Dossier : Défi écologique, défi révolutionnaire

La maison brûle et certains continuent de regarder ailleurs. Surexploitation des ressources naturelles jusqu’à épuisement, réchauffement climatique à grande vitesse, effondrement de la biodiversité… tout cela impacte lourdement la survie des écosystèmes biologiques et sociaux.

Nous sommes entrés dans une course de vitesse pour renverser la dynamique mortifère.

Pourtant, malgré les cris d’alarme des scientifiques, malgré la montée en puissance de la conscience du danger dans les têtes, malgré même la multiplication des déclarations d’intentions politiques, les freins aux prises de décisions restent nombreux. Suffisamment forts pour empêcher un véritable changement d’orientation et se contenter trop souvent de l’institution de mesures culpabilisatrices pour les citoyens sans véritables effets sur la situation.

En cause, l’incapacité (l’absence de volonté ?) à cibler le cœur du problème : l’incompatibilité totale entre les impératifs écologiques et les exigences du capital. Incompatibilité exacerbée par la crise systémique. C’est une réalité désormais dévoilée, le désastre est alimenté par une folle logique de rentabilité du capital visant à assurer en dépit de tout la croissance des taux de profit. Loi d’airain du capitalisme, la rémunération du capital prime sur le développement des capacités humaines et la préservation de la nature, quitte à sacrifier l’humanité, le vivant et l’avenir de la planète à cet objectif.

Pour certains libéraux et sociaux-libéraux, il suffirait alors pour une transition écologique réussie d’accompagner cette loi d’airain en ciblant les investissements verts à réaliser avec des financements à taux 0 par création monétaire de la BCE. Sans doute l’idée d’une contradiction difficile entre l’exigence de profitabilité du capital et la survie des écosystèmes fait-elle son chemin dans les têtes. Et sans doute aussi, ne peut plus être masquée la réalité d’un coût du capital exorbitant qui, par le prélèvement sur la richesse produite qu’il représente, prive de moyens de financement les investissements écologiques nécessaires. Mais cette option ne répond pas aux impératifs écologiques du moment. Car réduire le coût de l’investissement écologique sans remettre en cause le pouvoir du capital revient de fait à accompagner la logique du capital en la moralisant un peu.

Or le défi écologique d’aujourd’hui nécessite non de moraliser nos économies, mais bien d’en changer radicalement les règles de fonctionnement. Ce défi impose d’entrer dans le temps des révolutions. Il est impératif, au plan écologique aussi, de se donner les outils d’une maîtrise sociale et démocratique des moyens et objectifs du développement économique et des gestions d’entreprise qui le portent. Libérer les entreprises et toute la société des griffes de la finance pour promouvoir l’efficacité écologique et sociale plutôt que la rentabilité du capital, c’est le moyen d’agir efficacement pour la gestion économe des ressources naturelles, contre le réchauffement climatique, pour le respect de la biodiversité et des écosystèmes, de répondre à la crise alimentaire et d’avancer vers une transition énergétique la plus décarbonée possible. La mobilisation des financements publics, des financements bancaires bonifiés et de l’argent des entreprises pour financer les investissements d’une croissance socialement et écologiquement responsable, est un levier incontournable pour cela. Renforcer la démocratie par des pouvoirs d’intervention des salariés sur les gestions d’entreprise et de décision des citoyens sur les choix publics de développement, pour une croissance maîtrisée socialement et écologiquement responsable, c’est le moyen d’y parvenir. L’écologie est au cœur de la bataille de classe.

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