Alain Tournebise
L’INSEE vient de publier son étude annuelle « Les montants de patrimoine détenus par les ménages en 2024 ». Un constat qui éclaire le débat sur la taxation du patrimoine
Un seul chiffre suffit à résumer la situation du patrimoine des ménages en France. Au début de 2024, la moitié des ménages la mieux dotée possédait la quasi-totalité du patrimoine – 93 % précisément -, l’autre moitié se partageant les 7 % restants.
Et à y regarder de plus près, plus on monte dans la hiérarchie sociale, plus les inégalités sont criantes. Ainsi, les 10 % les mieux lotis possédaient près de la moitié (48 %) des actifs – et les 5 % les plus fortunés plus du tiers (34 %).
Traduits en espèces sonnantes et trébuchantes, les actifs détenus par les 10 % les plus aisés s’élevaient en moyenne à au moins 857.700 euros quand les 10 % les plus modestes ne possédaient que moins de 6.200 euros.
Et encore, au sein de ce « Top 10 % », l’hétérogénéité est très importante : les 5 % les mieux lotis affichent un patrimoine brut supérieur à 1,26 million d’euros, tandis que celui du « Top 1 % » dépasse les 3 millions d’euros, un chiffre en hausse de plus de 800.000 euros par rapport à 2021 ! ! !
De quoi se compose ce patrimoine ?
La majorité du patrimoine des Français est constituée de patrimoine immobilier (61 %). Viennent ensuite le patrimoine financier (22 %), le patrimoine professionnel (11 %) et le patrimoine résiduel, (automobile, gros électroménager… pour 6 %)
Sans surprise, s’agissant des classes moyennes, (entre le quatrième et le neuvième décile), qui constituent la moitié des ménages, l’immobilier, en particulier leur résidence principale, représente l’essentiel de leur patrimoine.
Mais les 30 % des ménages les moins dotés, eux, possèdent moins de 40 000 euros de patrimoine brut, essentiellement des comptes courants, des livrets d’épargne et du patrimoine résiduel (voiture, équipement de la maison, etc.).
Les 10 % les mieux nantis sont, quant à eux, à la tête d’un patrimoine très diversifié, constitué d’immobilier, de placements financiers, et de biens professionnels.
Les biens professionnels, clé des inégalités.
Le patrimoine professionnel est l’ensemble des actifs professionnels détenus par le ménage. Il inclut les entreprises dirigées par un membre du ménage, les terres, les machines, les bâtiments, les stocks, etc.
« Le patrimoine professionnel est la composante la plus inégalement répartie », souligne l’Insee, qui indique que « les 5 % des ménages les mieux dotés en patrimoine professionnel possèdent 95 % de la masse totale de ce type de patrimoine ».
D’une part, seuls 15 % des ménages en détiennent, essentiellement agriculteurs (1 % des ménages) et artisans, commerçants et chefs d’entreprise. D’autre part, les montants possédés peuvent être très élevés : parmi les ménages détenteurs de patrimoine professionnel, 10 % en possèdent pour plus de 511 000 euros.
Par ailleurs, le patrimoine professionnel génère lui-même des revenus qui viennent s’accumuler et accroître les inégalités de patrimoine.
Synthétiquement, l’indice de Gini (1) traduit bien ce rôle clé du patrimoine professionnel dans les inégalités de patrimoine globales puisqu’il est de 0,95 pour le patrimoine professionnel très supérieur à l’indice global de 0,65 relatif au patrimoine global, pourtant déjà plus élevé que pour les inégalités de niveau de vie (0,3)
- L’indice de Gini permet de rendre compte du niveau d’inégalité. Entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité extrême), l’inégalité est d’autant plus forte que l’indice de Gini est élevé.

