cette année, contre 33,4 % en 2019 avant la pandémie, un record absolu depuis la dernière guerre mondiale[17]. D’où ces anticipations follement euphoriques sur les marchés financiers, les taux d’intérêt à long terme étant maintenus bas grâce aux banques centrales.

Mais qu’en sera-t-il de l’évolution des profits si la croissance mondiale freine, voire « disrupte » si les taux d’intérêt remontent ?

Car les taux d’endettement public des pays de l’OCDE sont extrêmement élevés : 117 % du PIB en France, 141 % aux Etats-Unis, 157 % en Italie, 245 % au Japon… 72 % en Allemagne. Mais c’est aussi vrai pour l’endettement des agents non financiers privés : au 1er trimestre 2021, il atteignait 163,9 % aux Etats-Unis, 170,8 % au Japon, 131,7 % en zone euro, 154,3 % pour la France et 110,9 % pour l’Allemagne[18].

La réapparition d’une inflation des prix des produits et services, quasiment oubliée après une décennie de déflation, frappe les esprits, surtout que continue l’inflation des prix des actifs financiers et immobiliers. De plus de 5 % aux Etats-Unis et de 3 % en zone euro, elle se chiffre à 3,3 % dans l’ensemble de l’OCDE.

On a dépensé des sommes colossales d’argent qui ont surtout servi à alimenter les marchés de capitaux, non à créer suffisamment de richesses nouvelles. La hausse rapide de la demande qui a accompagné la réouverture des économies avec le recul de la pandémie a buté sur des goulets d’étranglement faisant dysfonctionner nombre de chaînes d’approvisionnement. Les prix des matières premières et des semi-conducteurs se sont envolés, de même que les coûts de transport maritime[19]. Des pénuries sectorielles importantes de main d’œuvre et de qualifications sont apparues, faisant saillir l’insuffisance criante des efforts de formation et de rémunération salariale de partout dans le monde.

La double inflation des prix des actifs et des biens consommables exprime en fait l’ampleur de la suraccumulation de capital, le besoin de transformations profondes des systèmes productifs et de leur mise en rapport pour des progrès d’ efficacité sociale en coopération.

Cependant, les causes de la déflation de la décennie écoulée, avec l’hyper-concurrence, n’ont pas disparu comme par enchantement. Aussi, les dirigeants capitalistes se rassurent en constatant que, pour l’heure, les salaires demeurent « modérés », surtout en zone euro, et que l’inflation sur les marchés de produits et services ne serait que transitoire, le temps de l’adaptation de l’offre à la demande solvable. Point donc de « boucle salaires-prix » à craindre !

Mais, en même temps, en distribuant des petites compensations, ils utilisent tous les subterfuges possibles pour que les insuffisances outrageantes en matière de salaires, pensions, retraites, allocations et minima sociaux ne fassent pas se retourner ceux qui en souffrent, au-delà des « gilets jaunes », contre les politiques suivies, les profits et le capital. Il s’agit d’entretenir l’illusion que le pouvoir d’achat des travailleurs est défendu, comme en France avec le « chèque énergie » de Macron.

Changer de paradigme

Les pays riches se sont mis dans une sorte de nasse. Avec des taux d’endettement si élevés, les banques centrales sont contraintes de conserver des politiques monétaires très accommodantes, sinon se déclencherait une crise majeure des dettes, publiques en particulier, les investisseurs refusant d’en détenir les titres en portefeuille.

Les taux d’intérêt doivent demeurer inférieurs aux taux de croissance du PIB, autrement le montant des intérêts à payer sur les dettes exploserait, obligeant les États à recourir à des politiques d’hyper-austérité pour conjurer le risque de perte de solvabilité sur les marchés, ce qui conduirait à un krach[20].

Les banques centrales occidentales, notamment la BCE, hésitent à prendre le virage d’un durcissement de leur politique monétaire face à l’inflation, même si certaines[21] ont déjà dégainé. Traditionnellement dans ce cas, en effet, elles font remonter leurs taux directeurs poussant à la hausse le coût du service des dettes et limitant l’accès au crédit, ce qui étoufferait la croissance.

Il faudrait, pour sortir de la nasse, oser un nouveau paradigme, comme l’a proposé Paul Boccara : s’appuyer sur les luttes pour saisir les potentiels de progrès des révolutions informationnelle, monétaire et écologique en utilisant massivement les fonds publics et les fonds privés (crédits et profits) à engager un nouveau type de croissance saine et durable (et donc de nouvelles dépenses). Celle-ci, en développant toutes les capacité humaines et en faisant reculer coûts et gâchis du capital, susciterait un essor des débouchés, une inflation des prix raisonnable sur les marché de produits mais une désinflation radicale des marchés financiers. Le tout résorberait les dettes[22].

Cette nouvelle croissance, qui appelle une révolution populaire du système de pouvoirs, aurait pour buts, par des coopérations de partage, de sécuriser l’emploi, la formation, le revenu, tous les moments de la vie de chacun.e et d’ouvrir l’accès effectif de tous à la connaissance, vers une civilisation supérieure

Tout de suite, il s’agirait de commencer à ouvrir ce chemin en France et dans l’UE en agissant pour utiliser autrement l’argent.

S’agissant du financement des entreprises, on viserait une gestion sélective des taux d’intérêt : ils seraient d’autant plus abaissés, jusqu’à être négatifs, pour les crédits servant à financer les investissements, que ceux-ci programmeraient plus d’emplois et de formations correctement rémunérés, de progrès écologiques ; en revanche, ils seraient d’autant plus relevés que les investissements à financer tendraient à détruire ou précariser l’emploi, baisser le « coût du travail » ou spéculer. Le refinancement de ces crédits par la BCE devrait accompagner ce type de sélectivité. Marchant de pair avec des réformes fiscales convergeant en ce sens, on substituerait l’appel à ce nouveau crédit à l’appel aux marchés financiers.

Pour le financement des institutions publiques, on supprimerait le pacte de stabilité et on agirait pour de nouveaux traités européens.

On peut, comme le proposent Frédéric Boccara et Denis Durand, créer en France un Fonds pour les services publics, géré démocratiquement et alimenté par des avances du pôle public bancaire (Caisse des dépôts, Banque postale) qu’élargiraient de nouvelles nationalisations. Cette nouvelle institution financière publique achèterait à l’État, à 0 % voire moins, les titres de dette des seules dépenses publiques qui développent l’emploi et la formation dans les services publics. Autorisé par l’ article 123 .2 du Traité sur le Fonctionnement de UE, ce Fonds devrait être refinancée par la BCE à 0 %, voire en dessous.

On chercherait à généraliser cela à l’ensemble de l’Europe, en s’appuyant sur toutes les luttes sociales et sociétales qui vont l’embraser, en proposant que soit créé un Fonds européen pour les services publics. Doté d’une gouvernance démocratique, il financerait à 0 % l’emploi et le développement des services publics. On en finirait ainsi avec le leurre de « l’indépendance de la BCE », sans pour autant étatiser cette dernière.

C’est vital en zone euro où il ne faut pas laisser s’élargir l’écart de taux d’intérêt entre les pays du sud-européen et l’Allemagne, comme l’a rappelé durement la crise de l’euro en 2010-2012.

En même temps, l’UE et le monde sont confrontés au besoin existentiel de lutter contre les pollutions et le changement climatique. C’est un défi sans précédent qui va exiger de mobiliser des financements gigantesques, contre la dictature des marchés et le système-dollar.

La BCE vient de publier les résultats de son premier stress-test climatique pour l’économie européenne[23]. Il indique que, si rien ne change, les catastrophes naturelles pourraient entraîner une baisse du PIB de 10 % d’ici à 2100. Les banques de la zone euro « pourraient être gravement touchées par un scénario dans lequel le changement climatique n’est pas pris en compte », impactant négativement leurs portefeuilles de prêts aux entreprises. Selon une étude publiée en juin dernier par l’Institut Rousseau et deux ONG (Les Amis de la Terre et Reclaim Finance)[24], cinq grandes banques européennes dont deux française, lourdes en actifs fossiles, seraient particulièrement vulnérables.

Tout indique qu’il faut commencer à rompre pour une nouvelle orientation de la construction européenne et mondiale. l’Europe devrait, pour cela, coopérer avec la Chine. Celle-ci cherche, certes d’une façon autoritaire et étrangère à nos conquis démocratiques, une voie de développement non capitaliste et elle aspire à l’émergence d’une véritable monnaie commune mondiale de coopération alternative au dollar.

En engageant des luttes populaires convergentes pour utiliser autrement la monnaie, le crédit, les fonds publics et les profits, et pour une relance européenne fondée sur un grand essor, en coopération, des services publics, sécurisant l’emploi et la formation, on opposerait alors au fédéralisme de Macron et d’autres, comme aux nationalismes, une alternative avec la visée d’un nouveau type de confédéralisme européen. Ces batailles pourraient se conjuguer aux luttes pour la paix et le désarmement avec l’ambition de faire de l’Union européenne une puissance pacifique non alignée désenchaînée de l’OTAN. L’avancée en ce sens pourrait, par hypothèse, finir par placer les États-Unis sur la défensive, face aux risques d’embrasement, au point d’être obligés de négocier pour de nouveaux compromis internationaux de progrès.


[1] Conseil des ministres du 4 novembre 2020 – La présidence française de l’union européenne (www.vie-publique.fr).

[2] Les Echos du 9/09/2021.

[3] Op. cité.

[4] Public-Sénat, 07/09/2021.

[5] Le JDD, 4/09/2021.

[6] AFP, 25/09/2021 ?

[7] Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Le Monde du 23/09/2021.

[8] « Renforcer l’âme de notre union », Strasbourg, 15/09/2021 (ec.europa.eu).

[9] En se contentant de faire référence au « socle européens de droits sociaux ».

[10] Our world in data ( www.google.fr ).

[11] OCDE : « La reprise économique mondiale se poursuit, mais non sans risque… », Perspectives économiques de l’OCDE, septembre 2021 (www.oecd.org).

[12] OCDE, Op. cité.

[13] BCE : Bulletin économique de la BCE, n°6/2021, 23/09/2021.

[14] OCDE, ibid.

[15] Eco Conjoncture, n°6, 08/2021 (economic-research.bnpparibas.com ).

[16] BCE, ibid.

[17] Banque de France : Projections macroéconomiques – septembre 2021 ( publications.banque-France.fr ). Le taux de marge est un ratio qui rapporte l’excédent brut d’exploitation des entreprises non financières à leur valeur ajoutée.

[18] Banque de France : Taux d’endettement des agents non financiers – comparaisons internationales, 2021 T1, 12/08/2021 (www.banque-france.fr).

[19] Sur une base 100 au 1/01/2019, les prix des transports maritimes sont passés à 482 en août 2021, à 167 pour les métaux et minerais, 147 pour l’alimentation et 120 pou le pétrole brut Brent.

[20] Celui-ci pourrait même se produire sans cela, avec le risque d’effets en chaine, même contenus, d’un défaut d’Evergrande, le plus grand conglomérat immobilier chinois.

[21] Norvège et Nouvelle-Zélande

[22] Et non, comme l’envisage P. Artus, dans « Les pays riches pris au piège de l’excès de dette » (Les Echos 24 et 25/09/2021), de se contenter d’essayer de répéter « la technique (inflation forte, taux d’intérêt bas) qui a permis de réduire rapidement les taux d’endettement public après la guerre ».

[23] BCE: “ECB economy-wide climate stress test”, Occasional Paper series, n°28/ September 2021 (www.eifr.eu).

[24] Actifs fossiles, les nouveaux subprimes ?

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